Culture

Le clip de la Fête du cinéma est godardien sans le dire

Temps de lecture : 2 min

Le mot d’ordre de la Fête du cinéma, qui a lieu cette année du 28 juin au 1er juillet, est «Relevez la tête». Il est décliné à l’envi par les affiches et le clip promotionnels projeté dans toutes les salles. La punchline repose l’idée qu’il y a un geste de fierté et de liberté à relever la tête pour regarder le grand écran dans une salle. Elle fait directement écho à une déclaration de Jean-Luc Godard devenue célèbre, «Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse», phrase dont on voit Jean Douchet citer une partie dans le clip.

Mais ce n’est plus la télé qui est dans la ligne de mire, bien que la formule demeure tout à fait valable la concernant. Ce sont ici les écrans mobiles qui sont visés, smartphones et tablettes vers lesquels chacun s’incline dans une posture à la fois malsaine (la future fortune des kinés) et humiliante. Si les concepteurs de la campagne publicitaire se sont inspirés d’une proposition extérieure, il est douteux qu’ils aient songé à Jean-Luc Godard, pas vraiment une référence majeure pour les dirigeants de la Fédération nationale des cinémas français, l’organisme professionnels des exploitants qui organise la Fête du cinéma, du moins si on en croit le peu de visibilité qui a été donné aux récents films du cinéastes dans les circuits.


Si inspiration il y a, elle viendrait plutôt… d’Internet. En l’occurrence, d’un bref dessin animé réalisé par Lin Cheng-lin, un étudiant chinois de la CAFA (Central Academy of Fine Arts) pour se moquer des «ditouzu» (ceux qui baissent la tête), les yeux rivés à leurs portables. Le court métrage, La Vie tête baissée, a eu des dizaines de millions de vues sur tous les sites de partage où il est désormais disponible. Regardé, bien sûr, essentiellement sur des écrans mobiles. Appelons cela un paradoxe.

Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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