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On ne peut se servir d’armes et être chrétien (sauf exceptions)

Un tour en papamobile | Raffaele Esposito via Flickr CC License by

Un tour en papamobile | Raffaele Esposito via Flickr CC License by

Dimanche 21 juin à Turin, le pape François s'en est pris frontalement à l'industrie des armes.

Au commencement était le Verbe, a écrit l’évangéliste saint Jean. Et le pape François sait l’utiliser. Dimanche 21 juin, au premier jour de son séjour dans la ville piémontaise de Turin, il a dénoncé vertement la production d’armes, relaie le Guardian. Il s’exprimait devant un parterre de jeunes catholiques au sujet de la guerre et de la perte de confiance en politique. «Si vous ne croyez que les hommes, vous avez perdu», a-t-il notamment déclaré.

Il a alors illustré son propos par l’exemple des personnes engagées dans la fabrication d’armements et revendiquant leur foi chrétienne. «Ça me fait penser aux gens, aux managers, aux hommes d’affaires qui se prétendent chrétiens et produisent des armes. Ça peut amener à une légère perte de confiance, non?» a fait mine de s’interroger le pontife.

Quant aux investisseurs plaçant leur argent dans l’industrie des armes, ils en ont aussi pris pour leur grade:

«La duplicité est la monnaie de notre époque… Ils disent une chose et en font une autre.»

François s’est, de plus, ému de l’utilisation partiale des armes, évoquant l’inertie des forces démocratiques face à la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale:

«Les grandes puissances avaient en leur possession les photos des chemins de fer qui allaient vers les camps comme Auschwitz pour y tuer les juifs, les chrétiens, les homosexuels, tous. Pourquoi n’ont-ils pas bombardé les rails?»

«Guerre juste»

Ces deux sorties sont liées à la conception de la guerre selon l’Église catholique, et à sa vision de la notion philosophique de la «guerre juste». Sujet de débats depuis l’Antiquité, et d’interrogations depuis toujours à n’en pas douter, la possibilité d’envisager certains conflits comme l’instrument d’une justice universelle a été pensée notamment par Thomas d’Aquin, philosophe et ecclésiastique sanctifié du XIIIe siècle. Pour lui, la guerre est juste si elle est lancée par les autorités légitimes, si la cause poursuivie est juste en elle-même, tout comme l’intention qui sous-tend l’action.

La possibilité de faire la guerre pour des chrétiens est restreinte, mais pas tout à fait impossible

Cette idée a été développée dans la doctrine sociale de l’Église. La possibilité de se servir d’armes et de faire la guerre pour des chrétiens est singulièrement restreinte, soumise à de nombreuses conditions, mais pas tout à fait impossible. Dans une section consacrée à la légitime défense, la guerre défensive répondant à une agression est décrite non seulement comme un droit mais aussi comme un devoir. Il est cependant spécifié que l’emploi des armes est justifié du moment «que le dommage infligé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces; que soient réunies les conditions sérieuses de succès; que l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer».

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