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Nucléaire iranien: Obama dans le viseur de ses anciens conseillers?

Barack Obama à Camp David, le 14 mai 2015. REUTERS/Kevin Lamarque.

Barack Obama à Camp David, le 14 mai 2015. REUTERS/Kevin Lamarque.

La récente publication d'une lettre cosignée par plusieurs de ses anciens collaborateurs a été interprétée par certains comme une condamnation des négociations de Vienne. Deux des signataires s'en expliquent.

Un groupe bipartisan d'experts américains, comprenant d'anciens conseillers de Barack Obama, a désigné cinq éléments essentiels à intégrer dans un accord avec l'Iran afin de limiter son programme nucléaire sur le long terme. Publiée la semaine dernière, sa lettre a été largement vue comme une condamnation des négociations actuelles, un réquisitoire qui plus est formulé par de propres ex-collaborateurs du président. Deux des signataires de cette lettre s'inscrivent en faux contre cette interprétation et ont accepté de s'en expliquer à nos partenaires de Foreign Policy.

La lettre est survenue alors qu'une délégation de vingt membres de l'administration Obama était en route pour Vienne, avec l'espoir de garantir un accord diplomatique avec l'Iran l'empêchant de se doter de l'arme nucléaire –un accord attendu depuis des années. Parmi les sommités à l'avoir signée, on retrouve des faucons néoconservateurs bien connus, comme l'ancien sénateur du Connecticut Joe Lieberman, mais aussi des personnalités démocrates et d'anciens membres de l'administration Obama, à l'instar de Robert Einhorn, ancien conseiller spécial d'Obama sur la non-prolifération et le contrôle des armes, ou Gary Samore, ancien conseiller du président américain sur les armes de destruction massive.

La Maison Blanche a fait savoir que les cinq requêtes formulées dans la lettre correspondaient aux priorités des négociateurs américains envoyés à Vienne. Pourtant, le traitement médiatique de la missive en aura poussé plus d'un à croire que d'anciens collaborateurs d'Obama ne faisaient plus confiance à son équipe de négociateurs. Pour deux signataires, cette façon de voir les choses est on ne peut plus fausse.

«Ce n'est pas l'objet de ce document», explique Robert Einhorn. «L'essentiel, ce n'est pas que d'anciens collaborateurs d'Obama soulèvent des questions. L'essentiel, c'est que vous ayez ce groupe d'individus de sensibilités diverses qui en vient à se mettre d'accord sur une liste de recommandations raisonnables et atteignables.»

«Un accord plus strict»

Contrairement à d'autres demandes formulées par l'AIPAC, le principal groupe de pression soutenant Israël, Einhorn fait remarquer que la lettre ne consigne aucune «pilule empoisonnée» que l'Iran sera probablement incapable d'avaler.

Le groupe bipartisan demande que les observateurs internationaux aient «un accès opportun et effectif» à tout site, militaire ou non, nécessaire pour vérifier le respect par l'Iran de l'accord actuellement négocié entre Téhéran et six puissances mondiales. Il en appelle aussi à une limitation stricte des activités de recherche et développement des centrifugeuses les plus sophistiquées, à la possibilité de réimposer rapidement des sanctions si l'Iran en vient à contrevenir aux termes de l'accord et à une levée progressive, et non immédiate, des sanctions économiques imposées actuellement à Téhéran. 

En aval de ces demandes, la lettre statue en préambule que «la plupart d'entre nous aurait préféré un accord plus strict», ce qui fait penser que le groupe n'est pas satisfait de la tournure des négociations menées actuellement par l'administration Obama.

Mais un autre signataire, s'exprimant sous couvert d'anonymat, conteste cette interprétation. Il explique que le lettre visait à rassembler des Démocrates et des Républicains, qu'ils formulent un simple ensemble «d'objectifs atteignables» et démontrent ainsi qu'un accord bipartisan était possible sur la question du nucléaire iranien.

«Si l'accord est un bon accord, l'administration pourra compter sur le soutien de ce groupe», affirme-t-il. «Mais si l'accord n'est pas bon, l'administration aura ce groupe comme adversaire. Reste que le président a promis que l'accord sera bon, alors j'entends bien le prendre au mot.»

Interrogée sur cette lettre, la porte-parole du Département d’État n'a pas estimé qu'il s'agissait d'une critique des négociations actuelles, prévues pour se terminer le 30 juin. «Les positions exprimées dans ce document correspondent parfaitement à celles sur lesquelles nous insistons à huis clos», nous a ainsi précisé Marie Harf. «Dans tout accord final, nous respecterons, tout comme l'Iran, les prémisses formulées à Lausanne, qui sont d'un niveau d'exigence à minima équivalent à celui de cette lettre.»

Demandes de Khamenei

Selon des responsables américains, le pré-accord signé en avril à Lausanne obligeait l'Iran à des restrictions en termes de R&D et de capacité d'enrichissement. Il insistait aussi sur une levée progressive des sanctions et un accès permis pour des inspections intrusives «partout dans le pays».

Pour autant, il semblerait que l'Iran ne l'entende pas de la même oreille. Le guide suprême du pays, l'ayatollah Ali Khamenei, vient ainsi de demander que les sanctions imposées à l'Iran soient levées dès la signature de l'accord final. Et il a aussi réfuté tout gel des recherches nucléaires de l'Iran à moyen terme.

«Geler la recherche et développement de l'Iran pour longtemps, pour dix ou douze ans, n'est pas acceptable», a-t-il déclaré. «Toutes les sanctions économiques et financières imposées par le Conseil de sécurité de l'ONU, le Congrès américain ou le gouvernement américain devront être immédiatement levées dès l'accord signé.»

Les demandes de Khamenei ont eu tôt fait d'agacer Einhorn et d'autres partisans des négociations actuelles. «Je suis gêné que le guide suprême ait pris des positions publiques qui dévient de ce que les négociateurs iraniens ont d'ores et déjà accepté», dit-il. «S'agit-il d'une tactique de marchandage? Prévoit-il de revenir à l'accord initial ou est-il en train de changer réellement la ligne iranienne?»

«Nous ne le savons pas, mais c'est préoccupant.»

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