Culture

James Horner a accompagné votre enfance sans que vous le sachiez

Florent Dufour, mis à jour le 23.06.2015 à 15 h 23

La musique de «Fievel» et du «Petit Dinosaure», c'était lui. Et c'était mon idole.

James Horner le 23 mars 1998, jour où il remporta les Oscars pour «meilleure chanson originale» et «meilleure partition originale pour un film dramatique» | Reuters

James Horner le 23 mars 1998, jour où il remporta les Oscars pour «meilleure chanson originale» et «meilleure partition originale pour un film dramatique» | Reuters

James Horner, le compositeur de musiques de films oscarisé en 1998 pour son travail sur le Titanic de James Cameron, vient de décéder dans un accident d’avion. Depuis, c’est une véritable vague déferlant sur les réseaux sociaux et sites internet du monde entier. Les mélomanes, les fans et les moins fans regrettent l’un de ces compositeurs capables d’évoquer immédiatement, avec quelques notes et une simple mélodie, tout un pan de notre enfance.

Né en Californie en 1953, Horner avait commencé sa carrière sous l’égide de Roger Corman en 1979 sur un film oublié de tous: Les Mercenaires de l’Espace. Le succès était arrivé quelques années plus tard, grâce à ses compositions pour les épisodes 2 et 3 de Star Trek, avant d’entamer une collaboration fertile avec James Cameron dès 1986 sur Aliens

Ensuite? Impossible de passer sous silence le monumental carton de Titanic et ses près de 30 millions d’albums vendus (pas seulement liés à l’effet Céline Dion). Il est également d’usage de citer ses travaux pour Braveheart et plus récemment Avatar. Mais ce serait vite oublier que James Horner a jalonné les jeunes années des trentenaires d’aujourd’hui. Ceux qui ont grandi dans les années 1980 et ont écouté sa musique sans même qu’ils s’en rendent forcément compte.

 

Moins connu et moins intégré dans la pop-culture que ses collègues John Williams ou Ennio Morricone, Horner a longtemps travaillé dans l’ombre de ses aînés. Alors qu’il n’avait pourtant pas à en rougir, car il suffit d’un simple coup d’œil à sa filmographie pour réaliser qu’il a pu collaborer à certains des films les plus chers au cœur des enfants des années 1980.

Et étant moi-même un de ceux-là, je peux le dire: la musique de James Horner a eu une importance primordiale dans ma jeunesse.

Gentils films pour enfants

À l'époque,  j’étais loin de connaître son patronyme, encore moins de reconnaître son style. Mais lorsque l’on découvre Willow en salle à sa sortie en novembre 1988, je vous assure qu’il est tout simplement inévitable d’en sortir sans avoir le thème principal en boucle dans la tête. Les aventures de Willow Ufgood et Madmartigan sont désormais gravées dans ma mémoire, accompagnées par la composition épique de James Horner. Une composition qui se pare également d’un sublime thème, directement inspiré –certains diront «pompé»– de Sergueï Prokofiev et Robert Schuman. Mais ça j’allais l’apprendre dix ans plus tard, sans que ça n’entache mon goût pour cette musique. Et ce fut là l’un des premiers chocs de ma vie de futur cinéphile.

 

Par la suite, et au gré de découvertes sur Canal+ via un décodeur pirate (joie des années 1980) ou de visites hebdomadaires dans mon vidéoclub du coin (autre joie des années 1980), ce sont de nouvelles pépites qui vinrent éveiller mes jeunes écoutilles à la musique sans que je ne le réalise vraiment. 

Thèmes et motifs que l’on se surprenait à fredonner une fois le film terminé

Entre 1985 et 1989, Horner aura travaillé sur quatre films destinés avant tout aux enfants: Fievel et le Nouveau Monde, Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles –dont l’un des thèmes est régulièrement utilisé dans les  cérémonies d’ouverture et de clôture du Festival de Cannes–, Miracle sur la 8e Rue et Chérie j’ai rétréci les gosses.

