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Manifestations anti-Uber: les médias américains aiment toujours autant dramatiser

Manifestation de Taxi à Marseille (REUTERS/Jean-Paul Pelissier).

Manifestation de Taxi à Marseille (REUTERS/Jean-Paul Pelissier).

Entre les mentions de «guérilla» et les photos qui donnent l'impression d'une guerre civile, la presse internationale a un peu surdramatisé les manifestations hostiles à l'application Uber de ce jeudi 25 juin. Démonstration.

Après la parution des premières photos et vidéos des manifestations, blocages et violences déclenchés par le face-à-face entre les chauffeurs de taxis et les VTC, ce 25 juin, la presse américaine n'est pas loin de croire la France en guerre.

Comme le précise Libé, «les images du violent mouvement des taxis français contre les services de VTC comme Uber étaient déjà quasi assurées de faire le tour des médias internationaux, mais la rockstar américaine Courtney Love vient de leur garantir une portée allant bien au-delà des rubriques économiques».

La chanteuse américaine a publié de nombreux tweets et posts sur Instagram où, entre deux insultes envers François Hollande et le gouvernement français, elle raconte avoir eu la peur de sa vie quand des chauffeurs de taxi ont «pris sa voiture en embuscade» et son «chauffeur en otage». Résultat, un beau lien entre taxis français et talibans... Et cette exclamation: 

«Ils ont pris en embuscade notre voiture et ont pris notre conducteur en otage. Ils frappent les voitures avec des battes en métal. C'est ça la France?? Je serais plus en sécurité à Bagdad.»

Ce qui n'a pas manqué d'alimenter les reprises dans la presse internationale, et beaucoup dans la presse américaine, et souvent une importante dramatisation.

Combo véhicule retourné/CRS

C'est l'une des photos qui revient le plus souvent pour illustrer la violence dans les manifestations des taxis. On y voit ce que l'on imagine être un conducteur de taxi se rapprocher d'un feu dans la ville de Marseille, pour y jeter un pneu.

Elle avait également été postée sur CNN, avant d'être remplacée par un diaporama de neuf photos. Six montrent des affrontements ou des actes de violence. La septième montre une famille qui traverse une rue à pied. La dernière, le périphérique bloqué.

De son côté, The Verge a choisi d'illustrer son article avec cette photo de RTL:

TechCrunch parle carrément de «guérilla» dans son titre. La photo utilisée en illustration réussit un joli combo et montre un début de feu, un véhicule retournée et quatre CRS dont l'un met en joue le photographe.

Le site Internet de The Irish Times n'est pas américain, mais comme constaté sur Twitter, la photo utilisée donne l'impression –là aussi– de vivre dans un pays en guerre.

On voit également des photos de véhicules retournés, comme dans ce diaporama du quotidien italien La Stampa.

Plusieurs vidéos montrent les affrontements et les dégâts causés par ces manifestations, comme sur celle de NBC News. La vidéo du New York Times montre, elle aussi, l'un des premiers véhicules à avoir été détruit, Porte Maillot, en début de matinée. Le site du quotidien espagnol El Pais est allé un peu plus loin et a rajouté à toutes ces images une musique assez angoissante.

Pourtant, lorsque l'on consulte les photos publiées par l'agence Reuters, les images sont loin d'être aussi dramatiques, même si on a évidemment vu la France sous un meilleur jour.

Emmanuel Foudrot

Tout ceci rappelle à quel point la presse étrangère (et américaine) aime parfois dramatiser les événements hexagonaux. Lors des émeutes de 2005 par exemple, CNN avait fait cette superbe infographie avec une petite flamme pour chaque ville –en ne les plaçant pas forcément correctement sur la carte.

Évidemment, il ne faut pas généraliser. TIME avait, par exemple, tenu à indiquer qu'on était loin des clichés.

En direct des no-go zones

En janvier dernier, Fox News prétendait présenter les no-go zones de Paris, quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo. Sur cette jolie carte, on découvrait que de nombreux quartiers de la capitale étaient innaccessibles.

À l'époque, un utilisateur de Tumblr, Julien, avait décidé d'aller à la rencontre des habitants de ces quartiers –dont celui de Riquet au Nord-Est sur la carte– pour montrer le ridicule de ces déclarations. 

Ceci dit, ce 25 juin, au petit jeu de la dramatisation, les Français avaient bien commencé. France Bleu Azur parlait ainsi d'un «passage entre les flammes» pour les passagers de l'aéroport de Nice qui marchaient entre deux pneus en feu.

En espérant que c'était un tweet ironique.

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