Economie

Mauvaise nouvelle, l'euro flambe face au dollar

Oriane Claire, mis à jour le 14.09.2009 à 10 h 58

Avoir une devise forte quand on a besoin de la croissance des autres, Etats-Unis et Chine, pour sortir de la récession est un boulet de plus à traîner.

L'euro a franchi cette semaine la barre des 1,45 dollar et même touché celle des 1,46 dollar. La parité euro/dollar atteint son plus haut niveau depuis septembre 2008.  Nous voilà de nouveau embringués dans la spirale infernale que la célèbre phrase prononcée en 1971 par John Bowden Connally, alors Secrétaire au Trésor de l'administration Nixon, illustre si bien: «le dollar est  notre monnaie, mais votre problème».

Pour autant, on pourrait se glorifier d'avoir une monnaie forte.  L'euro atteint des sommets contre le billet vert. C'était d'ailleurs l'ambition de départ. Au moment de l'avènement de l'euro en 1999, les politiques avaient en effet planté le décor sans ambiguïté. L'euro, à l'instar du deutschemark, devait être une monnaie forte et stable. Si être une devise forte signifie avoir un comportement contra cyclique avec la croissance économique, alors oui l'euro a indéniablement gagné son pari.

Tandis que la zone euro enregistre un PIB en recul de 5% en glissement annuel, une inflation négative et un taux de chômage en hausse graduelle, la monnaie unique atteint des sommets fort inquiétants pour envisager une reprise.  En toute logique, une devise a tout intérêt à être faible pour accompagner et soutenir le commerce de sa zone. Or, depuis le lancement de l'euro, la tendance est bel et bien inversée.  L'euro a eu tendance à se raffermir au moment où notre croissance économique battait de l'aile. Il faut bien se rendre à l'évidence, nous n'avons pas une monnaie forte, l'euro ne fait que s'aligner face au dollar. En clair, l'euro monte parce que les investisseurs perdent temporairement confiance en la monnaie américaine et décident donc de la vendre. La monnaie unique n'est pas non plus stable, puisque cela supposerait que sa valeur s'impose par rapport aux autres. En résumé, l'euro n'est ni fort ni stable. Il est davantage nuisible à notre commerce.

Un opérateur de marché explique pourtant: «dans le monde des devises, l'analyse macroéconomique domine, forces et faiblesses des zones économiques doivent être analysées ou anticipées en détail ».  Et si les scénarios de reprise des économistes divergent sur quelques points de détails, tous (pratiquement) s'accordent pour expliquer que la relance de l'activité mondiale viendra des Etats-Unis.

L'économie américaine reste encore pour le cycle à venir le moteur de la croissance mondiale.  C'est pourquoi, les experts sur les devises, anticipent, depuis une dizaine de mois déjà, l'appréciation du dollar face à l'euro.  Il y a peu, un gérant d'une société de gestion concluait: «La balance pèse plutôt sur une appréciation du dollar. Les mesures colossales prises par le gouvernement américain devraient rapidement porter leurs fruits. L'économie américaine est en voie d'ajustement ».

Mais, voilà, dans les faits: le dollar baisse et l'euro grimpe. La soi-disant force de l'euro n'est que finalement l'expression d'un échec politique et économique à la fois. Le dollar qui s'est mis à reculer face aux six monnaies «principales», va pouvoir, de son côté, soutenir, petit à petit, le commerce extérieur américain et freiner les importations. Etre la monnaie de référence internationale assure indéniablement quelques avantages...

En revanche, dans la zone euro, nous avons encore plus fort que notre monnaie. Nous avons la Banque Centrale Européenne (BCE) et son honorable président, Jean-Claude Trichet, qui perçoit déjà une reprise de l'inflation. Alors que les indicateurs économiques peinent à sortir la tête de l'eau, le président de la BCE, lui, anticipe déjà une inévitable augmentation des prix.  Il va pouvoir enfin ressortir son arme favorite: la hausse des taux.

Les économistes prévoient déjà une remontée du loyer de l'argent de 25 points de base pour décembre ou pour le début de l'année 2010. Une augmentation qui ne manquera pas de soutenir l'euro contre dollar. En conclusion, la valeur de la monnaie unique n'est pas prête de baisser. La croissance de la zone, pour sa part, n'est pas prête de repartir.  Mais Jean-Claude Trichet reste serein. Il n'a qu'une seule mission : lutter contre l'inflation. Il continuera de l'exécuter sans sourciller.

Oriane Claire

Image de Une: Billets de cent dollars  Reuters

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