Culture / Société

Les juifs égyptiens, héros d’une série télévisée du Ramadan

Temps de lecture : 2 min

La série télévisée «Le quartier des juifs» tente de s'éloigner des clichés antisémitiques en dépeignant l’Égypte cosmopolite des années 1950.

Capture d'écran du trailer de حارة اليهود
Capture d'écran du trailer de حارة اليهود

Les séries télévisées pendant le Ramadan sont comme les glaces macadamia en été: une composante essentielle. Pendant trente jours, on se gave en famille. Cette année, l'une d'entres elles, Le quartier des juifs (حارة اليهود), était particulièrement attendue: elle dépeint les juifs égyptiens des années 1950 de façon positive et tente de s'éloigner des clichés antisémites souvent répandus.

«Nous avons vécu toute notre vie au cœur du Caire et nous n'avons jamais subi aucun racisme», dit une femme en voix off dans le trailer (0'28). «Je suis un frère pour les musulmans, ma religion me dit de l'être», soutient quelques secondes plus tard (1'15) un homme assis dans un café.

Laila (Menna Shalabi) est amoureuse d'Ali (Iyad Nassar). Elle est juive, lui musulman. Officier dans l'armée, il revient du front avant d'être capturé et torturé par les militaires israéliens. Le départ de Moussa, le frère de Laila, en Israël est vécu comme une trahison par sa sœur. Le quartier plonge ensuite dans la violence lorsque les Frères musulmans posent une bombe dans un chariot d'oranges.

La série est ancrée dans une période essentielle de l'histoire de l'Égypte: elle se déroule entre 1948 et 1954. À cette époque où juifs, chrétiens et musulmans partagent les mêmes quartiers du Caire, Israël se crée aux frontières de l'Égypte, qui connaît alors une montée du nationalisme. En 1952, le mouvement des officiers libres, dirigé par Mohammed Naguib et Gamal Abdel Nasser, fait tomber la monarchie.

Selon le Times of Israel, Medhat al-Adl, le réalisateur, a voulu montrer une Égypte cosmopolite dans laquelle «toutes les religions et les langues existent». Cette série «rappelle une époque où le cinéma égyptien célébrait une composition sociale du pays hétérogène et ouverte». Le journaliste israélien évoque alors le film Fatma, Marika and Rachel (1949), qui met en scène un Égyptien qui prétend être juif pour s'attirer les faveurs d'une femme juive, et la comédie Hassan, Morqos and Cohen (1954), sur une entreprise détenue par un musulman, un chrétien et un juif.

Erreurs historiques mais valeurs de tolérance

Or «Le quartier des juifs» a provoqué de nombreuses réactions. Le New York Times souligne des omissions historiques: les persécutions qu'ont vécues les Juifs du Caire lors de la montée du nationalisme ne sont pas mentionnées alors que les islamistes et les Frères musulmans sont blâmés de façon excessive. Le journaliste cite également Magda Haroun, leader de la communauté juive au Caire, qui a pointé sur Facebook des erreurs culturelles et sociales (elle trouve notamment les jupes trop courtes pour l'époque et la richesse des juifs exagérée).

Selon Al Jazeera, certains Égyptiens considèrent cette série comme une «tentative de légitimation de la nouvelle alliance, qui témoigne d'un rapprochement des relations avec Israël après le renversement du président élu Mohammed Morsi, le 3 juillet 2013».

La critique égyptienne Ola al-Shafi’i a pour sa part salué, dans al-Youm as-Sabi’, une série qui rappelle «des valeurs qui sont devenues absentes dans notre société», dont la plus importante: «l'acceptation de l'autre».

Selon le média égyptien Mada Masr, l'idée trottait dans la tête de Medhat al-Adl depuis des années:

«Il a senti que c'était enfin le bon moment pour faire [cette série] parce que le sectarisme et la peur de l'autre, deux thèmes traités dans la série, sont actuellement très présents en Égypte.»

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