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Le Grand Chelem, un mythe pour faire rêver le golf, le tennis et le sport

Jordan Spieth embrasse le trophée de l’US Open, qu’il vient de remporter sur le parcours de Chambers Bay | REUTERS/Michael Madrid/USA TODAY Sports

Jordan Spieth embrasse le trophée de l’US Open, qu’il vient de remporter sur le parcours de Chambers Bay | REUTERS/Michael Madrid/USA TODAY Sports

Après la victoire de Jordan Spieth à l’US Open, deux semaines après le succès de Serena Williams à Roland-Garros, golf et tennis rêvent de Grand Chelem en 2015.

Pour la première fois depuis Tiger Woods en 2002, un même joueur, Jordan Spieth, détient les deux premiers titres du Grand Chelem de la saison de golf. Vainqueur du Masters, en avril, le jeune Texan de 21 ans, a triomphé, dimanche 21 juin, à l’US Open sur le parcours de Chambers Bay, dans l’État de Washington. Il est devenu au passage le plus jeune vainqueur du tournoi américain depuis Bobby Jones en 1923. Et rêve désormais de s’imposer le 19 juillet à Saint-Andrews, en Écosse, à l’occasion de la troisième levée du Grand Chelem, le British Open, qui précèdera la quatrième, le PGA Championship, disputé dans le Wisconsin, du 13 au 16 août.

À quelques jours d’intervalle, Jordan Spieth se retrouve donc dans la situation de Serena Williams, elle-même à mi-chemin du Grand Chelem du tennis après le 20e titre du Grand Chelem de sa carrière conquis sur la terre battue de Roland-Garros dans l’élan de son 6e Open d’Australie décroché cet hiver. Cette nouvelle coupe Suzanne-Lenglen lui a permis d’asseoir davantage sa puissante domination sur le circuit féminin avec, pour elle, la perspective de remporter un quatrième tournoi majeur de suite à Wimbledon dans le sillage de ses succès à l’US Open en 2014, à l’Open d’Australie et Roland-Garros en 2015. Il fallait, toutefois, remonter à Jennifer Capriati, en 2001, pour recenser une championne s’étant imposée en succession à Melbourne, en janvier, et à Paris, en juin.

Rendez-vous majeurs

Le terme Grand Chelem, Grand Slam en anglais, est emprunté au bridge lorsqu’un joueur remporte tous les plis au cours d’une partie. Il a d’abord été appliqué au golf en 1930, sous la plume d’O. B. Keeler, un journaliste de l’Atlanta Journal, qui avait voulu caractériser l’exploit de Bobby Jones, vainqueur en cinq mois du British Amateur, du British Open, de l’US Open et de l’US Amateur.

Bien avant le rugby, qui se l’est arrogé seulement en 1957 pour le Tournoi des V Nations, il a été ensuite employé pour le tennis, en 1933, par un autre journaliste américain, John Kieran, du New York Times, alors que l’Australien Jack Crawford, détenteur des titres australien, français et britannique, visait la victoire aux Internationaux des Etats-Unis. Kieran avait écrit «Si Crawford gagne, ce sera comme un Grand Chelem des courts de tennis» en référence au Grand Chelem de Bobby Jones. Mais Crawford avait échoué en finale face au Britannique Fred Perry.

Terme emprunté au bridge: lorsqu’un joueur remporte tous les plis au cours d’une partie

En 1938, toujours dans le New York Times, un autre journaliste américain, Allison Danzig, a repris l’expression à son propre compte au lendemain de la finale des Internationaux des États-Unis qui avait consacré l’Américain Donald Budge, déjà vainqueur plus tôt en Australie, à Roland-Garros et Wimbledon.

«Personne avant lui n’avait remporté la même année les Championnats américain, anglais, français et australien. C'est ce qu'a réalisé Donald Budge avec sa raquette de 15 onces (NDLR: 425 grammes) pour un Grand Chelem que l'on peut comparer à celui réussi récemment en golf par Bobby Jones.»

Depuis soixante-dix-sept ans, le Grand Chelem, popularisé par la quadruple victoire de Budge en 1938 et par la plume de Danzig, symbolise donc les quatre rendez-vous majeurs de la saison en tennis et les installe comme les quatre piliers du jeu avec, comme quête absolue, le rêve de se les approprier en moins de neuf mois, entre janvier et septembre.

Golf professionnel

Pour le golf, le terme Grand Chelem a été, on l’a dit, le moyen de souligner d’abord l’exploit de Bobby Jones, vainqueur du British Open, du British Amateur, de l’US Open et de l’US Amateur en 1930. Mais le Grand Chelem moderne n’est pas celui-là, l’avènement du golf professionnel aux dépens du golf amateur l’ayant reconstitué avec notamment la création en 1934 du tournoi du Masters, à Augusta, en Géorgie. Le Grand Chelem, dans sa version moderne, c’est-à-dire l’enchaînement Masters-US Open-British Open-PGA Championship, a pris seulement corps en 1960 selon une idée d’Arnold Palmer, le champion américain, diffusée ensuite par un autre journaliste de ses amis, Bob Drum, du Pittsburgh Press.

