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Le cercle des hardeurs gay disparus

Le Jour ni l’Heure: Pierre Paul Prud’hon, Petite étude d’homme nu assis, c. 1800 | Renaud Camus License by CC

Le Jour ni l’Heure: Pierre Paul Prud’hon, Petite étude d’homme nu assis, c. 1800 | Renaud Camus License by CC

De nombreuses disparitions d'acteurs gay emblématiques sont passées sous silence. Une pudeur que tente de faire voler en éclat le site Machofucker. Il est temps d'honorer la mémoire de ces personnalités qui se sont livrées corps et âmes.

Le porno hétéro a aussi ses stars disparues mais dans le porno gay, avec le sida et les dépendances aux drogues dures, on apprend régulièrement la mort de tel ou tel acteur. Par pudeur ou politesse, les raisons du décès ne sont pas souvent connues. Mais si on est fan de cet acteur, on fait quoi? On vire les scènes sur l'ordi et on jette les DVDs? Non, on les garde en souvenir d'un homme que l'on admire.

Le dernier DVD du site Machofucker se termine par une compilation des acteurs pornos disparus récemment. C'est assez rare car, en général, les studios  sont mal à l'aise quand ça arrive. Ils ne savent pas comment tourner l'info, ils n'ont pas envie de mélanger les genres : la consommation instantanée versus la nécrologie ou le souvenir. Les médias LGBT en parlent peu aussi car pour eux le porno reste un genre mineur où les acteurs passent pour être moins intéressants que les dernières bêtises de Justin Bieber.

Machofucker, qui n'a peur de rien, le fait d'une manière over dramatique avec musique ringarde et fond noir. Mais c'est sincère. On apprend que Carlos Leon est mort d'une tumeur de cerveau qu'il avait cachée à tout le monde y compris ses parents et ses deux enfants. Que l'Allemand Edgar Bloch n'a pas su gérer sa consommation de drogues. Que Kamron est décédé le jour de son 42e anniversaire, en janvier dernier. Pour les autres acteurs, comme le cubain Kid Chocolate, c'est plus vague mais on imagine facilement: suicides, overdoses, complications du VIH. Si on additionne, cela fait pas mal d'acteurs disparus depuis deux ans: le français Wilfried Knight, Cameron Fox, etc.

Le (trop) grand silence

Il est pourtant étonnant que la culture gay, plus que jamais alimentée de potins (il suffit de recevoir à longueur de journée des brèves de ce genre) entretienne toujours le secret sur les disparitions de hardeurs gays qui sont devenus, qu'on le veuille ou non, les leaders charismatiques du mouvement. Certains pensent qu'on devrait avoir une attention plus sincère envers ces acteurs. Les célébrités porno ont aujourd'hui un profil médiatique qui dépasse souvent celui des artistes ou des intellectuels de la communauté. Ils sont sur Twitter, Facebook, Instagram et chacune de leurs nouvelles scènes est plus échangée que n'importe quel article politique. Pourtant, quand on cherche sur Internet de quoi est mort tel ou tel acteur, c'est un secret poli, ou le déni, ce qui revient au même. Personne ne veut être la source d'un ragot. Ça rappelle beaucoup ce qui se passait dans la musique noire il y a vingt ans. Le mystère était si grand pour les artistes disparus que personne ne voulait commenter la mort du DJ Larry Levan par exemple.

Ça rappelle ce qui
se passait dans
 la musique noire
il y a vingt ans.
Le mystère était
si grand pour
les artistes disparus que personne ne voulait commenter
la mort du DJ Larry Levan par exemple

 

Et forcement, parmi ces acteurs, il y a des mecs bien. Kamron par exemple, un acteur noir spécialisé dans le SM light, était connu pour être un mec vraiment adorable, un homme correct et gentil. Pareil pour Arpad Miklos qui menait une carrière de rentboy auréolée de compliments d'usagers après une série de films qui lui avaient apporté de nombreux awards. Ces hommes sont décédés mais leurs films sont toujours là et leur séduction n'a pas été entamée par leur fin tragique.

Se branler avec les morts

C'est comme regarder un film avec James Dean ou Heath Ledger, mais tellement plus intime car sexuel. Et même si cela existe dans le porno hétéro, les films X gays ont toujours été marqués par le spectre du VIH, les années noires, les acteurs qui ont adopté le safe sex trop tard à la fin des années 1980 ou ceux qui ont adopté le bareback trop tôt à la fin des années 1990. Le porno gay est rempli de scories mortuaires cachées dans le sexe le plus excitant. C'est rarement discuté entre amis et encore moins dans les médias LGBT, mais il y a toujours un moment où on sent le besoin sexuel de revoir un acteur disparu, parfois dans des conditions particulièrement tristes.

La libido étant ce qu'elle est, il y a toujours un moment où un fichier MP4 défile dans votre bibliothèque porno et voilà Arpad Miklos qui apparaît. Ou vous avez des vieux DVD avec tous ces acteurs disparus depuis vingt ans ou plus. Et certains soirs, vous avez sincèrement envie de passer un petit moment avec Roman Ragazzi. Que faire? Se branler avec les morts, quelle idée étrange. Pourtant vous y allez car ça fait longtemps que vous n'avez pas admiré Kid Chocolate et puis vous savez que cette scène est une de vos préférées de tous les temps. Et vous retrouvez cet acteur, au sommet de sa carrière, quand il était le plus beau et le plus souriant et progressivement vous oubliez qu'il est six pieds sous terre.

Faire l'amour en mieux

Il y a deux options. Certains arrêtent de se branler sur des acteurs morts, point à la ligne. Parce que ça les rend trop tristes ou ça les fait débander. Et puis les autres y arrivent parce que ces mecs sont toujours la bombe quoi, morts ou vivants. C'est aussi une célébration de ces hommes que l'on aimait tant, que l'on suivait film après film, studio après studio. Personnellement, j'ai plein de films avec Arpad Miklos et je les considère comme s'ils étaient toujours contemporains. Ces scènes sont des souvenirs qui m'attachent toujours à lui, à son sourire, la manière avec laquelle il tordait sa bouche ou se mordait les lèvres quand il prenait beaucoup de plaisir. Et puis il y a leurs voix, leurs grognements. Et les voir bouger, c'est comme s'ils étaient là.

Ces hommes sont des modèles, ils nous ont appris à faire l'amour ou le faire mieux. Sûrement parce que le plaisir de leur partenaire était ce qui les motivait. Les acteurs pornos ont mauvaise réputation dans la culture générale mais ce sont des givers par essence. Et si le fait de se branler avec les morts (pas tous les jours hein, c'est pas un fétiche) peut paraître zarbi, c'est au contraire une marque d'affection et de respect. C'est comme regarder une scène de cul jusqu'à la fin, pas respect, parce qu'il s'agit d'un grand acteur, exactement comme on ne coupe pas un classique de musique au milieu comme un gros bourrin.

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