L'indice ne fait pas le bonheur, par Thomas Legrand
Les politiques veulent que les statisticiens fassent leur travail.
- REUTERS -
On a tous troqué, ces dernières années, notre vieux thermomètre à mercure pour ces nouveaux instruments qui bipent en dix secondes et nous confirment que la fièvre est là ou que les plaintes du petit étaient feintes... Louper l'école et se faire dorloter à la maison.
Le nouveau thermomètre high-tech, je ne sais pas pourquoi mais il ne m'inspire plus confiance. Peut-être que ce sont les cristaux liquides et le côté électronique qui donnent cette impression d'infaillibilité supérieure à la technique apparemment aléatoire du mercure qui monte dans le petit tube de verre... bref, il faut avoir confiance en son thermomètre. Le PIB qui évalue la richesse d'une nation est un instrument largement plus obsolète que le thermomètre à mercure pour évaluer la fièvre! Nicolas Sarkozy veut son thermomètre high-tech.
C'est déjà un fait politique notable qu'un Président dont les origines idéologiques et politiques sont plutôt libérales demande que l'on réfléchisse à changer les critères qui définissent la richesse d'un pays. On pourrait mettre ce souci sur le compte de la conversion, au moins dans le discours, de Nicolas Sarkozy aux atouts du modèle social français qu'il faut finalement consolider plutôt qu'adapter. Revirement dû aux origines et aux effets de la crise.
Mais ce serait une analyse un peu courte car le Président a commandé ce rapport avant le déclenchement de la crise. Il faut voir dans cette volonté de changer le thermomètre une prise de conscience plus fondamentale. Nicolas Sarkozy prônait, pendant sa campagne, «le retour du politique». Il avait à cœur de faire en sorte que le fossé qui se creuse entre les politiques et la population soit comblé par un nouveau discours. Il faut aussi que les instruments qui étayent le discours des politiques, et notamment les instruments statistiques, ne soient plus désincarnés. Qu'ils reflètent une réalité perceptible et parlante.
Affirmer vouloir changer le PIB entre logiquement et utilement dans le fameux «retour du politique». Et puis il y a une autre raison. Se battre pour que de nouveaux critères soient acceptés par la communauté internationale, c'est se battre pour rehausser le rang de la France dans le monde. Si l'on fait entrer les dépenses de santé et d'éducation, les taux de natalité ou même, comme le propose le troisième point du rapport Stiglitz, le patrimoine, la France se verrait mieux placée. Un PNN (Produit National net, qui serait le nouveau non du PIB) lui serait bien plus favorable qu'un indice mesurant la richesse de la production matérielle et financière comme principale base. Il en va de la définition de la vraie richesse comme de l'intelligence. Demandez à un polytechnicien de vous définir l'intelligence, il mettra les maths en avant. Posez la même question à un clown, il vous vantera les vertus de l'humour dans la compréhension du monde.
C'est bien ce que risque de nous reprocher ceux à qui nous allons proposer notre nouvel indice qui bipe en dix secondes. L'ethnocentrisme...Quand on voit les réactions qui nous paraissent pour le moins exotiques d'une grande partie de l'opinion américaine devant les projets de sécurité sociale de Barak Obama, on mesure que le bonheur d'un peuple n'est pas composé des mêmes ingrédients partout.
Parmi les ajouts que propose Stiglitz, pour rendre le PIB plus pertinent, beaucoup ont trait à la solidarité nationale. Il s'agit de faire en sorte que la valeur ajoutée dans l'économie par la construction d'un porte-avion et celle fournie par la construction d'une école maternelle ne soit pas comptabilisée simplement par l'argent mis en circulation à ces occasions. On peut imaginer que des notions comme la liberté d'entreprendre et la sécurité du pays sont des critères de bonheur pour le peuple américain que nous ne prendrions pas en compte avec autant d'intérêt par rapport à la solidarité ou l'éducation pour tous!
Et puis il y a une dose de surréalisme dans cette affaire. Comment mesurer le bonheur collectif? L'interrogation est aussi poétique que politique. «On nous fait croire que le bonheur c'est d'avoir des avoirs plein nos armoires» chante Souchon. Il aurait dû faire partie de la commission Stiglitz.
La question posée par le président à Joseph Stiglitz a sa pertinence mais la réponse a quelque chose d'impossible. Ce qui est quantifiable n'a pas le même poids d'une société à l'autre et ce qui fait la différence entre le bonheur et le malheur d'une société n'est pas forcement quantifiable comme le résume bien le mot de Bob Kennedy, rappelé cette semaine dans Psychologie Magazine: «Notre PNB comptabilise la fabrication des ogives nucléaires et les voitures de police blindées mais ne mesure ni notre humour ni notre courage ».
Finalement, la différence entre les statistiques toujours insatisfaisantes et la réalité telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être...hé bien cela s'appelle la politique. Et à vouloir changer le thermomètre du PIB ou du PNB...est-ce que les politiques ne veulent pas que ce soit l'économie et les statisticiens qui fassent leur travail?
