Pourquoi les hommes donnent-ils un nom à leur pénis?

Dis, c’est quoi ton p’tit nom? | Michael via Flickr CC License by

Dis, c’est quoi ton p’tit nom? | Michael via Flickr CC License by

Channing Tatum (comme 60% d’entre vous, Messieurs) a donné un petit sobriquet à son sexe. Parce que cela lui permet de «l’apprivoiser».

Alors qu’il participait à une session de questions-réponses (AMA) sur le site Reddit, l’acteur américain Channing Tatum (Magic Mike, 21 Jump Street) a expliqué avoir donné un prénom à son pénis, et pas n’importe lequel: Gilbert. Et il n’est pas le seul à avoir baptisé son sexe. La marionnette de DSK dans les Guignols avait opté pour Francis, Justin Bieber, lui, a préféré Jerry, et le personnage de Rocco dans le SAV d’Omar et Fred préférait simplement «Ma Bite».

 

Ces gens ne sont pas les seuls, si l’on en croit un obscure sondage réalisé par un site britannique LoveHoney: 60% des hommes auraient un surnom pour leur sexe. Mais au-delà de ce qui pourrait ressembler à une blague, quel intérêt pourrait avoir l’homme à donner un petit sobriquet à son pénis? Tout simplement pour arriver à «l’apprivoiser».

Chez l’homme, le surnom donné à son sexe commence bien avant qu’il n’en prenne complètement conscience. Les jeunes parents préfèrent parler du «zizi», du «kiki»,  de la «kékette», de la «zigounette» ou même du «petit oiseau». Le tout étant d’éviter d’utiliser les mots «pénis» ou «sexe», à la connotation trop chargée et trop médicalisée. Le petit garçon apprend donc déjà à utiliser un vocabulaire métaphorique ou parabolique pour parler de son attribut masculin.

Par la suite, la puberté n’aidant pas, le sexe devient une gêne. En effet, le pénis est un membre dont l’homme ne maîtrise pas forcément les sautes d’humeur (qu’elles soient sanguines ou non). Et les complexes sont nombreux: taille, forme, performances… Le dieu grec Priape est le symbole de cette gêne face à la tumescence du sexe non maîtrisée. Certes représenté avec une érection démesurée, il était néanmoins incapable d’avoir du plaisir ou d’être fécond. Il donnera son nom au priapisme, cette érection violente incontrôlée dont souffrent certains hommes.

Le pénis est un loup pour l'homme

Priape, un peu gêné par son sexe (via Wikimédia)

C’est autour de ce malaise et de cette étrangeté vis-à-vis de la verge que naît une adversité. En effet, le pénis peut apparaître comme un ennemi qu’il faut maintenir coûte que coûte dans sa tranchée, ou encore comme un animal qu’il faut garder en cage par peur qu’il ne provoque l’irréparable une fois libéré. C’est pour cela que certains surnoms apparaissent parfois comme péjoratifs: «la troisième jambe», « la béquille», ou même «le bonhomme en trop». Sauf que cet étranger-là, difficile de s’en défaire. On peut même dire qu’il nous colle à la peau. C’est donc pour cela qu’il faut s’adapter, tenter de l’amadouer et, dans la mesure du possible, de se le mettre dans sa poche… Le pénis est un loup pour l’homme, et ce dernier doit apprendre à l’apprivoiser.

Pour y arriver, il se peut que l’homme lui reconnaisse le statut d’être pensant et lui donner un nom, une identité, afin d’instaurer un dialogue et une négociation.

Pour y arriver, il a plusieurs registres à sa disposition.

Tout d’abord, le registre le moins intéressant mais le plus viril: le langage guerrier. «Braquemard», «dard», «gourdin», ou encore «petit canon à roulettes», le pénis bénéficie souvent d’un attirail trivial visant à le magnifier et à l’imposer dans le paysage, au même niveau que l’obélisque de Louxor ou que la Tour Eiffel sur les Champs de Mars (Mars, dieu de la guerre, au passage). On peut y voir une volonté de l’homme de soumettre son sexe à sa volonté dans un rapport dominant-dominé. Une petite pensée pour ce candidat des Z’amours, fier comme tout du surnom qu’il a trouvé pour son phallus.

Consacrer la personnification du pénis 

Ensuite, summum de la personnification, il y a l’attribution d’un prénom existant, comme Gilbert pour Channing Tatum. On pourra dire ici qu’il s’agit de l’étape ultime de l’acceptation de son sexe comme un être à part entière, avec qui il faut manœuvrer pour arriver à ses fins. Il n’est plus difficile d’imaginer des conversations avec lui comme on le ferait avec ses meilleurs potes.

Acceptation de son sexe comme un être à part entière

Dès lors, peut-on dire que Christian Grey (héros de la saga Cinquante nuances de Grey qui adore quand son pénis «acquiesce» ou montre son accord) n’est pas aussi psychotique qu’on le pense? Même chose dans le bizarre Marquis, film d’animation réalisé par Henri Xhonneux en 1989 et librement inspiré de la vie du Marquis de Sade et de son emprisonnement à la Bastille. On y voit le héros discuter tranquillement avec son pénis prénommé Colin. Ce dernier n’hésitera pas lui reprocher son fatalisme face à l’emprisonnement.

 

Faire tomber le pénis de son piédestal

Enfin, deux derniers registres, liés dans ce contexte, et peut-être les plus intéressants: l’humour et la poésie. Il s’agit de trouver la métaphore la plus drôle ou la plus évocatrice possible tout en désacralisant la chose. On retiendra par exemple le «rubis cabochon», le «manche de corail» pour les plus poétiques. Dans tous les cas, il s’agit de faire tomber le pénis de son piédestal et de l’amadouer pour le rendre moins impressionnant, plus abordable et sympathique aux yeux de son propriétaire. Et pour certains, trouver le bon surnom pour son pénis relève presque de la prouesse intellectuelle. C’est même devenu un jeu pour beaucoup d’humoristes et d’acteurs, dans les comédies américaines par exemple, où l’on rivalise d’inventivité.

 

Bien sûr, il n’y a pas de diktat dans le domaine. La plupart des hommes ne donnent certainement pas de petit nom à leur pénis. Ou alors ils ne l’avoueront jamais.

L’explication tient à remercier Agnès Pierron, auteure du Dictionnaire des mots du sexe (Balland) et plus récemment d’un coffret de Lettres intimes (trois volumes).

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