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Une chaîne de télé censure une émission pour protéger la santé de ses téléspectateurs

Image tirée de la page Facebook de l'émission Catalyst.

Image tirée de la page Facebook de l'émission Catalyst.

L'émission australienne encourageait les téléspectateurs à arrêter la statine, un médicament prescrit pour diminuer le taux de cholestérol et éviter les problèmes cardiaques.

En 2014, la chaîne australienne ABC retirait deux épisodes de l’émission «Catalyst» diffusés en 2013, et ce, pour des raisons de santé publique. Dans ces émissions, les présentateurs expliquaient alors que la statine ne remplissait pas le rôle que les médecins lui prêtent, celui de lutter contre le cholestérol et les maladies du cœur. En s’appuyant sur une étude aux résultats pourtant peu convaincants, ils allaient même plus loin en qualifiant le médicament de «toxique».

Il est vrai que la statine est au cœur d'un débat depuis plusieurs années. Ses détracteurs le juge tout simplement inefficace. Le cardiologue Mikael Rabaeus par exemple expliquait en 2012 sur le site du Plus qu'il avait arrêté de prescrire la statine car son efficacité «sur le long terme n'a jamais été établie scientifiquement» et parce que, selon lui, les effets secondaires sont «sous-estimés». Les défenseurs estiment à l'inverse que les statines ont fait reculer de manière significative le nombre de décès liés à un accident cardio-vasculaire. C'est en tout cas ce que soulignait la Haute autorité de santé en 2013, avant d'ajouter qu'il y avait un «mésusage» du médicament: 

«La HAS tient à rappeler que les patients ne doivent pas interrompre leur traitement sans en avoir discuté avec leur médecin et que, s’ils sont inquiets, ils doivent aborder ce sujet à l’occasion d’une prochaine consultation médicale.»

C'est dans ce contexte tendu que la chaîne ABC a publié le communiqué et a supprimé ces deux émissions, dont les effets sur la santé publique se faisaient sentir: «Catalyst» aurait convaincu presque 61.000 Australiens d’arrêter leurs prescriptions de statine dans les huit mois qui ont suivi la diffusion des deux épisodes, explique le site Vocativ, qui reprend les résultats d’une étude de l’Université de Sydney. «Pour les personnes vivant avec une maladie cardiovasculaire, les statines font souvent la différence entre la vie et la mort», note le journal. Les chercheurs responsables de l’étude affirment de leur côté que, «si les patients continuent d’éviter les statines dans les cinq années qui viennent, cela pourrait entraîner entre 1.522 et 2.900 attaques cardiaques et AVC évitables et potentiellement fatals.»

Traitement médiatique

Bien sûr, il est impossible de savoir avec précision le nombre de personnes dont la santé a été mise en danger, ni même de porter un jugement définitif sur l'efficacité des statines, mais les chercheurs ont souhaité avant tout remettre en cause le traitement médiatique dans le domaine de la santé, comme l’a relevé le Guardian.

«Nous ne disons pas que les médias ne devraient pas parler de ces problèmes, explique Sallie Pearson. Mais les médias ont besoin de considérer l’importance de leur rôle dans la diffusion d’informations aux consommateurs et montrer plus d'équilibre dans leur façon de véhiculer leur message.»

Ce n’est en effet pas la première fois que des journalistes prennent des études au pied de la lettre sans chercher à vérifier ses conclusions. Il y a quelques semaines, et dans un domaine moins risqué, nous vous expliquions comment un journaliste a fait croire au monde entier que le chocolat faisait perdre du poids. Il racontait alors que, dans le domaine de la nutrition (comme dans d’autres domaines de la santé), les journalistes manquent cruellement de regard critique sur les études scientifiques. Ce qui, comme dans le cas de la statine en Australie, peut avoir des conséquences dramatiques.

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