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Pourquoi l’ortografe est si dificile

L'ortografe | romana klee via Flickr CC License by

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L’Académie française est pieds et poings liés pour réformer l’orthographe puisque l’usage se fonde sur son dictionnaire.

«Les Français seraient fâchés avec l’orthographe», titrait vendredi 11 juin Le Parisien, qui relayait dans ses colonnes les statistiques du premier Baromètre Voltaire (des chiffres pas toujours représentatifs, comme l’explique le site Les Nouvelles News). Le mensuel Books prend un peu de recul sur la question en publiant sur son site internet un long extrait d’un ouvrage écrit au tout début du XXe siècle par l’académicien Émile Faguet: Simplification simple de l’orthographe. Selon lui, c’est en fait l’Académie qui est fâchée avec l’usage du français. Si l’institution a entériné avec ses dictionnaires une simplification de l’orthographe, elle aurait dû se montrer plus énergique dans cette volonté.

Pour Émile Faguet, les grammairiens du XVIe siècle, tenants de l’étymologie à tout prix, sont des «pédants» qui ont compliqué, avec des «lettres parasites» l’orthographe «très bonne femme» du XVe siècle, à laquelle il conviendrait de revenir:

«Plus on efface d’exceptions, plus on simplifie; et plus on simplifie, plus on est dans le bon sens.»

Heureusement, l’Académie a entamé dès 1694 et son premier dictionnaire une simplification réformiste, qu’elle poursuit en 1718 (par exemple, sirop remplace syrop, «“raclant” l’y grec étymologique; car le mot latin est bien syrupus»), encore davantage en 1740, réformant près de 5.000 mots (bêtise au lieu de bestise, joie au lieu de joye, bienfaiteur au lieu de bienfaicteur), un peu moins en 1762 mais en éliminant toutefois nombre de lettres doubles, des «y» et des «th» (chimie au lieu de chymie, détrôner au lieu de déthroner, argile au lieu d’argille) et ainsi de suite. «La suppression des lettres doubles et “racler l’y”, c’est le fond de la bonne réforme», résume l’académicien.

Guide au lieu de greffier

Ce faisant, l’institution suivait l’usage. Sur le site de l’Académie, on peut lire en effet que le premier dictionnaire de l’institution «témoigne d’un souci de compromis entre l’“ancienne orthographe”, influencée par l’étymologie, et une orthographe fondée sur la parole et la prononciation, que prônent les réformateurs du temps».

Le problème, soulignait Émile Faguet, c’est que l’Académie est devenue progressivement le «guide» et non plus le «greffier de l’usage»:

«Depuis le XIXe siècle, l’orthographe est devenue une superstition; on écrit d’après le Dictionnaire de l’Académie avec scrupule. Dès lors, l’Académie ne peut pas s’appuyer sur l’usage pour réformer.»

Et c’est ainsi que progressivement les simplifications homologuées par l’Académie se sont faites plus ténues. Dans les années 1860, Ambroise-Firmin Didot, porte-parole du mouvement réformiste et auteur de l’ouvrage Observations sur l’orthographe française, proposait par exemple de remplacer les «th» et «ph» par «t» et «f» dans les mots usuels. Des propositions qui sont en majorité restées lettre morte. Si l’on suit le raisonnement d’Émile Faguet, peut-être que la seule stratégie pour que l’«ortografe» soit moins «dificile» est de désobéir en toute conscience à l’Académie afin qu’elle «s’autorise des rébellions pour s’amender».

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