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Fabius se rêve en super-sauveur de la paix au Proche-Orient

Laurent Fabius et Benyamin Netanyahou le 21 juin dernier (REUTERS/Thomas Coex/Pool)

Laurent Fabius et Benyamin Netanyahou le 21 juin dernier (REUTERS/Thomas Coex/Pool)

Le ministre des Affaires étrangères cherche à reprendre la main sur le processus de paix israélo-palestinien avec l'objectif affiché d'obtenir un accord permanent.

La France peut-elle reprendre pied au Proche-Orient? Le ministre des Affaires étrangères et du Développement international Laurent Fabius espère bien profiter de la brouille israélo-américaine des derniers mois pour avoir la main sur les négociations en cours dans la région. Les 20 et 21 juin, il a ainsi effectué un déplacement en Égypte, en Jordanie, dans les Territoires palestiniens et en Israël afin de discuter de la résolution que Paris souhaite présenter au Conseil de sécurité des Nations unies dans les prochains mois sur la question israélo-palestinienneObjectif affiché: «recréer rapidement les conditions pour une reprise de négociations crédibles entre les parties et pour leur aboutissement.»

Le début du quinquennat de François Hollande s’était présenté sous un jour favorable à Israël. Au début de la guerre de Gaza, le 9 juillet 2014, le chef d'État français s'était entretenu avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou auquel il avait exprimé la «solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza», condamnant «fermement ces agressions». Il avait surtout précisé qu’il «appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces».

Une communauté d'intérêts

Ces déclarations s’inscrivaient dans la continuité de celles de Jacques Chirac à la fin de son second mandat et de celles de Nicolas Sarkozy. En rupture avec un demi-siècle de diplomatie insufflée par le général de Gaulle. Si la France a infléchi sa doctrine, c'est qu’elle rejoint Israël dans son approche du monde islamiqu et dans sa lutte contre le terrorisme. L'Élysée s'est aussi rapproché de Netanyahou dans sa critique contre Barack Obama accusé de mollesse sur le nucléaire iranien et sur la guerre civile en Syrie et de passivité sur le conflit israélo-palestinien que la France voudrait à présent prendre en charge.

S'il appartient au président du groupe Orange de définir
la stratégie commerciale
de son entreprise,
la France est fermement opposée
au boycott d'Israël

Laurent Fabius

Durant la guerre de Gaza, l’ambassadeur en Israël Patrick Maisonnave avait enfourché une politique peu habituelle au Quai en visitant les populations israéliennes du sud, soumises aux tirs de missiles, pour les rassurer au nom de la France. Il en avait profité pour saluer «l’engagement courageux» de jeunes Français dans l’armée israélienne. L’arrivée au pouvoir de François Hollande a aussi permis la nomination aux hauts postes du ministère des Affaires étrangères de cinquantenaires moins sensibles aux thèses gaullistes et davantage obsédés par la «guerre contre le terrorisme et contre l’islam».

Redéfinir de nouveaux critères

Laurent Fabius a profité de sa visite pour atténuer la colère des autorités israéliennes après l'annonce d'un désengagement d'Israël par l'opérateur Orange

«S'il appartient au président du groupe Orange de définir la stratégie commerciale de son entreprise, la France est fermement opposée au boycott d'Israël.» 

Mais Laurent Fabius reste toujours suspect de sympathie palestinienne parce qu’il estime, à l’instar de la communauté internationale, que la question des implantations constitue un obstacle majeur à la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Il considère comme illégaux les blocs d’implantations juives de Cisjordanie. Il a rappelé que la France et l'Union européenne ont «une position constante et connue de tous sur la colonisation» que son ministère condamne régulièrement.

La mission que poursuit Laurent Fabius exige une stratégie renouvelée, fondée sur de nouveaux critères: 

. une ingérence internationale impliquant les grands partenaires régionaux 
un consensus sur des bases claires de discussions pour engager les négociations
. un calendrier agréé par les deux parties pour éviter les risques d’escalade. 

Pour Israël, une «perte de temps»

Reste maintenant à se mettre en phase avec les Américains qui ont fait savoir qu’il n’était pas question de discuter du conflit palestinien avant la fin des pourparlers sur le nucléaire iranien. Le Secrétaire d'État John Kerry avait demandé à Fabius de reporter sa démarche après l'accord nucléaire avec l'Iran qui devrait être signé avant le 30 Juin. Le ministre français envisage donc de mettre au vote sa proposition au Conseil de sécurité en septembre, lors de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.

Beaucoup plus difficile, il faudra également convaincre les deux parties de se rallier à la position française. La vice-ministre israélienne des affaires étrangères, Tzipi Hotovely, a rejeté le plan présenté en le qualifiant de «perte de temps». Selon elle:

«L'initiative française est contre-productive, car elle donne l'illusion aux Palestiniens qu'ils vont obtenir quelque chose de la communauté internationale, sans avoir à faire des concessions.» 

Je rejette farouchement toute tentative d'imposer des diktats internationaux sur
le processus de paix

Benyamin Netanyahou

Elle a ajouté que seul le «dialogue direct» entre les deux parties pourrait résoudre le conflit. Quant aux Palestiniens, ils maintiennent toujours leurs principales exigences figées, inacceptables par Israël. Netanyahou a surenchéri en déclarant qu'il «rejette farouchement toute tentative d'imposer des diktats internationaux sur le processus de paix».

La tentation du passage en force

Le conseiller israélien à la sécurité nationale, Yossi Cohen, avait rencontré Fabius à Paris pour exprimer l'opposition d'Israël à tout projet de résolution au Conseil de sécurité. Netanyahou a réitéré ce message lors de sa rencontre avec Fabius. Mais, à la lumière de l’impasse politique, les Français sont convaincus que les pays européens doivent intervenir activement, en forçant la main aux deux parties par une résolution du Conseil de sécurité, bien qu’ils aient déjà subi un échec il y a quelques mois de la part des Palestiniens.

L'initiative française comporte trois points : le premier est la reprise des négociations israélo-palestiniennes «sur la base des lignes du 4 Juin 1967, avec des échanges de territoires mutuellement convenus, Jérusalem comme capitale des deux pays». Le deuxième point est la convocation d'une conférence internationale avec des représentants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité –les États-Unis, la Grande-Bretagne, France, Russie et Chine– en incluant éventuellement d’autres États arabes. Le troisième point est l'élément le plus controversé car il s'agit de l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité qui fixerait un calendrier précis pour la conclusion d'un accord de statut final. Lors de la conférence de presse, Netanyahou a été contraint de calmer ses partenaires de la coalition en précisant que la résolution est «un moyen, pas une fin».

Mais la menace française est claire. Le projet de résolution appelle à une reprise immédiate des pourparlers entre Israël et les Palestiniens, et fixe un délai de dix-huit mois pour parvenir à un accord permanent. Si ce dernier n’est pas atteint, le gouvernement français reconnaîtra alors un État palestinien. Mission impossible?

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