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Métropole: ce que veulent les habitants du futur Grand Paris

Paris, métropole 2020 (Pavillon de l'Arsenal) / Jean-Pierre Dalbéra via Flickr CC License By

Paris, métropole 2020 (Pavillon de l'Arsenal) / Jean-Pierre Dalbéra via Flickr CC License By

Amené à devenir une métropole compétitive au niveau mondial, le Grand Paris peut-il être en même temps une métropole socialement équilibrée? Le débat public ouvert sur la future métropole doit permettre aux Franciliens de donner leur avis sur ces enjeux primordiaux.

Res Publica, entreprise de conseil spécialisée dans l’organisation et l’animation de débats publics, organise pour Paris Métropole un ensemble d’un vingtaine de débats thématiques dans toute la Métropole et un grand débat en ligne. Slate publie les premières contributions des Franciliens (récoltées jusqu'au 18 juin) sur les grands enjeux de la métropole.

Au moment où la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) a été débattue à l’Assemblée nationale pour créer notamment la «Métropole du Grand Paris» sur le périmètre de Paris et des trois départements de petite couronne, Paris Métropole [1], organise une grande consultation citoyenne qui se décline sur vingt territoires de l’Île-de-France et en ligne sur le site «Mon Grand Paris - J’en Parle». Il s’agit pour les habitants et les élus de débattre des cinq thématiques-clefs qui permettront de définir la future Métropole. Sera-t-elle une métropole mondiale, innovante, durable, solidaire et quotidienne?

Voici les premières contributions des internautes franciliens.

Le logement, priorité numéro un

C’est d’abord la question de la répartition du logement social en Île-de-France qui préoccupe les premiers contributeurs en ligne –«arrêtons de parquer les moins riches dans les mêmes villes et logements délabrés; cela permettrait moins de discrimination socio-spatiale»–, mais aussi au sein même des villes –«des logements sociaux souvent concentrés dans des espaces excentrés et isolés du centre». Ils souhaitent que le développement des nouveaux quartiers ne se fasse pas en oubliant l’existant –«des logements sont construits à côté d'anciens extrêmement délabrés». Pour eux, la mission des élus est de veiller à une bonne répartition des logements sociaux «à une échelle communale, mais également à une échelle intercommunale.» C’est clairement ce qu’ils attendent du Grand Paris, qui «doit veiller à ce que ce soit le cas».

Mais créer de nouveaux logements amène les contributeurs à se poser la question du modèle de construction. Pour les uns, «la densification à outrance a déjà donné des résultats déplorables dans le passé». Pour les autres, dans des situations tendues comme en Île-de-France, «la densification sur dents-creuses ne détruit pas le paysage ni la qualité de vie et permet de valoriser le foncier disponible».

La densification, oui, si on laisse respirer la ville avec de vrais parcs, des jardins, des places, des espaces de rencontres, des zones piétonnes...

Un contributeur du débat en ligne

Ils proposent un modèle de densification pour la métropole: «La densification, oui, si on laisse respirer la ville avec de vrais parcs, des jardins, des places, des espaces de rencontres, des zones piétonnes…» Certains imaginent que l’on peut «réconcilier les habitants avec l'habitat collectif» en construisant de l'habitat intermédiaire. Ils suggèrent des îlots rassemblant les différentes fonctions «bureau, logement, logement sociaux, hôtel». Pour renouveler la métropole, ils estiment qu’il faut aussi renouveler le «mode d'habiter»:

«Pourquoi toujours avoir des bâtiments plus ou moins rectangles et des appartements standards? Je pense qu'avec les nouvelles technologies et surtout les initiatives de certain, nous pouvons innover dans la manière d'habiter.»

Mais ils doutent de la capacité à réaliser une plus grande mixité sociale et craignent des effets sur le prix du foncier:

«Les populations ayant des moyens financiers très différents ne pourront guère être voisines ne serait-ce qu'à cause de la pression foncière, qui fera monter les prix de l'immobilier et le prix de la vie en général” (commerces, services).»

Et se méfient des éco-quartiers et de la gentrification qu’ils suscitent:

«Si vous voulez poursuivre la politique de gentrification, le modèle de l'éco-quartier semble être parfaitement adéquat.»

Combattre et résoudre les inégalités territoriales

Résoudre les inégalités territoriales: les premiers contributeurs souhaitent que ce soit une des priorités de la future Métropole du Grand Paris mais ils s’interrogent sur la pertinence du périmètre retenu…

Qu’il s’agisse du logement qu’il faut mieux répartir, des transports qui doivent être mieux organisés –«meilleure accessibilité, rapprocher les territoires»–, de l’emploi… Ils attendent également une plus grande égalité en matière d’éducation et notamment dans l’enseignement supérieur où prévaut la sectorisation par Académie:

«Il faudrait que chaque habitant ait les mêmes chances d'étudier où il le souhaite dans Paris! Que ceux qui viennent de banlieue ne soient pas discriminés au profit des Parisiens.»

Il existe une Île-de-France métropolitaine; celle du Grand Paris, et une Île-de-France rurale. On ne peut pas construire une identité ‘entre deux’!

Un contributeur du débat en ligne

Mais d’autres contributeurs sont plus mitigés sur cette ambition et considèrent qu’il y a un risque à en faire l’objectif principal de la construction métropolitaine, celui d’un désengagement des territoires les plus aisés:

«Le Grand Paris est sensé promouvoir le territoire, le rendre plus compétitif et performant tout en vendant une certaine qualité de vie. Les inégalités territoriales sont existantes et devraient bénéficier des retombées de la métropole sans pour autant être son principal objectif, auquel cas le Grand Paris ne serait qu'un énième programme social financé par les territoires les plus aisés qui se désengageraient alors du projet.»

