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Riches ou pauvres, les chauffeurs de taxi?

REUTERS/Kai Pfaffenbach.

REUTERS/Kai Pfaffenbach.

Entre le travailleur indépendant qui gagne 1.400 euros net par mois et l’artisan qui a fini de payer sa licence et peut se verser plus de 3.000 euros, les revenus des conducteurs de taxi diffèrent énormément.

Dans le débat qui oppose dans l’opinion publique les pro-Uber et les pro-taxis, un argument est souvent déployé, celui selon lequel les chauffeurs de taxis gagnent bien leur vie, et donc suffisamment bien pour supporter la concurrence d’Uber. Est-ce vrai? Combien gagne un chauffeur de taxi?

Comme l’explique le site du CIDJ (Centre d'information et de documentation jeunesse), «de nombreux paramètres entrent en ligne de compte» pour estimer le salaire d’un chauffeur de taxi, comme son statut, s’il travaille en ville ou à la campagne, de nuit ou de jour, si on lui donne des pourboires généreux…

Une licence à plus de 200.000 euros

Le premier paramètre est celui du statut, à savoir notamment si un chauffeur est salarié, travailleur indépendant locataire d’un véhicule, travailleur indépendant sociétaire de coopérative ou artisan:

  • Un indépendant gagne en moyenne, officiellement, 17.130 euros par an, selon l'Insee, soit environ 1.400 euros net mensuels. En tant que salarié, il peut envisager, en ville, «un salaire moyen autour de 1.600-1.700 euros par mois», en net, explique le CIDJ.
  • Les taxis-ambulanciers gagnent quant à eux bien plus, 6.300 euros brut par mois, selon la Fédération des centres de gestion agréés (FCGA) mais, attention, cette somme représente le résultat courant moyen brut, c'est-à-dire avant versement des cotisations sociales dues par le chef d'entreprise.

La plupart (80%) des chauffeurs de taxis sont des artisans, selon la centrale de taxis G7. Ils doivent payer une licence, souvent assez chère, comme l’expliquait un jeune chauffeur de taxi installé en Île-de-France sur le site francetvinfo.fr, qui avait payé la sienne 206.000 euros. Au final, ce chauffeur affirmait se reverser 1.000 euros net par mois, une fois son crédit payé.

Les chauffeurs de VTC gagnent un peu plus

Les chauffeurs de VTC gagnent-ils plus que les chauffeurs de taxi? Oui, légèrement, si l’on en croit à la fois le CIDJ, qui évoque un salaire de 1.800 à 2.000 euros pour un salarié et jusqu’à 3.000 et plus pour un auto-entrepreneur. Les petites annonces communiquées par Uber promettent même un salaire de 1.000 à 2.000 euros par semaine. Un auto-entrepreneur débutant gagne sans doute moins, à l’instar de Julian, interviewé par Rue 89, qui affichait 2.300 euros mensuels au compteur.

Gagner 1.600 ou 3.000 euros par mois, est-ce être riche, pauvre? En France, le salaire net médian (qui partage les salariés en deux groupes d’effectifs égaux, soit le montant qui sépare les 50% les moins bien payés et les 50% les mieux payés, et est donc plus représentatif que le salaire moyen, moyenne de tous les salaires accumulés, qui comporte un effet de déformation du fait de la présence de salaires très élevés qui augmentent la moyenne) était en 2012 de 1.730 euros net par mois, selon l’Insee. Avec 1.600 euros, on est donc plutôt un peu en dessous de la moyenne nationale, mais très loin du seuil de pauvreté, équivalent à 60% du revenu français médian, soit 987 euros par mois. Avec 3.000 euros, on est en revanche largement au dessus du «Français moyen».

Des repères qui s'effacent 

Mais plus que le critère de richesse, ce sont les incertitudes et la précarisation croissante du métier qui expliquent le mouvement des taxis parisiens, comme le résume le chercheur Guillaume Lejeune, qui les observe depuis septembre 2012, dans un article intitulé «La fin des taxis». 

Incertitude quotidienne, parce que rien ne garantit que leur journée se terminera bien et leur octroiera les 200 euros dont ils ont besoin pour payer leur licence. Incertitude aussi sur leur statut et sur la valeur de leur licence chèrement acquise, puisque son prix a varié ces deux dernières années de près de 50.000 euros. Or les taxis qui acquièrent cette licence n'ont pas le droit d'avoir d'autre activité pendant au moins cinq ans et il leur faut en moyenne dix ans pour la rembourser. «On ne peut pas dire, du jour au lendemain, aux chauffeurs de taxi qui se sont dramatiquement endettés pour obtenir leurs licences qu’ils peuvent s’asseoir sur un tas de ruines!» s'emporte un taxi cité par le chercheur dans le livre Confidences passagères

Précarisation, parce que du fait de la crise économique et de la concurrence des VTC, leur chiffre d'affaires est en baisse, alors que le nombre d'heures travaillées s'allonge. «L’attente qui occupe une place accrue dans le quotidien est à la source de plusieurs tensions dans le transport des clients», explique Guillaume Lejeune, tensions dont l'accumulation peut aussi expliquer les récents débordements.

Au final, ce sont des «repères qui s'effacent», si bien que, oui, en creux, il s’agit bien de la «fin des taxis».

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