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Le nouveau système de paiement des auteurs par Amazon pourrait révolutionner la littérature

Le romancier Stephen King tenant un Kindle d'Amazon le 9 février 2009. REUTERS/Mike Segar

Le romancier Stephen King tenant un Kindle d'Amazon le 9 février 2009. REUTERS/Mike Segar

(pas forcément en bien)

A partir du mois de juillet, Amazon paiera ses auteurs –ceux qui s'autopublient sur Amazon– en fonction du nombre de pages tournées par les lecteurs. Ce nouveau modèle économique s'appliquera aux livres autopubliés qui appartiennent aux programmes Kindle Unlimited et Kindle Online Lending Library programs. Ce sont deux programmes au sein desquels les abonnés paient sur le principe de Netflix: une somme identique tous les mois pour lire en illimité 800.000 titres disponibles. 

Donc si vous êtes Monsieur A, que vous avez écrit un roman de 650 pages, dont seules les 50 premières sont excitantes, vous serez moins rémunéré que Madame B, qui a écrit un roman de 200 pages, mais dont l'entièreté est excitante... 

Or, ne nous mentons pas, nous savons très bien que beaucoup d'excellents livres ne sont pas lus jusqu'au bout. Sans même parler de La Recherche du Temps perdu (à la rigueur, Marcel aurait été payé, mais très tard, le temps que les gens parviennent jusqu'au bout), en 2013, le site américain GoodRead (qui revendique plus de 20 millions d'utilisateurs) avait dressé une liste des livres les plus inachevés de ses membres. On y trouvait par exempleLa Guerre et la PaixUlysseLe Seigneur des AnneauxLa BibleLes apôtres n'auraient pas été hyper bien payés s'ils avaient autopubliés sur Amazon. Mais enfin j'imagine qu'ils se satisfaisaient de la richesse spirituelle.  

En 2014, comme nous l'avions rapporté sur Slate, le Wall Street Journal avait cherché à savoir quels livres plus récents restaient inachevés: 2,4% du livre Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty étaient lus par les lecteurs par exemple. L'indice de Fifty Shades of Grey n'était pas terrible non plus: 25,9%. 

La nécessité du cliffhanger

The Atlantic explique qu'ainsi, pour beaucoup d'auteurs qui publient directement sur Amazon, et seront soumis à son nouveau système, «le nouveau modèle pourrait inverser les priorités dans l'écriture: un système de paiement à la page lue est un système qui valorise les cliffhangers, et les énigmes, quel que soit le genre littéraire dont il s'agit. C'est un système qui valorise tout ce qui peut rendre les gens accros, même si cela signifie accorder moins d'importance à la nuance et à la complexité». 

Et la tricherie sera difficile prévient The Atlantic, pas possible d'utiliser une grosse police de caractères par exemple: Amazon l'a standardisée...

En annonçant le changement, Amazon a expliqué que cette formule intervenait à cause d'une inquiétude: «payer de la même manière pour tous les livres, sans tenir compte de leur longueur, pourrait ne pas faire correspondre les intérêts des auteurs et des lecteurs.» Les auteurs de livres longs autopubliés sur Amazon avaient soulevé qu'il pouvait y avoir une injustice à être rémunéré, au sein de l'abonnement illimité, comme les auteurs de livres courts. Ils n'imaginaient sans doute pas qu'Amazon les prendraient ainsi au mot.

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