Tous ces films ont pour point commun d’avoir été mis en musique par la même personne, et de contenir des thèmes et motifs que l’on se surprenait à fredonner une fois le film terminé. C’était là l’un des talents du compositeur: cette capacité à créer des thèmes amples et mélodiques, aisément reconnaissables et terriblement évocateurs des joies de l’enfance, cette époque désormais révolue.

 

Mais ne réduisons pas James Horner aux gentils films pour enfants. Personnellement, dès 8 ans, j’aimais aussi bien les dessins animés de Don Bluth que les films d’action bourrins, les films fantastiques avec des personnes âgées qui font de la natation, ou encore les films de guerre déguisés en films de science-fiction avec des bêtes géantes. C’est la raison pour laquelle la musique percussive gorgée de «steel drums» pour le cultissime Commando avec Arnold Schwarzenegger, les envolées (vers les étoiles?) orchestrales de Cocoon de Ron Howard, tout comme l’atonalité agressive de sa musique pour Aliens de James Cameron, ont tout autant bercé ma jeunesse que les films d’animation avec des souris qui parlent.

Je tiens donc à remercier officiellement mes parents, sans qui je n’aurais pas pu me façonner cette cinéphilie alternative pour un enfant de 8 ans, et qui m’ont permis de découvrir des films dont j’étais loin d’être la cible. Et surtout, des films qui m’ont indirectement introduit au monde merveilleux de la musique écrite pour le cinéma, passion qui m'est restée.

 

Fougue d’antan

Dans les années 1990, Horner a continué de traverser régulièrement mon existence. Quand on a 17 ans, comment ne pas se laisser pousser les cheveux et la barbe pour ressembler à Brad Pitt, en entendant le thème de Légendes d’Automne? Comment ne pas avoir envie de pleurer, en se faisant en boucle la berceuse de Casper? Comment ne pas avoir envie de hurler «LIBERTÉÉÉÉÉÉÉ!!» à l’écoute du climax à la cornemuse lors de la plus fameuse scène de Braveheart

 

Comment, enfin, rester insensible à sa composition pour Titanic?

Comment rester insensible à sa composition pour Titanic, certes à forte tendance lacrymale?

Vous vous dites si, si, on peut. Et vous raillez le morceau notamment à cause de la présence de Céline Dion. Mais si l’on revoit le film avec attention, et si l’on réécoute l’album avec cette même attention –en prenant bien soin de zapper la 14e piste–, il est indéniable que l’on a affaire ici à l’une de ses meilleures compositions, certes à forte tendance lacrymale, mais contenant quelques-uns des morceaux d’action les plus poignants de toute sa carrière.

 

Ses années 2000 auront été beaucoup plus inégales, à l’image de certains films sans intérêt sur lesquels il s’était un peu perdu (The Amazing Spider-Man entre autres). Lui-même devait s’en rendre compte, conscient qu’il était que sa fougue des années 1980 était à présent derrière lui. Inconsciemment, je l’avais donc laissé de côté et ne m’intéressais plus beaucoup à ses dernières œuvres. Était-ce lié au fait que je sentais moi aussi ma fougue d’antan reléguée au rang de souvenirs? Je ne sais pas vraiment. Maintenant je préfère m’intéresser à des compositeurs plus jeunes, tels que Michael Giacchino ou le très acclamé Alexandre Desplat

Mais la musique de James Horner, j’y retourne encore régulièrement avec nostalgie. Mes vertes années resteront éternellement liées à sa musique et j’irais même jusqu’à dire que, par le biais de ses mélodies, Horner a eu une petite part dans la construction de la personne que je suis aujourd’hui. Si je pleure si facilement à l’écoute d’une jolie musique, c’est aussi de sa faute. Et depuis ce matin, c’est la gorge serrée que je multiplie les écoutes de ses plus grandes compositions.

Mais comme le disait Fievel, quoi qu’il arrive, James restera toujours «Somewhere Out There».

Florent Dufour
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