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Ai-je été empoisonné par la pollution britannique?

A Londres, La City vue depuis Primrose Hill le 10 avril 2015 en plein pic de pollution. REUTERS/Toby Melville

A Londres, La City vue depuis Primrose Hill le 10 avril 2015 en plein pic de pollution. REUTERS/Toby Melville

Cette année, le spécialiste de l'environnement du Guardian, John Vidal, a dû subir un pontage aorto-coronarien; une opération très lourde, qui s'est bien passée, mais l'a laissé épuisé, et incapable de marcher plus que quelques pas de suite. Il s'est alors mis à se demander comment il s'était retrouvé dans cette situation. Il avait fumé pendant 20 ans, mais commencé tard, et arrêté depuis 13 ans à l'époque. Il mangeait bien, et adorait faire de l'exercice:

«Qui avait-il d'autre, dans mon mode de vie, qui ait pu me mener à une maladie cardiaque?» 

Il s'est mis à enquêter sur la qualité de l'air respiré en Grande-Bretagne- où l'on dénombre 29.000 morts par an attribuées à la pollution. Et son enquête est passionnante et effrayante.

«Les liens entre la pollution et les maladies cardiaques, qui n'étaient encore qu'incertains il y a une génération, sont désormais solides.

Fintan Hurley, directeur scientifique de l'Institute of Occupational Medicine (IOM) d'Edinburgh, explique:

«J'envisage la pollution de l'air comme un risque parmi d'autres, qui augmente le risque de mort prématurée. (...) Une personne peut avoir des choix, quant à la quantité de pollution à laquelle elle est confrontée, mais en gros, c'est un facteur de risque imposé par la société dans sa globalité, et auquel chaque individu contribue».

La liste des éléments polluants autour de nous, qui contribuent dramatiquement à nos problèmes de santé, est immense. Vidal décrit par exemple en détails la transformation de l'industrie automobile, passée très rapidement du pétrole au diesel, parce que le diesel émettait moins de CO2, ce qui était alors à combattre en priorité. Les gouvernements européens ont alors joué un grand rôle, maintenant bas le prix du diesel, ce qui explique pourquoi le diesel est tellement plus présent en Europe qu'aux Etats-Unis ou en Chine. Ces gouvernements de l'époque ne voyaient pas la pollution comme un enjeu essentiel. Une source alors au pouvoir en Grande-Bretagne précise: 

«Si l'on veut vraiment simplifier, alors il faut dire qu'il s'agit de tuer des gens aujourd'hui plutôt que de sauver des vies demain.»

Les données les plus récentes de l'OMS suggèrent que 233.000 morts sont imputables au cancer du poumon provoqué par la pollution de l'air dans le monde, en 2011. Dans le même temps, une étude de Washington University, aux Etats-Unis, cite le nombre de 3,4 millions de morts dues à la pollution extérieure en 2010 –400.000 de plus qu'en 1990.

Vidal précise qu'aujourd'hui, la pollution de l'air fait plus de morts dans le monde que le SIDA et le paludisme. 

«Mais où sont les victimes? Aucun rapport d'autopsie ne cite la pollution de l'air comme cause de la mortalité d'un individu, et peu de gens prennent des congés maladies pour cause de pollution. Et pourtant nous le savons, les particules fines (PM2.5s) des gaz d'échappement, qui s'incrustent profondément dans nos poumons, notre système sanguin, peuvent grandement agraver les maladies respiratoires et cardiaques comme la mienne, déclencher des attaques cardiaques et entraîner des lésions cérébrales, des cancers, et même des maladies nerveuses, du foi, et des reins. 

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