Pour être sûr de la mort de Mokhtar Belmokhtar, il ne faudra se fier qu'aux Américains

Un discours de Mokhtar Belmokhtar diffusé sur Sahara Media, le 21 janvier 2013. REUTERS/Sahara Media via Reuters TV

Un discours de Mokhtar Belmokhtar diffusé sur Sahara Media, le 21 janvier 2013. REUTERS/Sahara Media via Reuters TV

Les Etats-Unis sont les seuls à attendre les autopsies lors des annonces de décès de chefs de groupes terroristes.

Vous n'allez pas nous croire, mais l'armée américaine pourrait être citée en exemple dans un cours de journalisme. Pour un cas bien précis, celui des annonces de décès des chefs de groupes terroristes. 

Souvent à l'origine des frappes qui ciblent les maîtres d'œuvre du terrorisme mondial, les Etats-Unis prennent soin de croiser leurs sources sur le terrain pour annoncer la mort, ou non, de leurs ennemis. Un cas de figure qui se vérifie encore avec le leader djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar, dont les autorités libyennes ont annoncé le décès, dimanche 14 juin au soir, dans un communiqué.

En voici la teneur: 

«Le gouvernement libyen annonce que l'attaque d'avions américains, qui a été menée en accord avec le gouvernement libyen par intérim, a provoqué la mort du très recherché terroriste Mokhtar Belmokhtar et de plusieurs membres de l'organisation terroriste (al-Qaida au Maghreb islamique) dans l'est de la Libye.»

Mais le Pentagone, qui a précisé que le raid avait eu lieu dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 juin, s'est montré beaucoup plus prudent. «Nous évaluons les résultats de l’opération et fournirons des informations supplémentaires quand cela s’avérera approprié», a déclaré son porte-parole dans un communiqué. L’armée américaine attend en fait les résultats de l’autopsie des corps avant de se prononcer sur le sort de Belmokhtar. 

En 2013, c'est l'armée tchadienne qui avait crié victoire trop tôt en annonçant la mort prématurée de celui qui avait organisé l'attaque sanglante du complexe gazier algérien d'In Amenas, dans laquelle 37 otages avaient trouvé la mort. Dans un raid lancé contre une base islamiste, les soldats tchadiens, appuyés par l'armée française, avaient tué Abou Zeid, un autre leader d'Aqmi, mais le corps de Mokhtar Belmokhtar n'avait jamais été officiellement identifié. 

Al-Baghdadi et Ben Laden, même combat

Autre cas d'école, celui des annonces multiples et jamais confirmées autour de la mort ou de graves blessures subies par le chef de l'organisation Etat islamique (EI), al-Baghdadi, dans des attaques aériennes américaines en Irak. En avril 2015, une radio iranienne avait annoncé le décès du leader de l'EI à la suite d'une frappe d'un drone américain dans le village irakien de Umm al-Rous, à proximité de la frontière syrienne. Le quotidien britannique The Guardian avait de son côté affirmé que al-Baghdadi avait été très sérieusement blessé dans cette attaque. Mais le Pentagone a toujours refusé de confirmer la moindre information. Et pour cause, «depuis 2003, les Américains ont à peine eu une présence militaire dans cette région. C'est une des parties de l'Irak qu'ils n'ont quasiment pas cartographiée», expliquait une source au sein des services de renseignement au Guardian. 

Dans ce cas de figure, les Etats-Unis ne pouvaient pas avoir accès au corps, car la zone est sous contrôle de l'EI, mais aucune source de renseignement pro-américaine présente sur le terrain n'a obtenu d'informations sur la mort éventuelle d'al-Baghdadi. 

La mort d'un terroriste parmi les plus recherchés au monde –les Etats-Unis ont mis sa tête à prix pour 10 millions de dollars– avait déjà été annoncée à tort en juillet, novembre, puis décembre 2014. Mais à chaque fois, l'EI avaient publié dans les semaine suivantes des vidéos où apparaissait al-Baghdadi

Mais dans l'histoire des fausses morts de leaders d'organisations terroristes, la référence reste Oussama ben Laden, l'ex-leader d'al-Qaida, qui a été tué –pour de vrai– le 2 mai 2011 à Abbottabad au Pakistan. Dans la décennie précédente, l'instigateur des attentats du 11 septembre 2001 avait été annoncé mort des dizaines de fois par les autorités afghanes et pakistanaises. En janvier 2002, le président du Pakistan, Pervez Musharraf, estimait que l'islamiste pouvait être mort de déficience rénale. Dans un autre style, Benazir Bhutto, candidate à la présidence du Pakistan, mentionnait dans une interview sur les ondes d'Al Jazeera English, en novembre 2007, le nom d'un homme «qui a tué Oussama ben Laden»

Il aura fallu finalement attendre dix ans pour qu'enfin le Pentagone annonce la mort de l'ennemi public numéro 1. Et l'armée américaine avait été la seule à mettre la main sur le corps de Ben Laden. 

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