Les contributeurs s’interrogent également sur le futur territoire de la Métropole qui doit se constituer sur le périmètre de Paris et des trois départements de petite couronne. Pour certain la future métropole doit englober toute l’aire urbaine au-delà de la petite couronne, «toutes les communes de l'unité urbaine de Paris doivent intégrer la métropole et pas seulement celles de petite couronne». D’autres se demandent ce que deviendront les territoires extérieurs à la métropole:

«6,5 millions d'habitants vont intégrer la Métropole du Grand Paris en janvier 2016, quand 4 millions d'habitants, qui vivent pourtant dans la continuité urbaine de la métropole, s'en retrouvent exclus. Comment envisager une politique métropolitaine commune sans considérer Évry, Marne-la-Vallée, Versailles, Saint-Quentin ou Cergy-Pontoise?»

Enfin des contributeurs rappellent que l’Île-de-France n’est pas qu’une aire urbaine mais qu’il existe une Île-de-France rurale:

«Il existe une Île-de-France métropolitaine; celle du Grand Paris, et une Île-de-France rurale. On ne peut pas construire une identité entre deux

Renforcer l'attractivité mondiale du Grand Paris

Pour certains, le sentiment d'appartenance à la métropole du Grand Paris est un fait, particulièrement pour les plus jeunes («Je crois que la métropole est déjà ancrée dans les habitudes et je pense là plus particulièrement aux jeunes générations qui pratiquent Internet ou qui jouent en ligne avec des participants du monde entier. La métropole fait déjà partie de nos habitudes.»), pour d’autres elle n’est pas perceptible («La métropole mondiale n'est pas un fait concret. Elle reste très médiatisée mais peu en connaissent le sens.») ou n’est pas assez valorisée («La métropole mondiale est un fait, cependant elle n'est pas assez mise en avant par les élus.»). D’autres encore s’inquiètent des conséquences de la mondialisation sur les plus modestes:

«Ce ne sont pas les “petits” qui profitent le mieux des métropoles mondiales. Par exemple, dans une “métropole mondiale” le prix du logement est-il moins cher? Non, évidemment!»

Les contributeurs attendent de la future Métropole qu’elle agisse pour renforcer la dimension internationale du Grand Paris afin de concurrencer les autres métropoles mondiales. Selon eux, elle devrait «améliorer les signaux à destination de nouveaux investisseurs notamment dans l'événementiel ou les domaines de pointe» dans une région Île-de-France «qui dispose d'atouts majeurs mais qui ne sont pas toujours lisibles et visibles du fait d'une organisation territoriale complexe».

Il faut se servir des grands événements comme levier pour créer des aménagements et des infrastructures qui n'auraient pas pu être construites sans eux

Un contributeur du débat en ligne

Mais certains craignent que cette concurrence se fasse au détriment des populations:

«Ne peut-on pas au contraire s'inspirer, discuter et échanger avec des acteurs de ces autres métropoles sur des sujets communs afin de réfléchir ensemble sur un “avenir meilleur”, en privilégiant d'avantage les habitants par le biais d'une meilleure organisation territoriale? Car cette relation concurrentielle entre les métropoles est en soit un des facteurs d'oubli de la population locale.»

Alors que d’autres estiment qu’elle est un facteur de développement:

«Je trouve que la concurrence participe à la production de richesse: que ça soit dans le domaine de l'architecture, de l'économie, des transports, etc., le fait d'innover et de faire toujours mieux que l'Autre fait rentrer des flux des richesses et de populations dans le territoire métropolitain, ce qui contribue à son évolution.»

Enfin, la dimension cosmopolite est évoquée comme un atout:

«L'apport de populations cosmopolites et multiculturelles au sein de la métropole peut permettre de créer un vivier d'idées. C'est donc à mon sens très positif.»

COP 21 en 2015 - Euro 2016 de foot - Championnat du monde de hand en 2017 - Grand Paris JO 2024 - Grand Paris exposition universelle 2025… Pour les contributeurs ces événements sont un atout pour la future métropole:

«L'accueil des JO serait un atout pour la future métropole. Cet événement organisé en 2024 permettrait de promotion la Métropole du Grand Paris et de ses nouvelles infrastructures et je pense en particulier au réseau du Grand Paris Express».

Mais il faut pour cela jouer «gagnant-gagnant». «Ces événements sont autant de coup marketing qui servent de vitrine pour la métropole que des moyens pour attirer l'investissement des sponsors pour la construction de complexes sportifs», et anticiper le devenir des aménagements:

«Il faut donc se servir de ces événements comme levier pour créer des aménagements et des infrastructures qui n'auraient pas pu être construites sans ça.»

Mais quelques contributeurs s’inquiètent des contraintes que ces événements peuvent générer «difficultés de déplacements (travaux et zones sécurisées pour certains) et des dépenses (financées par l'impôt)» et s’interrogent sur leur valeur ajoutée:

«Ces événements bien que pouvant apporter de nombreux touristes dans le Grand Paris, ainsi que de nombreux investissements et retombées financières, le coût faramineux de ces événements ne peut pas être remboursé par ces retombées.»

1 — Paris Métropole est le syndicat mixte d’études, créé en 2009 et issu de la volonté des collectivités territoriales de l’agglomération parisienne de constituer une institution d’échange, de rencontres, de partage, sur leurs pratiques respectives et sur les enjeux métropolitains. Retourner à l'article

 

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