Mettre des chiffres sur du contenu plutôt que du contenu sur des chiffres! Soyons juste, Nicolas Sarkozy parle d'une politique de civilisation, de la même façon, Martine Aubry veut élaborer un projet dit du « dépassement du matérialisme». Pour l'instant ces deux objectifs sonnent creux mais au moins, la prise de conscience et les intentions sont là...
Thomas Legrand
Image de Une: Reuters
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Mis à jour le 16/09/2009 à 12h54









































Assez d'accord avec cet article, comment mesurer la satisfaction? Et pourquoi donner une prime à l'insaciabilité à nos sociétés matérielle?
Comment mesurer le fait qu'un besoin satisfait le rend moins désirable ensuite?
Notre pensée est tournée vers nous même et non vers autrui; le bonheur n'est il pas celui que l'on essai de donner? C'est une valeur individuelle. Les Etats sont ils capable de remplir cette fonction à notre place? En tous les cas ils devraient limiter leur rôle puisqu'il ne peuvent pas faire beaucoup plus.
Mais Sarkozy en bon jacobin n'est absolument pas un libéral ceci est un lapsus.
Premier remarque:
Le PIB n'évalue pas la richesse d'un pays mais la création de richesse pendant une année. C'est à dire l'activité d'un peuple. Vouloir intégrer le patrimoine c'est à dire la création de richesse des générations précédentes, me semble logique pour un pays où la rente est si importante. Ce patrimoine est déjà intégré dans le PIB par les ressources qu'il génère (Ex le tourisme).
Deuxième remarque:
Vouloir mettre en statistique le bonheur d'un peuple ne peut être qu'un objectif démagogique ou totalitaire. Démagogique: La situation de la France se dégrade, il faut casser le thèrmomètre. Totalitaire: Le bonheur est un état d'âme individuel qui ne regarde pas l'état.
Tout d'abord, merci à l'auteur pour cet article sobre et concis.
Nous vivons dans un monde de statistiques.... le XXI siècle est un gigantesque algorithme qui se nourrit de statistiques. Réfléchissons:
Nos opérateurs de télécommunication, banquiers, magasin par correspondance et autres enregistrent de vaste quantité d'information sur nos habitudes: les chaînes que nous regardons, les coups de fils que nous passons à qui, quand et ou, le légume que nous consommons, les voyages que nous faisons.. Nos traces électroniques alimente de nombreux outils de décisions informatiques qui nous connaissent mieux que nous même.. pensez à ce que Google sait sur vous... toutes ces infos, objectives, c'est á dire pas jugée par l'humain avant d'être entrée dans le système, permettent à des machines de prendre des décisions qui impactent nos vie de manière significative: l'autorisation pour un crédit par exemple. Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, notre perception du monde est de plus en plus formée à partir de chiffres et moins de texte.
La Police nous dit de manière péremptoire si oui ou non nous vivons dans une société avec plus ou moins de crimes. Pour cela, régulièrement on nous abreuve de chiffres indiquant une stagnation ou un léger déclin de la criminalité. Rarement, contrairement à la perception de beaucoup, une augmentation.... D'une manière similaire, les services de santé, grâce à différentes statistiques, nous annonce la baisse de la fréquence des maladie nosocomiales ou autres. Dans ces deux cas, les donnés pour créer ces statistiques sont collectées par des personnes qui ne sont pas neutres, leur performance est jugée sur ces statistiques. Ils sont donc juges et parties...
De plus en plus, notre perception du monde et notre interaction passe a travers ces statistiques. Les donnés qui les composent, les formules et hypothèses pour arriver aux résultats nous sont rarement expliquées, et de toutes manières, le seraient elles qu'elles seraient incomprises par l'immense majorité de la population. La science statistique est exacte mais elle peut être manipulée assez facilement car les gens qui peuvent critiquer ses résultats ne courent pas les rues.
Tout ça pour dire qu'il est inévitable que les statistiques vont progressivement devenir notre principale outil pour comprendre le monde ( la valeur moyenne et la déviation standard principalement).
Cette discipline devrait être enseignée le plus possible...
Il convient de ne pas oublier des critères essentiels à la mesure du bien-être : nombre de Rolex acquises avant 50 ans ; nombre de fils déjà élus avant leurs 25 ans ; quantité de yachts prêtés pour une retraite spirituelle, nombre de mannequins épousés pendant une mandature…
je lis dans l'article : pour rendre le PIB plus pertinent, la commission n'a pas cet objectif du tout. Il s'agit de mettre en place un indicateur pertinent.
C'est un grand mérite de N Sarkozy que de mettre en place un instrument de mesures pertinent. Toutes ces critiques sont ridicules, faut il continuer de compter comme un accroissement de richesse les accidents de voiture. Cela fait bien longtemps qu'on parle de ce probléme, pour une fois que quelqu'un bouge les choses...