Entre temps, en 1953, l’Américain Ben Hogan avait triomphé à la suite au Masters, à l’US Open et au British Open, mais n’avait pas pu participer au PGA Championship en raison du trop long voyage transatlantique après le British Open. À ce jour, Hogan est le seul joueur à avoir enlevé, dans l’ordre, le Masters, l’US Open et le British Open avec l’espoir pour Jordan Spieth de l’imiter dans moins d’un mois à Saint-Andrews.

Il faut préciser qu’il existe un Grand Chelem dans le golf féminin mais il a été dévoyé avec le temps en raison de trop de changements liés à des sponsors, ce Grand Chelem comptant désormais cinq épreuves au cours d’une même saison avec l’ajout de l’Evian Championship dans cette catégorie en 2013.

Grand Chelem tronqué

Seuls cinq joueurs ont fait le Grand Chelem dans l’histoire du tennis: Donald Budge, en 1938, l’Australien Rod Laver, en 1962 et 1969, l’Américaine Maureen Connolly, en 1953, l’Australienne Margaret Court, en 1970, et l’Allemande Steffi Graf, en 1988. Auteur à deux reprises de ce carré magique, Laver a bénéficié d’un coup de pouce du destin en 1962 puisqu’il avait dû sauver une balle de match en quarts de finale des Internationaux de France contre son compatriote Martin Mulligan. A quoi tient une place dans la légende…

Pression de devoir réussir cet exploit d’un seul trait, lors d’une même saison

 

Face à la difficulté de la tâche qui consiste à aligner les quatre tournois du Grand Chelem en succession, il avait été un temps envisagé d’élargir, au tennis, l’appellation Grand Chelem au seul exploit de quatre tournois gagnés consécutivement sans obligation calendaire avec la possibilité de signer cette passe de quatre à cheval sur deux saisons. Avec l’appui de Philippe Chatrier, le président de la Fédération française et internationale de tennis, une prime d’un million de dollars avait même été promise à tout joueur ou joueuse qui réussirait à s’octroyer les quatre tournois majeurs d’affilée quel que soit l’ordre.

En 1984, à Roland-Garros, après ses succès à Wimbledon, l’US Open et l’Open d’Australie en 1983 (l’Open d’Australie se déroulait en décembre à l’époque avant de passer en janvier en 1987), Martina Navratilova avait ainsi bouclé la boucle en recevant le fameux chèque à six chiffres sponsorisé par la marque Playtex. Mais le Grand Chelem de l’Américaine n’a pas été homologué car l’idée de ce Grand Chelem tronqué a été vite abandonnée, comme n’a pas été inscrit dans le marbre de l’histoire le «Serena Slam» de Serena Williams, victorieuse des quatre épreuves du Grand Chelem entre Roland-Garros 2002 et l’Open d’Australie 2003 (un autre «Serena Slam» aura lieu si elle s’impose à Wimbledon le 11 juillet).

La pression de devoir réussir cet exploit d’un seul trait, lors d’une même saison, est évidemment plus forte que de le parachever en deux étapes avec la coupure des vacances de fin d’année. Jamais, toutefois, dans le tennis masculin, depuis le dernier Grand Chelem de Rod Laver en 1969, un champion n’a gagné quatre tournois majeurs de suite étalés sur deux saisons, Pete Sampras, Roger Federer et Rafael Nadal s’étant arrêtés à trois.

Défi vertigineux

Au golf, la prouesse n’a jamais été accomplie à ce jour, mais Tiger Woods s’est, lui, approprié les quatre majeurs en succession entre 2000 et 2001, entre l’US Open, en juin, et le Masters, en avril, soit le «Tiger Slam». Un haut fait d’arme sachant que Gene Sarazen, Ben Hogan, Gary Player, Jack Nicklaus et Tiger Woods sont les seuls champions à s’être imposés au moins une fois dans chacun des majeurs. Ils sont sept à l’avoir fait raquette en main: Fred Perry, Donald Budge, Rod Laver, Roy Emerson, Andre Agassi, Roger Federer et Rafael Nadal.

À 33 ans, Serena Williams, qui s’est imposée cinq fois à Wimbledon et six fois à l’US Open, est évidemment très bien positionnée au pied de cette immense montagne à escalader qu’elle va aborder dès le 29 juin au All England Club. Pour Jordan Spieth, qui fêtera son 22e anniversaire le 27 juillet, le défi est plus vertigineux dans un sport aussi aléatoire que le golf, mais le jeune Texan semble, pour le moment, imperméable à toute pression.

Samedi 6 juin, dans une interview à L’Equipe, Steffi Graf a parlé de son Grand Chelem de 1988 en ces termes:

«Je n’avais absolument pas comme objectif de faire le Grand Chelem. Comme pour les autres choses de la vie, je suis quelqu’un qui avance pas à pas. En fait, c’est à partir de Wimbledon que cette notion de Grand Chelem m’est tombée dessus. Les médias n’ont plus arrêté d’évoquer ça. Et ça a atteint son paroxysme à Flushing Meadows.

 

C’était absolument terrible. Tout le monde me parlait de cette échéance alors que je ne comprenais pas cette attente. Il faut se souvenir que je n’avais que 19 ans. Cela m’a littéralement épuisée!»

Aux États-Unis, où Serena Williams et Jordan Spieth sont des stars, l’affaire est d’importance, mais c’est en Grande-Bretagne, en juillet, que se portent désormais tous les regards dans des lieux mythique de leurs deux disciplines, Wimbledon et Saint-Andrews.

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