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Pourquoi le drapeau confédéré de Caroline du Sud n'est pas en berne

Un drapeau en Caroline du Sud, à Columbia, le 17 janvier 2012. REUTERS/Chris Keane

Un drapeau en Caroline du Sud, à Columbia, le 17 janvier 2012. REUTERS/Chris Keane

Ce drapeau qui symbolise le racisme flotte toujours au-dessus du capitole de Caroline du Sud, Etat américain dans lequel a eu lieu le crime raciste qui a fait neuf morts.

Si vous êtes gouverneur d'un état qui vient de vivre un drame, la marque de respect la plus courante est de mettre les drapeaux en berne. C'est ce qu'a fait Dannel Malloy, gouverneur du Connecticut, après la tuerie de l'école de Sandy Hook en 2013. C'est ce qu'a fait John Hickenlooper, gouverneur du Colorado, après la fusillade du cinéma d'Aurora en 2012. C'est aussi ce que Nikki Haley, la gouverneur de Caroline du Sud, a fait le 18 juin, après qu'un homme blanc a tué par balles neuf personnes dans une église noire, un acte que le FBI considère comme un crime de haine.

Mettre le drapeau en berne est un geste très courant, une façon d'honorer les défunts dans un état et un pays en deuil. Pourtant, en Caroline du Sud, un drapeau flotte toujours: le drapeau confédéré, qui symbolise clairement le racisme en évoquant les lois ségrégationnistes, l'esclavage, et le Ku Klux Klan. C'est d'ailleurs un symbole revendiqué par le tueur présumé lui-même, sous la forme d'une plaque décorative sur sa voiture.

Alors pourquoi le drapeau confédéré, qui flotte au-dessus du capitole de Caroline du Sud, n'est-il pas en berne?

Pour comprendre ce qui semble être une décision incroyablement irrespectueuse, il faut d'abord comprendre pourquoi ce drapeau de bataille est là en premier lieu. (Après tout, ce n'est pas le drapeau de l'État de Caroline du Sud, sur lequel on voit un palmier et un croissant.) Le drapeau confédéré flottait déjà fièrement au-dessus du dôme de la résidence du gouverneur, à l'époque où les votants uniquement blancs ont décidé en 1962 qu'il serait un symbole de défi contre le Mouvement des droits civiques. Il aura fallu près de 40 ans, un boycott de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) qui aurait coûté à l'État plus de 7 milliards de dollars, des manifestations en masse et que le candidat à la présidentielle John McCain condamne ce drapeau pour qu'on remette en question la présence d'une telle bannière au-dessus du bâtiment qui symbolise le gouvernement de l'État.

Finalement, en 2000, l'État a voté une loi qui interdisait la présence du drapeau confédéré sur le dôme de la résidence du gouverneur, ainsi que dans l'enceinte du Sénat et de la Chambre des Représentants. Il a été déplacé au sud du monument en l'honneur des soldats confédérés, où il flotte à présent. Et ce changement a induit une nouvelle règle. «Ce drapeau doit flotter en haut d'un mât situé au sud du monument du soldat confédéré, au centre, à 3 mètres de la base du monument et à une hauteur de 10 mètres», peut-on lire sur le monument.

Ce que cela signifie? Qu'en Caroline du sud, le drapeau confédéré obéit à ses propres règles. Même si les gouverneurs –au même titre que le président– peuvent habituellement ordonner que tous les drapeaux d'État et nationaux de leur juridiction soient en berne, celui-ci échappe à la règle. Au lieu de cela, la position du drapeau confédéré ne peut être changée que si les deux tiers de l'Assemblée générale votent pour. «En Caroline du Sud, le gouverneur n'a pas l'autorité légale de modifier la position du drapeau», explique l'attaché de presse d'Haley. «Seule l'Assemblée générale peut faire ça». C'est pour cela que ce drapeau flotte toujours aussi fièrement, alors que les autres drapeaux sous l'autorité de l'État on été mis en berne en signe de deuil. Même si Haley pourrait ordonner de le mettre en berne, il n'est pas certain qu'elle osera le faire: par le passé, elle a défendu la présence du drapeau, en assurant aux votants qu'il n'entachait pas l'image de l'État.

Puisque l'Assemblée générale a terminé sa session parlementaire le 5 juin 2015, il est probable que le drapeau confédéré du capitole continuera de flotter, tandis que les familles pleurent les neuf victimes noires de ce crime de haine.

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