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#EnjoyRéforme, le collège de demain

Slate.fr a eu accès au projet de programme élaboré par la rue de Grenelle à partir des compétences des youtubeuses beauté. Révélations.

Le succès d’#EnjoyMarie inspire la rue de Grenelle. Afin de mieux lutter contre l’échec scolaire, le gouvernement envisage une nouvelle réforme du collège qui s’appuierait sur les compétences des youtubeuses beauté. Slate.fr a eu accès au projet de programme.

Cette prochaine réforme du collège se fonde sur un principe, l’égalité, et deux enjeux structurants: langage et transversalité.

L’effort de coopération interdisciplinaire se poursuivra et pourra même s’étendre aux élèves pré et post-collège. A terme, une classe unique de 5 à 25 ans est envisagée. L’objectif de cette double transversalité? Mettre fin aux inégalités entre classes d’âge et entre disciplines.

«Toute langue est fasciste», nous apprend Roland Barthes. Maîtriser la langue permet de dominer ceux qui l’ignorent. Cette violence symbolique du langage produit de la stigmatisation sociale. Une autre langue est possible, nous apprend Enjoy Phoenix: celle que sachants (ou enseignants) et apprentissants (élèves) élaboreront conjointement pour répondre aux défis d’un modèle pédagogique d’excellence égalitaire.

Apprentissage partagé des différences genrées

L’école pour tous doit être celle de l’échange des savoirs et de l’apprentissage de la citoyenneté solidaire. Une large part des cours sera consacrée à la lutte contre le racisme par la valorisation de l’altérité multiculturelle, source d’enrichissement mutuel.

«On ne peut pas plaire à tout le monde, mais ce sont bien nos différences qui font que le monde est beau.»

Un renversement des normes permettra de résorber la domination masculine  en mettant l’élève-femme au centre de l’apprentissage éducatif. Chaque cours commencera par:

«Salut les filles…»

Loin d’être stigmatisant, cet «oubli» des apprenants de sexe masculin les incitera à mesurer la violence symbolique de la mise à l’écart séculaire des femmes et ainsi leur permettre de devenir femmes à leur tour. En cas de besoin, l’enseignant pourra préciser les enjeux grâce à des éléments de langage explicatifs:

«Ne m’en veuillez pas mais, par simplicité, je m’adresse en général à vous les filles, c’est mon côté féministe.»

Il s’agit bien sûr d’une fausse simplicité. Enfin, des exercices favoriseront l’essor d’une reformulation intuitive et critique. Ainsi, avec ce support pédagogique...

«Les filles ont toujours froid aux pieds, cela ne change pas.»

… la classe devra chercher des garçons à pieds froids et des filles à pieds chauds. Un exposé collectif démontrera que si, cela PEUT changer.

Ponctuation: aposiopèse toute

Pour résorber les inégalités discursives, une vaste réforme de la ponctuation est prévue. Il s’agit de supprimer progressivement les signes de ponctuation les plus péremptoires, comme le point ou le point d’exclamation. En fermant le débat, ils exercent une violence symbolique sur l’élève. Virgules et points de suspension seront généralisés. La virgule ouvre une respiration dans le dialogue, par une énumération non contraignante des diverses parties d’une phrase libérée des carcans du paragraphe. Les points de suspension (aposiopèse) développent l’imagination créatrice.

 «Poufff… Tu as mis des chaussettes hier soir, tu n’es vraiment pas réveillée, ma fille…»

«Bises…»


Personne ne doit être laissé de côté. Tout énoncé sera aussitôt reformulé afin de s’assurer de sa bonne appréhension par l’ensemble du groupe. Conséquence immédiate, le temps d’apprentissage sera automatiquement divisé par deux, en parfaite harmonie avec les cycles de sommeil des collégiens.

«Si je n’aime pas que les gens voient mon visage dégagé, c’est que je ne l’aime pas… mon visage.»

Poésie et grammaire connectées

«Vous connaissez le proverbe? Fille connectée, ordis par milliers…»

Il est prévu d’instaurer des cours de poésie obligatoires, centrés sur le street langage connecté. Au principe de la danse des mots doit répondre l’immersion rigoureuse dans la néo-grammaire NTIC.

