Histoire / Culture

Quand Nasser soupçonnait Louis Armstrong d'être un espion à la solde d'Israël

Temps de lecture : 2 min

En 1959, le trompettiste a donné des concerts au Liban avant d’aller jouer en Israël, s’attirant ainsi les soupçons du président égyptien.

Louis Armstrong jouant près des Pyramides de Gizeh avec sa femme Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by

Si on passe Stairway to Heaven à l’envers, on peut entendre les musiciens de Led Zeppelin diffuser un message satanique, selon certains chrétiens fondamentalistes américains. Pour Gamal Abdel Nasser, le président égyptien, en 1960, Louis Armstrong passait des messages des services secrets en douce dans certains de ses morceaux durant sa tournée moyen-orientale de 1959, rappelle le site américain Opendemocracy.

La rumeur était née au moment où Satchmo donnait des concerts au Liban. Là-bas, la population, soupçonneuse, demandait au maître trompettiste la raison pour laquelle il souhaitait aller jouer en Israël, s’attirant cette réponse:

«Quand j’arriverai chez les Israéliens, la première chose qu’ils me demanderont c’est pourquoi j’ai joué pour des Arabes. Je vais vous dire un truc, ma trompette est en dehors de ça. Une note est une note dans n’importe quelle langue.»

Un humanisme qui n’a pas empêché le journal égyptien Al-Ahram de prétendre que les services libanais avaient mis au jour un réseau d’espionnage israélien travaillant avec des artistes occidentaux et ayant pour leader Louis Armstrong. Une assertion combattue avec humour (et amertume) par le jazzman:

«On m’a donné bien des noms dans ma vie, mais me traiter d’espion c’est une première!»

Théorie du complot

Ni impressionné ni taiseux, le musicien a également tenu à répondre à la théorie du complot ventilée par le chef d’État égyptien et figure de la lutte des non-alignés contre les puissances occidentales. Pour mieux convaincre Nasser, Armstrong lui envoie depuis Boston un exemplaire de son vinyle incriminé. Il y joint une lettre courroucée, relayée à l’époque par le magazine Jet, revenant sur les accusations dont il est alors l’objet:

Vous pourriez dire aux gens qui propagent cette rumeur de passer me voir. Je leur raconterai deux ou trois blagues de Toto

Louis Armstrong à Nasser

«Tout ça, c’est du chinois pour moi. Les gens remuent la merde parce que j’ai joué en Israël. Je n’ai pas besoin d’être un espion pour gagner ma vie. Je gagne assez d’argent en faisant de la trompette et ma vie est très heureuse grâce à ça. Vous pourriez dire aux gens qui propagent cette rumeur de passer me voir. Je leur raconterai deux ou trois blagues de Toto.»

Armstrong avait-il autant de charisme à l’écrit qu’à l’oral? Difficile à dire. Toujours est-il qu’en 1961 il peut voyager en Égypte (où des journalistes ne manquent pas de lui demander s’il n’agirait pas pour le compte des sionistes).

Toutes ces polémiques étaient annonciatrices des crispations qui allaient se perpétuer et se renforcer dans certains cas, de l’élargissement à venir des lignes de fracture entre les pays arabes et Israël entre autres, selon Opendemocracy. Mais aucune de ces controverses n’a pu atteindre le géant des cuivres, qui a préféré profiter de son séjour sur les terres de Ramsès pour jouer quelques airs à sa femme au pied des pyramides de Gizeh.

Slate.fr

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