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Athènes est victime d’un chantage

Le poing d'Alexis Tsipras, après sa victoire aux élections à Athènes, le 25 janvier 2015. REUTERS/Giorgos Moutafis

Le poing d'Alexis Tsipras, après sa victoire aux élections à Athènes, le 25 janvier 2015. REUTERS/Giorgos Moutafis

Les créanciers de la Grèce espèrent qu’en provoquant le chaos, ils vont mettre le pays à genoux avant le référendum de dimanche. Les Grecs ne doivent pas céder!

«Si le gouvernement grec pense qu’il doit tenir un référendum, qu’il le fasse. Mais peut-être n’est-il pas très judicieux que ce soit le peuple grec qui décide de ce qu’il est prêt à accepter, de ce qu’il convient de faire.» Tels étaient les mots du ministre des finances de l’Allemagne, Wolfgang Schäuble, le 11 mai dernier. Et pourtant, le 26 juin, quand le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé la tenue d’un référendum portant sur l’acceptation ou non, par le gouvernement grec, de l’offre finale très peu satisfaisante de ses créanciers, Schäuble et d’autres ministres des finances de l’eurozone ont réagi de manière très différente. Ils ont coupé toute négociation avec Athènes, saboté le référendum et placé la Grèce sur la voie du contrôle des capitaux, du défaut et potentiellement de la sortie de l’Euro. La démocratie? Mais qu’est-ce que c’est?

Les créanciers ont tenté de faire porter à Tsipras le chapeau de la rupture des négociations. Mais c’est bien leur entêtement à refuser de proposer à une Grèce insolvable un allègement de la dette dont son économie a désespérément besoin pour s’en sortir qui a mis Tsipras dans l’impasse. En échange d’une brève injection de liquidités, ils insistaient pour des années d’une austérité féroce déguisée en «réformes», comme je l’ai déjà raconté. Les créanciers ayant manifestement l’intention de piller ce qui reste de l’économie grecque, Tsipras ne pouvait que difficilement accepter leurs conditions. Il a donc décidé de demander aux Grecs leur opinion, en les priant de dire Non.

Ironie de l’histoire, la peur exagérée du Grexit et l’association émotionnelle, malgré cinq années de lutte contre la dette, entre l’appartenance à l’Euro et le souhait de faire toujours partie d’une Europe moderne, aurait fort bien pu pousser les Grecs à dire Oui aux mesures draconiennes exigées par les créanciers. Mais les autorités de l’Eurozone ont si peur des électeurs qu’ils ont tenté de faire en sorte d’interdire aux Grecs de se prononcer. Ils ont ainsi rejeté la demande du gouvernement grec d’étendre l’actuel programme de prêt européen d’un mois après sa date d’expiration, le 30 juin. Ainsi, quand et si les Grecs votent le 5 juillet, le programme aura expiré et avec lui l’offre sur laquelle va porter le vote. Si ça n’était pas si dramatique, ça serait très drôle.

Personne ne sait comment la confrontation entre la Grèce et ses créanciers va se solder au final

Tout peut désormais arriver. Les négociations pourraient fort bien reprendre. Les décisions peuvent être annulées, des compromis trouvés. Personne ne sait comment la confrontation entre la Grèce et ses créanciers va se solder au final.

Mais pendant ce temps-là, les créanciers continuent de faire monter la pression. Après le refus d’étendre le programme de prêt européen, la Banque centrale Européenne (BCE) a décidé, le 28 juin, qu’elle ne fournirait pas aux banques grecques les liquidités d’urgences nécessaires pour faire face à des retraits massifs de liquide, qui se sont amplifiés tout au long du week-end. Voilà une nouvelle décision très politique, et qui a contraint le gouvernement grec à ordonner la fermeture des banques lundi pour éviter un effondrement du système bancaire grec, ainsi qu’un contrôle des capitaux pour éviter que les euros ne fuient l’économie grecque.

Le FMI n’a qu’à s’en prendre à lui-même

Mardi, quand le programme va expirer, et avec lui les 7,2 milliards d’Euros et autres liquidités qui auraient dû aller à la Grèce et qui ne vont finalement pas lui être versés, la Grèce va très probablement faire défaut sur un versement de 1,5 milliards d’Euros au Fonds Monétaire International. Avoir une ardoise auprès du FMI est regrettable, mais pas fatal. Le FMI n’a qu’à s’en prendre à lui-même: Il n’aurait jamais dû prêter des sommes exceptionnellement élevées à une Grèce dont il savait qu’elle était en faillite.

L’objectif des créanciers est clair: mettre la Grèce à genoux. Une semaine sans accès à son compte bancaire et la perspective d’un Grexit pourrait pousser les électeurs à voter Oui au référendum. Tsipras a déclaré qu’il accepterait alors les exigences des créanciers. Mais ces créanciers insistent sur le fait qu’ils ne peuvent pas faire confiance à ce gouvernement pour qu’il applique les termes de l’accord. Leur objectif final est donc bel et bien de renverser le gouvernement Tsipras.

Quoi que l’on pense de Syriza et de sa politique d’extrême gauche, un nouveau coup d’Etat serait un affront à la démocratie.

Les Grecs ne devraient pas plier face à cette «diplomatie de la canonnière»

Les Grecs ne devraient pas plier face à cette «diplomatie de la canonnière», pour employer le terme de Karl Whelan. Au cours de cette semaine, Tsipras et son équipe vont devoir préparer des plans pour faire face à un défaut, dont la possibilité d’introduire une monnaie parallèle qui pourrait devenir une nouvelle drachme. Il y a des chances pour qu’un retentissant vote Non au référendum fasse réfléchir enfin les créanciers de la Grèce. Mais si tel n’est pas le cas, faire défaut sur le versement de 3,5 milliards d’Euros dûs à la BCE par la Grèce le 20 juillet et quitter l’Euro serait meilleur que de continuer à payer la dette.

Le Grexit serait nécessairement pénible au départ. Mais en forçant le gouvernement grec à limiter les retraits bancaires et à contrôler l’évasion des capitaux, les créanciers de la Grèce poussent Tsipras à prendre par anticipation les mesures qui devront être prises et rendent donc, pour les Grecs, l’idée de la sortie de l’Euro moins douloureuse. Libérée de la dette, avec une monnaie plus faible et une plus grande liberté d’action sur le plan politique, l’économie grecque devrait rapidement se rétablir. L’Argentine a repris sa croissance un an et demi après avoir renoncé à aligner sa monnaie sur le dollar en 2001. Et si le gouvernement grec continue d’honorer ses dettes privées, il regagnera rapidement un accès aux marchés. Les perspectives du pays dépendront alors de la manière dont il est (bien ou mal) gouverné. Il convient d’en laisser la responsabilité au gouvernement grec et au peuple grec.

Une des principales motivations pour la création de l’Euro était de rétablir le contrôle des politiques sur la «tyrannie» des marchés. Mais la prise en otage des institutions de l’Eurozone par des créanciers bornés s’est finalement avérée bien plus tyrannique que lors des précédentes crises monétaires. Le magnifique idéal européen de paix, de prospérité et de démocratie a laissé place à une brutale politique de pouvoir.

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