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Ce que le porc nous apprend sur l’être humain (et ce n'est pas une vacherie)

Petits cochons | Liz West via Flickr CC License by

Petits cochons | Liz West via Flickr CC License by

Comme l'homme, le cochon est omnivore. Et c'est loin d'être leur seul lien, bien que leurs relations aient été complexes à travers l'histoire.

Cochon qui s’en dédit, le porc est un animal qui en dit long sur l’histoire des hommes. C’est la thèse de l’historien Mark Essig dans son livre The Lesser Beasts, a snout to tail history of the humble Pig (ou, en français, Les bêtes négligeables: une histoire depuis le groin jusqu’à la queue de l’humble cochon), explique le Guardian. Mais entre l’homme et le pourceau, ça a toujours été l’amour vache.

Les relations ont été difficiles à établir pour commencer. Si les ovins se sont facilement laissés approcher, tuer, domestiquer par nos ancêtres préhistoriques, les cochons, fiers descendants de robustes sangliers sauvages eurasiens, se sont en quelque sorte domestiqués eux-mêmes.

Les êtres humains ont commencé à se sédentariser il y a dix mille ans. C’est alors qu’ils ont enfin réussi à attirer à eux les porcs en répandant des graines aux alentours des habitations. Mais le cochon, dont la chair semblable à la nôtre a inspiré aux cannibales polynésiens le surnom de «grands cochons» aux humains qu’ils consommaient, a souvent eu mauvaise presse. Omnivore comme l’homme, son régime alimentaire a suscité beaucoup de méfiance. Le parasite dont il est porteur lorsqu’il se nourrit sur ses pareils, le trichinella, n’a rien fait pour arranger les choses. Mais si le porc est si souvent rejeté, c’est avant tout pour des raisons culturelles.

Les élites du Moyen-Orient sous l’Antiquité rechignent à le consommer ou le sacrifier à leurs dieux, en grande partie à cause de sa saleté. Les pauvres, moins regardants, se satisfont très bien de cette ressource alimentaire abondante. Cette proximité entre les gens de peu et les porcs assure à ces derniers (et aux premiers aussi certainement) une mauvaise réputation. Les porcs ont régulièrement été associés à des comportements sexuels jugés peu ragoûtants: les Grecs ont même donné à l’appareil génital féminin l’équivalent hellène de «porcelet» et pour les Anglais, «to do pork» signifie «coucher avec quelqu’un».

Les cochons, petits témoins de la grande histoire

Les cochons ont accompagné et facilité de grands bouleversements politiques

Bien sûr, les cochons ont aussi eu leur public, comme les Romains, qui, sous l’Antiquité, multipliaient les recettes autour de sa viande, ou les Anglo-Saxons, qui, rappellent le Guardian, sont allés jusqu’à prononcer des sanctions lourdes contre les individus coupables d’avoir détruit des chênes, car les glands sont le plat de prédilection des pourceaux. De plus, les cochons ont accompagné et facilité de grands bouleversements politiques. Des spécimens ont répandu des maladies parmi les Indiens et nourri les conquérants ibériques. La chair porcine a aussi servi de nourriture à bas prix pour les esclaves. Enfin, les autorités chinoises conservent encore un stock de cochons stable en cas de catastrophe alimentaire.

Dans l’interview qu’il a accordée à Pacific Standard, Mark Essig développe le contenu éthique qu’il entend placer derrière son ouvrage. Les conditions de conservation et d’abattage des porcs le font bondir. L’historien en est persuadé: les cochons ont une personnalité et «ressentent les peines et le plaisir et, que ça nous plaise ou non, nous en sommes responsables». Mais l’essayiste, qui mange lui-même du porc, ne se monte pas la tête:

«Notre appétit pour la viande est si profondément enraciné en nous que le végétarisme volontaire restera rare.»

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