Boire & manger

En deux cents ans, la descente des Américains a sacrément chuté

Temps de lecture : 2 min

En 1830, ils buvaient 27 litres d’alcool pur par personne en moyenne.

Verres à l'Empress Sonya via Flickr CC License by
Verres à l'Empress Sonya via Flickr CC License by

Il y a deux cents ans, les Américains buvaient trois fois plus que leurs descendants actuels, affirme The Atlantic qui s’est penché sur la question. En 1830, mieux valait avoir l’estomac particulièrement bien accroché. Cette année-là, les Américains ingurgitaient 27 litres d’alcool pur par personne en moyenne. En 2013, ils n’en buvaient plus que 9. On parle ici d’alcool pur car on ne mesure que la dose d’éthanol consommée et non le type de boisson avalée.

Cette descente impressionnait déjà à l’époque, et en inquiétait même certains, comme Benjamin Rush, l’un des signataires de la déclaration d’indépendance et grand médecin. En 1784, il publiait Une enquête sur les effets des alcools forts sur l’esprit et le corps humain. Il y décrit, en pionnier, l’alcoolisme comme une maladie évolutive, une addiction progressive. Détestable habitude qui en génère d’autres comme «le désœuvrement, le jeu, l’esprit querelleur, les courses de chevaux, le mensonge et la grossièreté, le vol et l’escroquerie, le parjure, les cambriolages, le meurtre». Ce curieux inventaire à la Prévert a plusieurs issues possibles mais aucune n’est bien réjouissante pour l’homme de science angoissé: «œil au beurre noire, la prison à perpétuité, la potence».

L'alcool ou la République, il faut choisir

Cette mise en garde doit se comprendre sous plusieurs aspects. En plus du point de vue hygiéniste du médecin et des croyances religieuses d'un auteur très chrétien, elle correspond à la conception qu’on avait alors des moyens nécessaires à la survie du système républicain. Premier d’entre eux, la vertu a l’inconvénient d’être soluble dans l’alcool. Mais en ces temps où l’eau saine ne coulait pas d’un robinet ou ne remplissait pas des packs de bouteilles en plastique, boire de l’alcool (qu’on pouvait distiller dans ses propres alambics) était le moyen le plus commode de se désaltérer.

Rush n’a pas réussi à faire baisser la consommation des Américains mais son apport à la lutte contre l’alcoolisme est grand. En médecin, il a contredit les bienfaits prêtés aux spiritueux sur les coups de froid et autre fatigue. Enfin, il a posé les jalons des techniques de désintoxication en trouvant des endroits où les buveurs pouvaient s’isoler et s’éloigner de leur quotidien aviné.

Cependant, tous les remontants n'étaient pas égaux devant Benjamin Rush. L'homme de lettres n’était pas contre une bonne bière ou un verre de vin. Pas sûr, tout de même, que ces exceptions lui auraient permis de se faire payer des tournées dans les tavernes.

Slate.fr

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