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Ami Moyal, le chercheur par qui le scandale des écoutes de la NSA est arrivé

À Berlin (REUTERS/Fabrizio Bensch)

À Berlin (REUTERS/Fabrizio Bensch)

Cet israélien s'est spécialisé dans toutes les techniques de reconnaissances vocales. Au point d'intéresser les plus grandes agences de renseignement du monde, dont la NSA.

Les récentes révélations de Wikileaks sur les écoutes des présidents français par la NSA, publiées par Liberation et Mediapart, nous ramènent sur les traces de l’homme à l’origine de ces prouesses techniques. Le professeur israélien Ami Moyal m’avait reçu en 2014 dans son bureau de l’Université d’Afeka, au nord de Tel-Aviv. Il a gardé la simplicité de ses origines modestes, lui dont les parents ont émigré du Maroc dans les années 1960 pour s’installer au sud du pays, à Ashdod, avec toutes les difficultés d’intégration que les communautés séfarades d’Afrique du Nord ont connues. 

Docteur en informatique de l’université de Ben Gourion, après une vingtaine d’années passées dans l’industrie, Ami Moyal a été très vite pris par le virus de la recherche, de l’enseignement et du transfert de ses connaissances. Il a créé une start-up au sein de l’université avec une structure réduite à une vingtaine d’ingénieurs de haut niveau, poussés par la passion de la recherche fondamentale et du maniement des langues. 

Mots-clés, reconnaissance vocale et phonèmes

Les grands pays ont vite compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer des résultats de ses recherches, au départ très théoriques. Si Ami Moyal reste très discret sur ses clients israéliens et américains pour des raisons de confidentialité et de sécurité, entre les lignes, on a vite compris que les applications intéressaient surtout les organismes sécuritaires de type NSA qui fondent leurs objectifs sur les écoutes. Un gros client français, dont il souhaite garder l’anonymat, utilise déjà ses techniques. Grâce à lui, il espère se diversifier sur le marché européen car ses applications vont bien au-delà du seul secteur militaire.

Décortiquer des données dans une multitude de langues soit à partir de textes, soit à partir de sons et de vidéos

Son groupe d’experts a inventé des solutions innovantes dans tout ce qui touche à l’analyse de la parole et du texte. L'équipe comprend des spécialistes de haut niveau du traitement du signal, des ingénieurs logiciels et des linguistes. Leurs travaux portent sur la reconnaissance vocale, le repérage de mots-clés, la reconnaissance des phonèmes, qui sont les plus petites unités discrètes ou distinctive permettant de distinguer des mots les uns des autres, que l'on puisse isoler par segmentation dans la chaîne parlée. 

Des dialectes appris seuls en trois semaines

La start-up a notamment développé des techniques de reconnaissance vocale dans les environnements bruyants, de traitement de la parole, de la langue et de systèmes de dialogue. On reconnaît là toutes les techniques indispensables aux grandes oreilles internationales. Comme pour se dédouaner, Ami Moyal a tenu à préciser qu’il n’était pas responsable de la manière dont les données brutes, qui lui étaient confiées pour analyse, étaient récupérées: satellites, captation de communication, intrusion dans le réseau Internet.

Ses logiciels, qui utilisent des ordinateurs puissants situés aux États-Unis, sont chargés de décortiquer des données dans une multitude de langues soit à partir de textes, soit à partir de sons et de vidéos. Les Américains réclament sans cesse le développement d’applications dans de nouveaux langages et c’est pourquoi ses logiciels ont été conçus pour «apprendre» de manière automatique tout nouveau dialecte en trois semaines, sans aucune intervention humaine. Son dernier contrat signé concerne la langue vietnamienne intégrée dans ses techniques de reconnaissance vocale.

À l’image de celui qui a inventé la bombe atomique, Ami Moyal ne se sent pas coupable du mauvais usage éventuel du résultat de ses recherches 

Plus aucune limite

À l’image de celui qui a inventé la bombe atomique, Ami Moyal ne se sent pas coupable du mauvais usage éventuel du résultat de ses recherches. Il reste très modeste sur la réussite de son équipe et feint d’ignorer que son concept a mis le feu en Occident le jour où l’on a compris qu’il n’y avait plus aucune limite pour une intrusion dans tous les domaines de la vie privée, sécuritaire et politique. 

Les Israéliens ne s’en privent pas pour analyser les communications arabes et iraniennes depuis leurs satellites, leurs navires ou leurs sous-marins espions. L’unité militaire 8200 des services de renseignements militaires est une fervente utilisatrice de ces techniques de reconnaissance de la voix puisqu’elle est à l’écoute des communications échangées dans le monde arabe entre civils et organisations militaires.

Google est intéressé

Ses systèmes «comprennent» et analysent les mots et savent même répondre puisqu’ils reconnaissent la voix et identifient les interlocuteurs jusqu’à en donner le CV. Ils sont capables de détecter automatiquement la langue et même un lointain dialecte. Bien sûr, Ami Moyal sait extraire de plusieurs heures de dialogue quelques éléments significatifs sur la base de quelques mots clés. Google est sur les rangs pour exploiter ces nouvelles techniques car, expert en recherche de mots à partir de textes, il souhaite étendre ses fonctions sur l’analyse de dialogues audio ou vidéo.

Les applications médicales sont  nombreuses avec en particulier la possibilité pour un médecin de dicter les symptômes de son patient pour recevoir, en retour, des propositions de diagnostic ou de soins

Le professeur préfère souligner les nombreuses applications civiles de ses recherches dans la téléphonie ou l’aide aux handicapés. Il est possible de questionner son téléphone portable et obtenir la réponse, d’envoyer des SMS ou des mails à partir de la voix et aussi reproduire le texte écrit d’une conversation. Ami Moyal déborde de projets internationaux auxquels il ne peut pas donner toujours suite, non pas par manque de financement, mais par un manque de personnel de haute voltige. C’est pourquoi il privilégie la coopération avec des universités étrangères qui pourraient apporter une certaine complémentarité. Une université du sud de la France est en pourparlers pour un échange d’étudiants et un transfert des connaissances. 

Déclinaisons médicales et servicielles

Il vient de signer un contrat avec une société européenne multinationale pour un moteur exclusif de recherche personnalisée parce qu’il est aussi capable de faire du sur-mesure. Les applications médicales sont également nombreuses avec en particulier la possibilité pour un médecin de dicter les symptômes de son patient pour recevoir, en retour, des propositions de diagnostic ou de soins. Le système va plus loin car, le fait d’entendre un malade et de détecter les mouvements de ses lèvres, permet de concevoir un diagnostic sans avoir à analyser des parties malades de son corps. 

Enfin les sociétés, qui fournissent un service à un public, enregistrent de plus en plus les communications qui sont ensuite analysées, selon la technique speech analysis, pour surveiller et corriger éventuellement le comportement de leur personnel face à leurs clients. Ami Moyal a cherché à nous faire comprendre qu’on entrait aujourd’hui dans un monde virtuel de plus en plus perfectionné, pour le grand bien des humains, mais sans aucune limite. Il veut œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie de ses semblables. Le seul épisode de la NSA de ces derniers jours correspond, selon lui, à une parenthèse à laquelle il souhaite donner le moins d’importance.

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