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Quand Pasqua se prenait des droites

Charles Pasqua lors de sa candidature avortée à l'Elysée, en janvier 2002.

Charles Pasqua lors de sa candidature avortée à l'Elysée, en janvier 2002.

Celui qui était allé chercher ses mandats «avec les dents» avait aussi essuyé une série d'échecs emblématiques des rivalités et inimités à droite, à la mairie de Neuilly, au RPR, au Sénat ou dans la course à l'Élysée.

Décédé ce lundi 29 juin à l'âge de 88 ans, Charles Pasqua avait été député puis sénateur des Hauts-Seine, député européen (après avoir devancé la liste «officielle» de la majorité, celle de Nicolas Sarkozy, en 1999), président du conseil général des Hauts-de-Seine et deux fois ministre de l'Intérieur (1986-1988, 1993-1995). Il avait, écrit le blogueur Authueil, été chercher ses mandats «avec les dents», dans un département qui était alors politiquement dominé par le PC. Mais il a aussi essuyé une série d'échecs emblématiques des guerres intestines et des inimitiés à droite, qu'il s'agisse du RPR ou de la famille souverainiste. Récit en quatre épisodes.

1.Le jour où Sarkozy lui a piqué la mairie de Neuilly21 avril 1983

Le 14 avril 1983, le maire RPR de Neuilly-sur-Seine, Achille Peretti, d'origine corse, meurt d'une crise cardiaque au cours d'une réception. Quand il l'apprend de la bouche de deux jeunes élus, le conseiller municipal de la ville Nicolas Sarkozy et le nouveau maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, Charles Pasqua est à l'hôpital, où il doit être opéré d'une hernie. Les deux hommes le pressent de se présenter mais Sarkozy, qui sent que la candidature Pasqua est mal reçue dans la ville, lui chipe l'investiture lors du vote à main levée des militants de la section locale.

Convoqué par Bernard Pons, le secrétaire général du RPR, il lui répond: «Si Jacques Chirac a quelque chose à dire, qu'il m'appelle directement et je lui dirai qu'avec Pasqua on perdra Neuilly.» Une semaine plus tard, il est élu maire de justesse par le conseil municipal face au candidat UDF. Charles Pasqua restera conseiller municipal de Neuilly jusqu'en 2001.

2.Le jour où il n'a pas pris le contrôle du RPR11 février 1990

Le 9 janvier 1990, Charles Pasqua et Philippe Séguin lâchent une bombe à droite en appelant à une rénovation du RPR et en dénonçant la stratégie d'union avec l'UDF, poussant Jacques Chirac à remettre en jeu son mandat de président du parti en annonçant qu'il réclame les suffrages des deux tiers des militants. «Charles Pasqua était un ami», lâche Chirac, tandis que ce dernier lui réplique que «personne n'est propriétaire du mouvement gaulliste». En privé, selon Jean-François Probst, Pasqua et Séguin estiment que le futur président de la République est «con» et «fini».

Lors des assises du Bourget, le 11 février, la motion Pasqua-Séguin prônant «un nouveau Rassemblement, renouvelé, transformé, élargi» obtient 31,7% des voix face aux 68,3% du duo Chirac-Juppé – un score qui aurait été «arrangé», les deux hommes n'ayant jamais réellement escompté faire tomber Chirac.

3.Le jour où il n'est pas devenu président du Sénat1er octobre 1992

Le Sénat est exigeant, et il ne suffit pas d'être le plus médiatique pour le séduire –Jean-Pierre Raffarin en sait quelque chose. En octobre 1992, Charles Pasqua brigue le «Plateau», la présidence de l'institution, qu'abandonne Alain Poher, deux fois président de la République par intérim. «Toute la meute est derrière Charles», déclare Chirac.

Face à lui à droite, l'UDF René Monory, ancien garagiste à Loudun, plusieurs fois ministre, qui le juge «tonique, voire excessif parfois». Dix jours plus tôt, Pasqua a voté «non» au traité de Maastricht, qui a obtenu 49% des voix lors du référendum, ce qui lui aliène des voix centristes. Par 125 voix contre 102 (et 87 pour les deux candidats de gauche), Monory devance Pasqua, qui se retire de l'élection, battu «à l’issue d’une bataille aussi homérique que feutrée, telle que seul le Palais du Luxembourg sait en abriter», écrit Libération.

4.Le jour où il n'est pas devenu candidat à la présidentielle3 avril 2002

«On a rarement vu un candidat se déclarer plus de deux ans avant l'échéance», s'étonnent Les Echos: en janvier 2000, Charles Pasqua crée la surprise en déclarant sa candidature à la présidentielle 2002. Vingt-quatre mois plus tard, c'est un candidat aux abois que décrit cruellement Libération alors qu'il présente ses vœux: «cerné par les affaires, arrosé par les frasques de son ami Marchiani, lâché par des proches, calé à 2% dans les sondages d'intentions de vote». Déjà brouillé avec son binôme Philippe de Villiers, avec qui il avait dépassé les 13% aux européennes de 1999, Pasqua voit de plus la candidature de Jean-Pierre Chevènement mordre sur l'espace souverainiste.

Le 3 avril 2002, il finit par annoncer qu'il ne dispose officiellement que de 440 parrainages, devenant le principal candidat à échouer (volontairement?) cette année-là dans sa collecte des signatures. Devant ses partisans, il conclut: «Tout le monde est servi. Allez, on trinque!» Mais il attribuera plus tard à cette candidature avortée et à l'Elysée ses ennuis judiciaires:

«Ce que je sais, c'est que mes ennuis ont commencé en 2000. Quand j'ai laissé entendre que je serais peut-être candidat en 2002. Dès lors, on a tout fait pour m'abattre!»

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