Economie

Le principal risque aujourd'hui vient des assureurs par Jacques Attali

Jacques Attali, mis à jour le 15.09.2009 à 14 h 38

Si les compagnies d'assurance sont contraintes de suivre les nouvelles normes prudentielles définies avant la crise, les conséquences pourraient être désastreuses.

Voilà un sujet en apparence ennuyeux et pourtant, tout à fait essentiel. Si les compagnies d'assurance sont amenées en 2012 à appliquer de nouvelles règles, définies par les régulateurs avant la crise, elles pourraient provoquer une crise bien pire que celle que nous vivons aujourd'hui.

Les compagnies d'assurance, dont j'ai dit si souvent qu'elles étaient déterminantes pour l'avenir du capitalisme, doivent, comme les banques, en principe, respecter des règles de prudence pour ne pas trop risquer l'argent que les épargnants leur confient. Et ces règles, (qui se nomment «Solvency I, II et III», comme celles pour les banques sont nommées «Bâle I, II et III») sont complexes, mal appliquées, et sources de grands déséquilibres, en provoquant l'expansion des marchés les plus spéculatifs.

Comme pour les banques, il s'agit, depuis Solvency I, de forcer les assureurs à disposer de fonds propres (incluant des dettes subordonnées) suffisants pour couvrir des risques associés à l'assurance dommage, à la collecte de l'épargne et aux sinistres subis par la compagnie. Solvency II, décidé avant la crise, doit entrer en vigueur en 2012, et change radicalement la perspective. Cette nouvelle norme exige des assureurs d'associer à chaque risque un montant de capital spécifique, exactement ce que Bale II exige des banques.

Tout est d'ailleurs copié sur les règles de Bale II: ces évaluations de besoins de fonds propres seront réalisées sur la base de modèles mathématiques dits de «Value at Risk», comme ceux utilisés par les banques. Par exemple, les compagnies d'assurance vie, qui gèrent l'épargne des ménages, devront allouer des fonds propres différents pour faire face à la perte qu'elles pourraient subir sur leurs placements; pour couvrir le risque d' une sortie anticipée des assurés (qui nécessitera une liquidation des actifs dans l'urgence); d'une surmortalité (liée à l'occurrence d'une importante épidémie par exemple) ou d'une sous mortalité (qui nécessiterait des paiements de rentes viagères sur des périodes plus importantes et un coût plus important en conséquence).

Cela conduira, les compagnies d'assurance, comme les banques depuis Bâle II, à évaluer leurs actifs et leurs passifs selon la valeur de leurs actifs prévue par un modèle. A titre d'exemple, une compagnie d'assurance enregistrera tout profit projeté sur la durée de vie d'une rente viagère dès la mise en place du contrat au lieu d'étaler ces profits sur la période que durerait le contrat, quand les revenus seraient réellement encaissés.

Ce qui s'est passé pour les banques se passera pour les assureurs: pour réduire les exigences de fonds propres, les compagnies chercheront, comme l'ont fait les banques, à contourner ces règles; et pour cela, avec des montages de même nature que ceux utilisés par les banques dans les années passées elles regrouperont leurs actifs en des instruments spéculatifs, qu'elles sortiront de leurs fonds propres en les confiant à des gérants de fonds externes (private Equity, hedges funds, asset manager etc...). Et elles demanderont à ces derniers des rentabilités croissantes. Les assureurs feront tout pour garder le moins possible d'actifs non transférables, comme des actions cotées et surtout non cotées.

Ce scénario serait un désastre pour les entreprises industrielles, qui perdront leur principale source de fonds propres. Les assureurs européens en général, et les français en particulier, placent aujourd'hui entre 20% à 25% de leurs actifs en actions cotées et 5% en actions non cotées.

Ce serait aussi un désastre pour les épargnants, car, en cas de crise, qui toucherait, une fois de plus, d'abord les produits dérivés, les assureurs, comme aujourd'hui les banques, perdraient ces profits imaginaires, déjà comptabilisés; leurs bilans seraient réduits à néant. Elles seraient détruites, et avec elles l'épargne de ceux qui leur auront fait confiance.

Il reste un peu de temps pour empêcher cette folie. Les dirigeants qui vont se retrouver au G20 de Pittsburgh s'honoreraient à parler, pour une fois, de la façon de prévenir une catastrophe et pas seulement de la meilleure façon de réparer celles qu'on a laissé se déclencher.

Jacques Attali

Image de Une: Devant le siège de l'assureur américan AIG Reuters

 

 

 

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