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Défendre la loi renseignement et s’indigner de la surveillance de la NSA, c’est possible

 Two Way Sign  par The Tire Zoo  via Flickr CC License by

Two Way Sign par The Tire Zoo via Flickr CC License by

Des hommes et femmes politiques qui avaient voté la loi renseignement se sont émus après les révélations de Wikileaks de la surveillance opérée par l'agence américaine NSA. Sans peur de la contradiction.

Trois présidents sur écoute. Libération et Médiapart ont publié ce 23 juin des documents de Wikileaks qui indiquent que la NSA a réussi à écouter au moins trois présidents, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, au moins entre 2002 et 2012.

Ces révélations sont arrivés la veille de l'adoption définitive par le Parlement du projet de loi sur le renseignement, qui, comme le rappelle Le Lab, «légalise des pratiques contestables des services [de renseignement], selon ses détracteurs».

Certains n'ont donc pas manqué de souligner l'ironie de la situation:

Et le ministère de l'Intérieur lui-même a bien vu le problème, regrettant la date de parution des révélations de Wikileaks, susceptibles selon lui de «créer un amalgame» avec le projet de loi renseignement. 

Détournements

Nous sommes donc allés regarder comment ceux qui avaient voté en faveur du projet de loi sur le renseignement le 5 mai dernier avaient réagi à ces révélations.

Le Parti socialiste d’abord:

«Il y a dans ces écoutes une paranoïa d'État proprement stupéfiante. Ce n'est pas parce qu'on savait, ou se doutait, que ces écoutes massives, systématiques et sans contrôle sont tolérables.»

Une sortie qui a depuis été détournée, des internautes se moquant du communiqué de presse du parti:

Plus généralement, comment les députés qui ont voté la loi renseignement et soutiennent le texte, qui précisément permet une surveillance massive à l’étranger, se sont-ils dépêtrés de cette contradiction argumentative?

«Rien à voir»

Il y a ceux qui ne voient pas le lien entre le fait d’avoir voté la loi renseignement et la surveillance révélée par Wikileaks, comme le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, qui estimait ce matin sur iTélé qu’on n’est «pas du tout dans le même débat, pas du tout».

Il y a ceux, malins, comme la députée Elisabeth Guigou ou le co-président du groupe écologiste à l'Assemblée nationale François de Rugy, qui ont déclaré que les révélations de Wikileaks justifiaient que la France encadre ses services de renseignement, pour éviter qu’ils ne débordent. «La publication de ces écoutes montre justement qu'il faut une loi qui dit ce qui est autorisé ou pas pour les services de renseignement», a déclaré le député sur Twitter –une défense visiblement pas partagée par son propre parti. «Cela n'a rien à voir: le texte n'autorise pas à écouter mais justement à encadrer», a aussi martelé l’ex-ministre de la Justice.

Contradictions

Et puis il y a tous ceux, nombreux, qui ne voient aucun contradiction entre leur indignation et le fait d’avoir voté ou soutenu la loi renseignement, comme le Premier ministre Manuel Valls, qui, après avoir ardemment défendu le texte devant les députés en avril, a dénoncé devant l’Assemblée nationale une «très grave violation de l’esprit de confiance» et des «pratiques inacceptables». Dans le même genre, l’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire s’est dit «scandalisé par ces écoutes», à l’instar de l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui les a jugées «inacceptables». Ou comme le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, qui s’est dit «très choqué». Et la liste serait longue dans cette catégorie, à laquelle on peut ajouter notamment le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone ou le député PS du Cher, Yann Galut.

Voilà donc étalées au grand jour les contradictions de nos hommes et femmes politiques. Mais ne jouons pas, comme eux sur la loi renseignement, les étonnés sur ce point: nombre de chercheurs et d’observateurs de la vie politique vous diront que c’est très fréquent, mais que d’habitude, nous ne le remarquons guère, ces petites dissonances étant emportées dans le flot d’informations.

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