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Le Parti républicain va mourir, le Parti républicain vivra

La meilleure façon de rebattre les cartes pour le Parti républicain serait peut-être de s’effondrer en 2016 | Станислав Коненко, Анатолий Коненко via Wikimedia Common License by

La meilleure façon de rebattre les cartes pour le Parti républicain serait peut-être de s’effondrer en 2016 | Станислав Коненко, Анатолий Коненко via Wikimedia Common License by

La victoire d'Hillary Clinton pourrait être une bonne nouvelle pour les Républicains modérés.

Du côté républicain, l'élection de 2012 eut tout d'une amère expérience. L'économie battait de l'aile, les Américains étaient mécontents et, pourtant, les Républicains allaient perdre face à Obama, incapables qu'ils furent d'attirer suffisamment de leurs sympathisants vers les urnes, ou de rogner suffisamment d'électeurs à la coalition démocrate.

Mais si on prend quelques hauteurs historiques, la chose est d'une confondante banalité. Sauf désastre –une guerre, une récession, et les deux c'est encore mieux–, il est très difficile de battre un président sortant.

Inhabituel triplé

En 1948, Harry Truman avait certes contre lui les tourments de l'après-guerre, mais il pouvait compter sur une tonitruante économie. Il gagna. En 1956, Dwight Eisenhower faisait face à une croissance constante et une paix relative. Sa victoire fut écrasante. Lyndon Johnson, remplaçant de Kennedy, l'emporta grâce au souvenir laissé par le président assassiné et à la faveur d'une économie resplendissante. Quant au second mandat de Nixon, il put s'asseoir sur une forte croissance, malgré la Guerre du Vietnam. Ronald Reagan, à l'instar d'Eisenhower, avait la croissance et une paix relative, idem pour Bill Clinton et Barack Obama. George W. Bush était embourbé dans des guerres impopulaires, tout en ayant une économie à peine assez robuste pour gonfler les voiles de sa présidence.

Globalement, entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et l'époque actuelle, seuls trois présidents –Lyndon Johnson, Jimmy Carter et George H. W. Bush– n'ont pas réussi à se faire réélire et à rester huit années pleines à la Maison Blanche (Gerald Ford faisant office d'exception).

Un triplé, par contre, est parfaitement inhabituel dans la politique américaine. Après deux mandats, les électeurs ont tendance à changer de parti, soit pour le punir, soit parce qu'ils veulent tester autre chose. Au XXe siècle, on compte trois exceptions. Les années 1920, quand la mort d'un président et la démission d'un autre donnèrent lieu à douze ans de gouvernance républicaine; les années 1930 et 1940, quand les Démocrates traversèrent vingt années de guerre et de dépression à la Maison Blanche; et les années 1980, quand les Républicains gardèrent le pouvoir de la fin de la Guerre froide au début des années 1990.

Après deux mandats, les électeurs ont tendance à changer de parti, pour le punir ou parce qu'ils veulent tester autre chose

Par leur radicale nouveauté, ces périodes ont modifié le paysage politique américain. Le Parti républicain modéré et bien plus internationaliste qui allait émerger de cinq années de leadership démocrate et de la politique économique du New Deal n'avait plus grand-chose à voir avec le parti conservateur qui avait été au pouvoir durant les années 1920. Et après avoir perdu à trois reprises face à Reagan et George H. W. Bush, le Parti démocrate allait négocier un sérieux virage à droite.

Lourde défaite

Ce qui nous ramène au présent. Dans le Washington Examiner, Philip Klein écrit –en usant de l'hyperbole, mais pas tant que ça– que les Républicains devraient dissoudre leur parti s'ils ne réussissent pas à battre Hillary Clinton.

«Son seul avantage, déclare Philip Klein après une critique de son discours de campagne de samedi dernier, c'est de pouvoir espérer qu'en appuyant sur les bons boutons de la politique identitaire et des promesses de nouvelles prestations sociales, les Américains oublient ce qu'ils n'aiment pas.»

Hillary Clinton est si mauvaise, poursuit Klein, que, si les Républicains «n'arrivent pas à présenter un redoutable candidat face à un adversaire démocrate aussi lourdement handicapé», autant qu'ils «jettent l'éponge».

Si les Républicains offrent en 2016 aux Démocrates un troisième mandat, le parti devra changer

Certes, Philip Klein exagère un tantinet. Mais il met aussi le doigt sur une vérité: si les Républicains perdent en 2016 –et offrent aux Démocrates un rare et précieux troisième mandat–, le parti devra changer. De fait, il changera, et le changement viendra de l'intérieur du parti, via des groupes et des intérêts qui préfèrent le pouvoir à la pureté. Ce qui sera d'autant plus vrai si un candidat comme Scott Walker en vient à perdre, parce que, dans ce cas, les conservateurs ne pourront pas invoquer l'argument de la pureté –«l'alternative Mitt Romney/John McCain n'était pas assez conservatrice»– pour expliquer leur défaite.

Une défaite qui pèsera lourd. Après tout, que signifie une absence de douze (voire seize) ans de la Maison Blanche pour un parti politique? Cela signifie que vous ne pourrez pas revenir sur des réformes essentielles –comme celle de l'Obamacare– sans craindre un gros retour de manivelle. Cela signifie que vous n'avez aucune assise dans la bureaucratie fédérale –vos recrues sont parties ou  retraitées– et que vous avez perdu pied dans la justice fédérale. Cela signifie une Cour suprême qui vous est bien moins favorable –avec des conséquences pouvant courir sur des décennies– et peu d'influence sur le plan international. En un mot, c'est la catastrophe.

Machine à perdre

Reste que je me situe à gauche de l'échiquier politique américain et que, de mon point de vue, il semble que les Républicains aient à s'éloigner de leur base. Les Américains ne sont pas des gauchistes mais ils ne veulent pas non plus le conservatisme à la dure des six dernières années, et ils ne sont pas favorables à l'exclusion –des immigrés, des personnes LGBT– qu'appellent de leurs vœux certains ténors de la coalition républicaine. Mais mon diagnostic est biaisé. L'autre hypothèse serait que les Républicains ne bougent pas d'un point de vue politique et économique –des réductions fiscales, une contraction de l’État-providence– tout en gagnant en cosmopolitisme pour attirer des électeurs venant de groupes émergents, comme les Asiatiques ou les Hispaniques.

Les Américains ne sont pas des gauchistes mais ne veulent pas non plus de conservatisme à la dure

D'un autre côté, on peut aussi avoir un Parti républicain virant politiquement à gauche –tout en cristallisant son conservatisme culturel–, voire un parti restant globalement ce qu'il est aujourd'hui, tout en essayant de tirer la bourre aux Démocrates sur des questions dépassant le clivage droite/gauche, comme celle de la réforme de la justice pénale.

Qu'importe que vous pensiez ces trajectoires envisageables pour le Parti républicain –d'une manière ou d'une autre, elles reflètent des tendances qui se font jour dans la campagne–, l'important, c'est la réalité de la position actuelle du parti: s'il perd, les pressions réformatrices se feront sentir. 

Une possible réserve –quelque chose qui empêcherait les événements de «faire baisser la fièvre» conservatrice du parti– serait que les Républicains choisissent un candidat plus modéré, comme Jeb Bush ou John Kasich. Ici, comme par le passé, les conservateurs ignoreront leur défaite et continueront à faire rouler leur bonne vieille machine à perdre.

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