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L'article du Sunday Times qui accuse Snowden violemment critiqué

Edward Snowden en visioconférence lors d'une conférence à la Gaîté lyrique, le 10 décembre 2014 | REUTERS/Charles Platiau.

Edward Snowden en visioconférence lors d'une conférence à la Gaîté lyrique, le 10 décembre 2014 | REUTERS/Charles Platiau.

Un article du journal du dimanche de Rupert Murdoch, construit sur des témoignages anonymes, soulignait que Snowden avait «du sang sur les mains». Des informations douteuses.

Ce dimanche 14 juin, le journal britannique The Sunday Times n'a pas vraiment fait dans la demi-mesure. En première page se trouvait l'inscription «des espions britanniques exposés aux yeux des Russes et des Chinois».

La suite de l'article indiquait que cette fuite venait des documents Snowden, qui auraient donc été récupérés par les services secrets russes et chinois, avant d'être déchiffrés, «obligeant le MI6 (les services secrets britanniques opérant à l'étranger) à retirer des agents d'opérations dans des pays hostiles, selon de hauts responsables de Downing Street, du ministère de l'Intérieur et des services de sécurité».

Pour un membre du ministère de l'Intérieur britannique, Snowden a «du sang sur les mains», même si, tempère le Sunday Times, «Downing Street a déclaré qu'il n'y avait “aucune preuve que qui que ce soit ait été blessé”».

L'article est construit sur les témoignages anonymes de plusieurs hauts responsables britanniques. Selon le journaliste spécialisé Ryan Gallagher, il «soulève plus de questions qu'il ne donne de réponses et, plus important, il contient des affirmations plutôt douteuses, des contradictions et des erreurs. La chose la plus stupéfiante dans cet article est le manque total de scepticisme envers ces grandes affirmations du gouvernement, faites derrière un voile d'anonymat».

«Sténographie»

Pour Glenn Greenwald, vers qui Edward Snowden s'était tourné avant la publication des premiers articles sur les scandales des différents programmes de surveillance de la NSA, «c'est le genre d'articles qui a détruit la crédibilité du journalisme dans le monde entier»

L'ancien journaliste du Guardian et fondateur de The Intercept a publié sur son site un long article dans lequel il s'en prend violemment aux journalistes du Sunday Times.

«Il n'y a aucune preuve ou confirmation pour aucune de ces accusations. Les “journalistes” qui ont écrit cela n'ont questionné aucune des affirmations ou même cité ceux qui les nient. C'est purement et simplement de la sténographie: “Des hauts responsables du gouvernement ont murmuré ces affirmations incendiaires dans nos oreilles et nous ont dit de les publier, mais de ne pas dire qui ils sont et nous obéissons. Exclusif!»

Le tout avant de ressortir un sketch de Stephen Colbert lors du dîner des correspondants, en 2006, dans lequel l'humoriste américain s'était attaqué à une partie de la presse américaine et à son absence de remise en question de la parole de l'administration Bush au début des années 2000.

 

Attaques répétées

En fin d'article, lorsqu'ils se demandant comment la Russie et la Chine ont pu mettre la main sur ces documents, les journalistes font référence à la détention de David Miranda, le compagnon de Glenn Greenwald, à Heathrow, en 2013, «en possession de 58.000 documents de renseignements classifiés après avoir rendu visite à Snowden à Moscou».

Or, comme le remarque Glenn Greenwald, Miranda ne s'était alors jamais rendu à Moscou.

«La seule ville où David s'était rendu lors de ce voyage avant d'être détenu était Berlin, où il est resté dans l'appartement de Laura Poitras [la réalisatrice du documentaire Citizenfour; NDLR].»

Si elle était vraie, cette affirmation prouverait que, contrairement à ce qu'avait indiqué l'ancien employé de la NSA, il avait quitté Hong Kong avec une partie des documents.

Ce court passage a depuis été purement et simplement supprimé de l'article du Times, sans la moindre mention (on peut voir la première version de l’article ici).

Et ce n'est pas la seule attaque du quotidien de Rupert Murdoch contre Edward Snowden. Un autre article le compare au «caniche de Poutine». Or, comme l'indiquait Libération, ce dimanche soir:

«Les gouvernements américain et britannique le répètent ad nauseam: Edward Snowden est un traître. Peu importe que l’espionnage massif par l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) des données téléphoniques, dévoilé par le lanceur d’alerte, ait été déclaré illégal par une cour d’appel de New York. Peu importe qu’une juridiction britannique ait considéré que le troc de renseignements auquel se livrent Londres et Washington contrevenait à la Convention européenne des droits de l’homme. Peu importe que les Nations unies aient adopté, après les révélations de l’ancien consultant de la NSA, une résolution pointant “l’impact négatif de la surveillance de masse” sur les droits humains.

 

Comme tous les précédents lanceurs d’alerte, Snowden est un traître, assènent Washington et Londres. Complaisamment repris par The Sunday Times, puis par une flopée de médias.»

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