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PME je t’aime, je te tue

Emo kissed the train, par Caroline Bach  via Flickr, License CC

Emo kissed the train, par Caroline Bach via Flickr, License CC

L’engouement soudain de la classe politique pour les PME relève d’un interventionnisme aussi brouillon qu’éphémère. On empile les règlements pour assurer leur survie alors qu’il vaut mieux encourager leur création.

C’est le nouvel engouement des politiques: la petite et moyenne entreprise. De l’extrême droite où l’on se dit solidaire de toutes ses difficultés, jusqu’à l’extrême gauche où on lui pardonne presque d’exploiter le travailleur, ce n’est que louanges, visites et projets de loi pour les «soutenir». Le mieux est la «très petite entreprise» mais, attention, pas la start-up qui sent l’esprit californien et l’enrichissement rapide.

Le grand amour des politiques de droite et de gauche pour les PME est accompagné d’arguments entendus, répétés et crus: ce sont elles qui créent de l’emploi, leurs dirigeants sont proches de leurs salariés, les banques sont méchantes avec elles. Sont renvoyées dans le mauvais camp les grandes entreprises, pire les très grandes, qu’on accuse d’être dirigées pour le seul profit, de ne plus investir en France, de délocaliser et de payer les PDG leur poids en or.

Comme toujours en France, la classe politique regarde l’économie en surface et se précipite dans un interventionnisme autant massif qu’éphémère et incohérent. Avec la bonne foi de saisir une cause juste. La liste est longue des modes successives où le politique croit venir au secours de l’économie: l’aménagement du territoire, les «filières», le taux de recherche-développement, les pôles de compétitivité et plus récemment l’énergie renouvelable ou l’industrie. Cette dernière, sans qu’on ne veuille connaître véritablement ni ses frontières ni ses ressorts, est devenue un culte. La France est malade «parce qu’elle n’a plus d’industrie». Tout est dit. Plus vous ajoutez de la grandiloquence et plus ça plaira. Avant de passer à autre chose…

Les PME donc sont les dernières merveilles de la France. Il faut les faire naitre, les arroser abondamment avec des fiscalités adéquates, les soutenir localement, régionalement et nationalement, empêcher coûte que coûte leur disparition. Et tout le monde de se porter soldat, toutes les innombrables strates de l’interventionnisme français se mobilisent, les centaines de fonctionnaires et d’élus, du conseiller municipal au président de la République.

Encourager la création des PME plutôt que leur survie

Les économistes sont beaucoup plus prudents. Qu’il faille avoir des entrepreneurs dans une ère schumpétérienne est une évidence. Que la France souffre d’un déficit d’ETI (entreprise de taille intermédiaire entre 250 et 5000 salariés) par rapport à l’Allemagne est une faiblesse connue et incontestée. Mais que cette nécessité appelle une mobilisation offensive, constante, détaillée de tout le Palais Bourbon, est beaucoup moins évident.

D’abord à cause des chiffres. De 1996 à 2007, les effectifs des petites entreprises (moins de 250 salariés) ont cru de 1,1% par an, celles de moins de 10 salariés de 1,3% par an. Les effectifs des «grandes», celles qui emploient plus de 250 personnes, ont cru de 2% l’an, deux fois plus vite. Quand on regarde le nombre d’emplois créés, les grandes sont responsables de plus de la moitié des embauches[1]. Ensuite à cause d’une autre caractéristique, qui est la véritable clé, l’âge. La France est un pays d’entrepreneurs, elle dispose de nombreuses PME (2,3 millions d’entreprises indépendantes), elle en crée beaucoup tous les ans (11%), il en meure 9%. Au regard de l’emploi, entre 1995 et 2009, celles de moins de 5 ans ont créé 173.000 emplois mais celles de plus de 5 ans d’âge en ont perdu 129.000. La cause en est la faillite de beaucoup qui a privé d’un job 167.000 personnes[2]. Conséquence: il vaut mieux encourager la création des PME que leur survie, l’essentiel est d’assurer un renouveau permanent du tissu.

Or, en France l’interventionnisme ne peut admettre que l’inverse: le politique croit être celui qui doit «sauver» la PME, de la même façon qu’il renforce le droit du travail pour «sauver» l’emploi. Le droit des faillites est globalement trop protecteur des emplois et des actionnaires c’est à dire du passé.

Une politique de soutien contre-productive

Cette politique de «soutien» est contre-productive. A intervenir au secours des bonnes causes, les gouvernements et les parlements ont abouti aujourd’hui à une France paralysée par les lois particulières, les fiscalités de niches, les obligations, les seuils et les milliers de documents bureaucratiques précisant et compliquant encore le tout. Rien n’est plus possible, la croissance est faible car le pays est entravé de partout par ces lois et règlements, provisoires qui durent, qui s’accumulent et s’entremêlent.

Le processus de créations-destructions est freiné, il devrait être encouragé. Il est à l’origine des gains de productivité qui sont le seul moteur d’une évolution salariale positive et d’une croissance durable. La France souffre de faibles gains de productivité parce qu’elle défend des PME dépassées et, les classements internationaux le disent, souvent mal gérées. La loi PME d’Emmanuel Macron a le mérite d’afficher une défense des PME mais de faire passer de la sorte une série de dispositifs pour tous (Prud’hommes, droit du travail…), en dehors de la très nécessaire obligation de paiement rapide de la part des grands groupes.

Pour vraiment aider les PME? Elus ne faites plus rien et même, osez les laisser les mourir plus vite. Je t’aime, je te tue. L’ère schumpétérienne renouvèle le besoin de libéralisme et somme les politiques d’aller contre leur tendance naturelle de tout régimenter pour ne plus encourager que la fluidité. Il leur faut éviter tous les endiguements, les seuils, les dispositifs dédiés, les lois particulières. Y compris les dispositifs «PME» qui, au bout du compte, entravent le dynamisme.

1 — Chiffres OCDE et Conseil d’analyse Economique Retourner à l'article

2 — INSEE Première N°1438, mars 2013 Retourner à l'article

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