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L'étrange vidéo d'explication de Snapchat par son directeur Evan Spiegel

Evan Spiegel est le CEO –ou directeur général en français– de l'application mobile Snapchat. Soit une application utilisée par plus de 100 millions de personnes dans le monde, et parmi ces personnes, une écrasante majorité d'adolescents. 

Si Snapchat pourrait être valorisée à plus de 15 milliards de dollars, l'application de messagerie instantanée, qui permet d'envoyer des messages et surtout des photos éphémères (ils s'effacent au bout de quelques secondes) n'est pour autant pas comprise par tous. Spiegel a donc décidé de mettre en ligne une vidéo comptant beaucoup trop peu de pixels, dans laquelle il explique, en griffonnant des choses illisibles sur papier, comment fonctionne Snapchat. 

Selon lui, Snapchat raconte l'évolution des médias.

«Snapchat est lié à la façon dont la photo a changé. Au départ, les photos servaient à graver des moments essentiels. Mais aujourd'hui, les photos sont utilisées pour discuter. Quand vous voyez vos enfants prendre des milliards de photos de choses que vous-même ne prendriez jamais en photo, c'est parce qu'ils se servent de ces photos pour parler. Vous les imaginez en train de graver des souvenirs mais non, ils sont juste en train de discuter.»

Il poursuit en expliquant qu'au départ les réseaux sociaux étaient une question «d'accumulation». A la naissance de Facebook –qu'il ne nomme pas–, l'intérêt était ainsi de poster vos photos préférées, vos amis commentaient, et vous gardiez l'ensemble. Et cela sur passait sur ordinateur: c'était en 2004, tout le monde n'avait pas un smartphone dans la poche. 

Aujourd'hui:

«Les smartphones ont vraiment permis de donner toute sa puissance à l'idée d'expression instantanée, qui consiste à montrer à quelqu'un où vous êtes et ce que vous ressentez à un instant T. C'est important dans la mesure où c'est lié à l'identité, un concept qui est au coeur des réseaux sociaux. L'accumulation c'était l'idée que l'identité est faite de tout ce que vous avez toujours fait. (...) L'expression instantanée a changé l'idée d'accumulation, l'expression instantanée dit "je suis ce que je suis maintenant, je suis le résultat de tout ce que j'ai toujours fait, mais je ne suis pas l'accumulation à un instant T."»

Ce qui est amusant c'est que cette vidéo ne clarifie pas du tout ce qu'est Snapchat pour les vieux –et on ne voit rien à ce qui est écrit sur le papier. Elle insiste en revanche sur la différence quasi philosophique entre Snapchat et Facebook. Pas seulement le rapport à l'instantanéité et à l'archivage, expliqué depuis le lancement de Snpachat, mais la façon dont l'un et l'autre façonne nos identités et notre positionnement social sur le Web. Elle souligne aussi en filigrane pourquoi Spiegel pense avoir eu raison de refuser le rachat proposé par la société de Mark Zuckerberg en 2013. 

D'ailleurs, lors d'une conférence adressée à des étudiants, Spiegel racontait en mai dernier une anecdote sur Robert Rauschenberg, qui avait demandé à son ami et maître Willem de Kooning, un de ses dessins, pour pouvoir l'effacer et l'exposer sous le titre: Erased De Kooning Drawing

Spiegel commentait: 

«J'adore cette histoire, parce que Bill de Kooning a eu l'humilité de reconnaître que le mieux que l'on puisse faire, est fournir les meilleures fondations possibles pour ceux qui viennent après nous. Nous devons accueillir notre propre effacement».

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