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Tsipras n'a pas renié sa jeunesse

Alexis Tsipras devant l'assemblée grecque. Yannis Behrakis/REUTERS

Alexis Tsipras devant l'assemblée grecque. Yannis Behrakis/REUTERS

Alexis Tsipras a surpris son monde en annonçant un référendum. Au regard de son passé, ses partenaires européens et les observateurs n'auraient pas dû être étonnés.

Les réunions de la dernière chance débouchant sur une nouvelle date-butoir reculée de quelques semaines s’étaient tellement enchaînées que certains observateurs en étaient presque à considérer les négociations entre la Grèce d’Alexis Tsipras et l’Eurogroupe comme un jeu. D’autant que, avant de remporter les élections législatives grecques en janvier, le leader de Syriza, parti grec anti-austérité, avait semblé mettre de l’eau dans son vin. Il y a quelques jours, il proposait même d'accélerer la suppression des pré-retraites grecques pour contenter ses partenaires continentaux. 

Et là, patatras, Alexis Tsipras soumet le plan européen d’aide à son pays à un référendum et l’annonce dans la soirée du vendredi 26 juin. Le 1er juillet, malgré quelques incompréhensions, il maintient le cap (et la consultation populaire, accessoirement). Pour l’occasion, il trouve les accents de tribun qui ont fait sa réputation avant qu’il ne prenne en main la destinée des Hellènes. Après avoir dénoncé ce qu’il estimait être un ultimatum envoyé par les institutions européennes et les créanciers de la Grèce, il s’exclamait:

«La question qui sera posée au référendum dimanche prochain sera de savoir si nous acceptons ou rejetons la proposition des institutions européennes. Je demanderai une prolongation du programme de quelques jours afin que le peuple grec prenne sa décision. Je vous invite à prendre cette décision souverainement et avec la fierté que nous enseigne l’histoire de la Grèce. La Grèce, qui a vu naître la démocratie, doit envoyer un message de démocratie retentissant.»

Ainsi donc, si vous avez pris Alexis Tsipras pour un matamor couvrant les concessions sous des effets de manche, vous avez eu tort. Celui qui affirmait il y a trois ans qu’«on ne négociait pas avec l'enfer» (en l’occurrence le FMI, la BCE et l’Union européenne) a poli son discours et est revenu à des positions plus diplomatiques. Mais il n’a pas renoncé pour autant à ses convictions anti-austérité en devenant le pensionnaire du palais Maximou. Une constance que son parcours illustre.

L'ado énervé a réussi sa carrière militante

Alexis Tsipras est abonné aux situations charnières. Quarante ans avant d’être nommé chef du gouvernement, il naît dans le nord d’Athènes le 28 juillet 1974 soit seulement quatre jours après la chute du régime des colonels, cette dictature militaire d’extrême droite et pro-américaine qui dirigeait la Grèce depuis 1967. Son père est entrepreneur dans le bâtiment et de sensibilité plutôt centriste.

À 17 ans, mal à l’aise, il s’exprime à la télévision contre la réforme scolaire du gouvernement Mitsotakis

Mais au lycée, comme durant les études qui vont faire de lui un ingénieur, le jeune Alexis Tsipras manifeste une autre sensibilité. Adolescent, il rejoint les rangs du Parti communiste grec et, à 17 ans, il participe aux manifestations contre la réforme scolaire avancée par le gouvernement Mitsotakis. Figure du mouvement, il est même invité à s’exprimer à la télévision où, pâle et le visage tourné vers le sol, il se montre mal à l’aise et timide.

 

Le début des années 1990 sonne l’heure des premiers grands choix partisans. Un schisme fait le tri au Parti communiste et il devient le responsable de la jeunesse d’un nouveau parti, Synaspismos. Il en devient président en 2008 avant que cette formation ne se dissolve à l’intérieur de Syriza. Il faut attendre 2006 pour voir Tsipras faire ses premières armes sur le terrain électoral. Il est alors élu conseiller municipal d’Athènes, après que sa liste a terminé en troisième position lors du scrutin. La députation attendra encore trois ans.

Orphée-Ernesto Tsipras

Manifestant depuis sa folle jeunesse, engagé à gauche dans une famille éloignée de ces cercles, pas technocrate non plus, Alexis Tsipras a fait ses gammes hors du sérail. Une particularité que ses adversaires ne dédaignent jamais de souligner en intentant régulièrement contre lui des procès en incompétence. Un de ceux-ci a été ouvert lorsqu’en 2012 il est apparu sur l’antenne de CNN, desservi par un anglais miné par un accent méditerranéen à couper au couteau et des hésitations dans le vocabulaire shakespearien.

 

Une photo de Fidel Castro trônait fièrement sur son bureau du siège de Syriza

Il n’a pas renoncé non plus à son imaginaire communiste, ni à ses admirations de longue date, même si ses concessions ont brouillé son image d’anticapitaliste. Une photo de Fidel Castro trônait fièrement sur son bureau du siège de Syriza. Il a, par ailleurs, à ses côtés un personnage capable de le rappeler à ses fidélités: Peristera Baziana, qui est autant sa compagne que sa camarade de lutte. Il l’a ainsi rencontrée au lycée pendant une de ses séances de tractage. Des souvenirs qu’ils n’ont pas abandonnés en cour de route et dont ils semblent même raviver la flamme, appelant même un de leurs deux enfants Orphée-Ernesto.

Si Alexis Tsipras peut effectivement être difficile à suivre c’est que, en homme politique, il aime à louvoyer pour ne pas susciter d’animosités inutiles. Son rapport à la religion fournit un exemple parmi d’autres. Athée, il a pourtant échangé sur l’économie avec le pape François en septembre 2014. Cependant, il est à ce jour le seul Premier ministre à avoir prêté serment, lors de son investiture, sans la Bible et sans le patronage de l’archevêque d’Athènes.

Alexis Tsipras est-il pourtant invulnérable aux critiques de ses adversaires? Pas tout à fait. Après ses déboires sur CNN, il a avoué avoir pris des cours d’anglais

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