Partager cet article

Les lycéens musulmans qui passent le bac pendant le Ramadan peuvent-ils s'abstenir de jeûner?

Un imam durant le Ramadan DVIDSHUB via Flickr CC License by

Un imam durant le Ramadan DVIDSHUB via Flickr CC License by

Le mois de Ramadan durant lequel les musulmans se lèvent aux aurores et jeûnent jusqu'à la tombée de la nuit vient de commencer. Pendant les épreuves du bac.

Comme l'année précédente, les épreuves du baccalauréat 2016 tombent pendant le ramadan. A cette occasion, nous repulions cet article.

Au premier jour du Ramadan, un article du Monde notait que la pratique du jeûne avait progressé ces dernières années, «en particulier chez les jeunes: ils étaient 73 % des 18-25 ans à le suivre en 2011, contre 59 % en 1989»

Du coup, cette année, où les épreuves du baccalauréat tombent en même temps que le Ramadan (le bac général en Hexagone se tient du 17 au 24 juin; le Ramadan du 18 juin au 17 juillet), les lycéens musulmans pratiquants, en plus de plancher sur un sujet d’histoire ou de math potentiellement retors, doivent s’accommoder de leur gorge sèche et de leurs gargouillis d'estomac. Pourraient-ils faire autrement? Ne pas jeûner?

Le rapport avec le jeûne musulman est complexe et n’est pas une discipline à laquelle il faut se soumettre sans recours possible.

On peut peut-être s'arranger

Le Ramadan désigne le neuvième mois du calendrier musulman. Un mois particulier lors duquel on dit que l’ange Gabriel aurait communiqué aux hommes, à travers Mahomet, le Coran c’est-à-dire la parole divine inaltérée. En souvenir de cette révélation providentielle, les musulmans sont appelés par le même texte à respecter le As-Siyam («jeûne»), à des dates qui varient d'une dizaine de jours d'une année sur l'autre. La deuxième sourate, dite de «la vache», déclare ainsi aux versets 183-184:

«Ô les croyants! On vous a prescrit le jeûne (as-Siyam) comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours.»

En dehors du Ramadan, point de salut? C'est faux, car si le Ramadan est la période la plus spirituelle de l’année pour un fidèle de l’islam, le livre sacré des musulmans liste lui-même un certain nombre d’exceptions et prescrit les compensations à apporter devant Dieu et les hommes:

«Quiconque d’entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter (qu’avec grande difficulté), il y a une compensation: nourrir un pauvre.» (verset 184)

En cas de vieillesse, de faiblesse ou de déplacement, il est donc possible de faire l’impasse sur l’épreuve exigeante du Ramadan. L’Islam est également indulgent vis-à-vis des femmes enceintes ou affaiblies par leurs règles. Les individus souffrant de pathologies mentales sont exemptés du jeûne car pour rendre cet hommage à Dieu, le musulman doit posséder la maîtrise de sa raison. 

Même les étourdis n’ont pas à se tourmenter. Le moment d’égarement durant lequel le croyant inattentif a oublié son jeûne et s’est désaltéré ou a mangé un morceau ne sera pas retenu contre lui car, comme le dit le Hadith (recueil de propos et d’actes de Mahomet ou de ses compagnons) Sahih Al-Boukhari«Quiconque oublie pendant qu’il jeûne et mange ou boit, qu’il poursuive son jeûne. En réalité, c’est Dieu qui lui a donné à manger et à boire.»

Mais la prophétie musulmane se tait sur des situations propres au monde moderne et inconnues de l’Arabie du VIIe siècle. Parmi celles-ci, le Coran n’a pas envisagé le passage du bac...

Pour le bac, pas de miracle

Les experts de la religion musulmane ont évidemment déjà eu à se pencher sur la possibilité de concilier le jeûne et les activités du monde moderne. M’hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis donne quelques exemples: «Certains métiers peuvent être très éprouvants en période de Ramadan, surtout s’il tombe pendant les grandes chaleurs. Prenons l’exemple d’un déménageur ou d’un ouvrier du BTP. Si l’un d’entre eux vient me voir pour me demander un conseil avant le jeûne, je lui dirai de deux choses l’une: soit vous partez en vacances si le patron est d’accord, soit c’est vous qui reportez votre jeûne à une autre date.»

Ponctuellement, on peut trouver de petites solutions

M’hammed Hennich

Mais le bac, pas spécialement pénible à supporter physiquement, n’entre pas dans ce cas de figure. M’hammed Henniche a vu beaucoup de lycéens musulmans venir poser des questions dans les mosquées, notamment le dernier vendredi avant le début des épreuves:

«Ma position, partagée par les imams auxquels j’ai parlé, c’est que le Bac est davantage une question de stress que de pénibilité. Ponctuellement, on peut trouver de petites solutions, mais pas aller tellement plus loin. Par exemple, si un étudiant me dit: "Moi, si je ne bois pas un café, je ne suis pas en possession de toutes mes aptitudes intellectuelles" ce n’est pas très grave.»

Pas question cependant, selon lui, de justifier des entorses plus grandes au Ramadan par le Bac: 

«L’Islam peut chercher la facilitation de la vie des individus mais pas de solution de facilité! Si on commence à contourner le Ramadan à cause du bac, on trouvera toujours des excuses, peu importe la période lors de laquelle le jeûne prendra place.»

Quand une Madrassa décale un examen à cause du Ramadan

Si les candidats musulmans au bac 2015 traversent donc une passe difficile, ils ne sont bien sûr pas les premiers à l’aborder. Il y a quelques temps, Amina[1], 24 ans, a connu des situations similaires durant ses études secondaires: 

«Honnêtement, le Ramadan ne me posait pas de problème pour un devoir sur table, surtout en début de journée. En revanche, pour les épreuves physiques (comme une course d’endurance par exemple), je ne le faisais pas.»

Elle raconte également qu’il y a deux écoles dans les foyers musulmans concernant la conciliation du Ramadan et des grands rendez-vous scolaires: 

«Pour certains, l’examen peut prendre le pas sur le respect du Ramadan dans la mesure où les familles estiment que la réussite étudiante ouvre la possibilité de s’élever dans la société. D’autres pensent qu’au contraire, on ne transige pas avec le Ramadan.»

Quand elle avait une dizaine d’années, Amina a vécu la collision entre les exigences du mois de Ramadan et des études dans un cadre étonnant: celui d’une Madrassa (école musulmane). 

«J’y allais les samedis soir à l’époque. Tous les six mois, je crois, on avait des examens. Une année, ils les ont fixés pendant le Ramadan. Les parents d’élèves sont allés voir les enseignants en leur disant en substance: "L’école, c’est une chose, mais dans une madrassa on devrait comprendre que les enfants sont fatigués à ce moment-là, et éviter de programmer des contrôles." Comme c’était dans le cadre d’une petite communauté, les calendriers étaient assez souples, et ils avaient fini par les décaler.»

Pour le bac, les étudiants devront se contenter des petits arrangements permis par la religion. 

1 — Le prénom a été changé. Retourner à l'article

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte