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Le brevet de maths 2015, aussi facile que la tête à Toto

Thomas Messias, mis à jour le 27.06.2015 à 11 h 49

En 2014, le brevet de maths avait suscité la terreur des collégiens: trop dur. Cette année, les énoncés ont étonné les élèves de 3e par leur facilité. Preuve de la difficulté de l’Éducation nationale à positionner correctement le curseur.

Le niveau demandé pour le brevet de maths 2015 | Quinn Dombrowski via Flickr CC License by

Le niveau demandé pour le brevet de maths 2015 | Quinn Dombrowski via Flickr CC License by

Il y a un an, la plupart des élèves de troisième sortaient de l’épreuve de mathématiques du brevet en pleurant des larmes de sang tant le sujet leur avait semblé ardu; quelques mois plus tard, ils apprendraient que deux tiers d’entre eux n’avaient pas obtenu la moyenne en maths. La faute à un manque de travail, sans doute, mais aussi à une nouvelle forme d’épreuve lancée en 2013 et qui entend laisser la part belle à l’esprit d’initiative et à la réflexion approfondie.

Il est vrai que l’épreuve 2014 avait de quoi faire grincer les dents des candidates et candidats. Alors que les programmes de 3e continuent à dérouler un certain nombre de notions classiques (Pythagore, Thalès, fonctions affines, trigonométrie…), ce sujet n’en proposait quasiment aucune application directe.

Il fallait d’abord creuser au sein de chaque exercice, tenter d’en saisir pleinement les problématiques, puis se fendre de quelques calculs dans un second temps. Sauf que la première étape, qui consiste à mener une réflexion autonome dans des problèmes de bottes de pailles et de feux de croisement, n’a généralement pas pu être franchie. Trop d’informations, pas assez de guidage.

L’épreuve 2014 avait de quoi faire grincer les dents des candidates et candidats

 

De deux choses l’une: soit l’épreuve était trop difficile, soit la façon d’enseigner les maths en collège devait être totalement remise en cause. Peu aidés par des directives inexistantes, les profs les plus entreprenants ont alors mis en place d’autre façon d’aborder les notions vues en classe, en s’inspirant pourquoi pas de ce que commence à proposer la Finlande.

En ont découlé des heures et des heures de réflexion personnelle autour du raisonnement mathématique et une année de travail intensif avec les élèves pour les coacher afin de les rendre plus autonomes et plus fins dans leur façon d’aborder les problèmes. Ce jeudi 25 juin 2015, le couperet est tombé. Les élèves surentraînés allaient enfin pouvoir montrer de quel métal ils étaient faits. Et puis:

Un an à suer sang et eau pour que l’examen de fin de 3e consiste à ajouter 12,5 et 10

Voilà. Un an à suer sang et eau pour que l’examen de fin de 3e consiste à ajouter 12,5 et 10.

Croyez mon expérience de prof: pour que des élèves se mettent à avouer qu’un énoncé de maths était facile, c’est qu’il doit vraiment être extrêmement facile. Et si toute l’épreuve 2015 n’est tout de même pas de ce niveau (après tout, pourquoi pas glisser quelques questions simplissimes pour mettre les élèves en confiance), elle est à n’en pas douter bien plus accessible que celle de l’année passée.

Pour réussir ce brevet 2015, il suffisait de maîtriser en surface les principales notions abordées en classe de 3e. Un exemple avec cet exercice de géométrie: très loin d’être aussi complexe que l’histoire des feux de croisement proposée en 2014, celui-ci propose une application directe des théorèmes de Pythagore et de Thalès, sans aucun contexte concret ni difficulté particulière. À vrai dire, des élèves de 4e auraient tout à fait pu le réussir.

Une moyenne et un pourcentage à calculer, une toute petite équation du premier degré à résoudre, des «problèmes» pas si problématiques

La suite de l’exercice sur les distances de freinage se résumait à une lecture graphique de base et à un calcul d’une facilité déconcertante.

 

Le reste est à l’unisson: une moyenne et un pourcentage à calculer, une toute petite équation du premier degré à résoudre, des «problèmes» pas si problématiques.

Tant mieux pour les élèves de 2015: le DNB (diplôme national du brevet) n’ayant pas grande valeur, il est assez louable qu’ils puissent quitter sereinement le collège avec, en tête, un dernier souvenir pas trop désagréable de leur année de maths de 3e.

Il n’empêche que cet énoncé confirme la difficulté du ministère de l’Éducation nationale à positionner correctement le curseur et à préciser ses attentes et ses objectifs. Que doit-on exiger des élèves de 3e? Comment doit-on leur apprendre à raisonner? Ces questions restent bien floues. Et si les enseignants ont travaillé cette année en brandissant au-dessus de la tête de leurs élèves un terrifiant énoncé 2014, comme on menace d’appeler le père Fouettard pour les enfants turbulents, qu’en sera-t-il l’an prochain? Les profs auront bien du mal à être crédibles avec leurs exigences face à des élèves persuadés (à raison) qu’ils auraient pu cartonner lors de l’épreuve 2015 avec le minimum syndical en matière de travail.

C’est encore une fois tout le modèle éducatif français qui demande à être repensé, notamment en ce qui concerne les mathématiques. Les professeurs de collège ne savent plus sur quel pied danser, les enseignants de lycée voient débarquer des élèves qu’ils estiment insuffisamment préparés à affronter les difficultés qui les attendent en 2nde… L’ensemble manque sérieusement de cohérence et de concertation mais ce flou pédagogique semble hélas être amené à durer, ce qui se fait forcément au détriment de nos chers collégiens et lycéens.

Thomas Messias
Thomas Messias (136 articles)
Prof de maths et journaliste
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