«Nous sommes la génération des mots créés par une technologie toujours plus pointue et, sans nous en rendre compte, nous vivons sous le pouvoir attractif des réseaux, de la toile, de la communication ultra-rapide. Rien ne vaut le 200 méga…

 

Je tweete, tu spames, il streame, nous buzzons, vous hackez, ils émoticônent. Un tout nouveau langage, il faut vivre avec son temps, on nous le répète assez, et pourtant…»

Les élèves seront incités à créer une langue non assertive en accord avec leur moi profond, afin de pouvoir s’exprimer en dehors de celle qui leur a été imposée à la naissance. Ici, par exemple, l’invention spontanée de verbe re-adorer ou de phrases à la construction innovante.

«Des histoires d’amour, j’adore, de la magie, je re-adore.»

 

«De belles dents, ça le fait.»

 

«On attache beaucoup d’importance au "Mais qu’est-ce qu’il pense de moi?"»

L’objectif est de créer des speak-labs où chacun devient producteur d’un langage open-data.

L’élève au centre du savoir

«Excusez-moi d’être partie au gré de ma plume.»

Chaque élève doit pouvoir auto-construire son apprentissage par une liberté accrue des horaires et exercices. Outre la généralisation de l’improvisation, qui réduit le cloisonnement entre sachants et apprenants, le désir de faire comme le désir d’être des élèves seront vivement encouragés. 

«Dès que j’ai un truc dans la tête, je ne peux pas m’en empêcher, il faut que je le fasse… C’est tout moi.»

La prime à la créativité s’assortira ainsi de la prise de conscience du moi créateur.

Latin et grec participatifs

Le gouvernement a pleinement conscience du fait que le latin et le grec sont des langues de la préhistoire –comme le discman ou le walkman. D’où l’idée de les ancrer dans le quotidien des élèves, par exemple, lors du debriefing quotidien de l’espace de socialisation par connivence ludique (la récré):

«Au travail les filles, dictionnaire de latin et hop! Le mot rumeur vient du latin rumor qui signifie "bruit vague", "bruit qui court", "nouvelle sans certitude garantie".

 

J’adore l’expression "bruit qui court", elle est très imagée, mais moi j’aime pas courir, alors qu’est-ce qu’on fait? Eh bien on fait comme tout le monde, on écoute, on croit, on s’interroge.»

Avec ce support pédagogique, main tendue à travers les âges, l’élève prend conscience qu’avant lui, les enfants latins pouvaient également être victimes de calomnies.

Littérature incarnée

L’écrit n’est pas un fait brut, isolé, hors contexte, mais le produit d’une culture à un moment et un espace donnés, ainsi qu’une appropriation par le lecteur. La réforme vise à déboulonner l’objet littéraire statufié en contextualisant les écrivains. Aux élèves de se les approprier pour mieux partager leur ressenti. Ainsi, il sera interdit d’écrire Albert Camus ou Marguerite Duras, patronymes désincarnés et intimidants, pour privilégier des formes comme:

«Un célèbre Lyonnais, Antoine de Saint-Exupéry.»

 

«Victor Hugo, que j’adore.»

De même, à la lecture fastidieuse de textes normatifs, on préfèrera l’énoncé de citations, à condition de les référencer grâce à une encyclopédie en ligne.

Vers une multi-transversalité

La transversalité sera encore renforcée avec des séquences mettant en jeu plusieurs disciplines. Les collèges seront invités à renforcer cette transversalité autour de la mixité générationnelle et sociale, avec intégration des filières primaires, techniques, voire de cycles universitaires. Se dessine la notion de classe unique, qui pourrait préfigurer une scolarité commune à tous les élèves de 5 à 25 ans, favorisant l’apprentissage solidaire. Ainsi, la séquence suivante mêle adroitement découverte d’un métier manuel (BEP coiffure), éveil freudien (mastère de psychologie) et conjugaison des verbes du premier groupe (CE2):

« Quoi qu’il en soit, je fais ce que je veux avec mes cheveux! Et mille excuses à tous les coiffeurs et coiffeuses du monde, vous faites un métier bien plus difficile qu’on ne le croit. Vous ne coupez pas que les cheveux, vous supportez tous les caprices, vous écoutez toutes les histoires: "Une psychanalyse et un shampoing, s’il vous plaît…" […] Imaginez-vous à la place d’un cheveu. Je te coupe, tu me brosses, il me sèche, nous vous bouclons, vous nous lissez, ils ou elles se décolorent.»

Il est probable que ce projet de réforme dresse encore contre lui la faction irréductible des conservateurs férus d’une langue totalitaire. Pourtant, c’est l’avenir de nos enfants. #EnjoyLAvenir.

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