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Buvons, messieurs les députés!

Drinks at the Empress / sonyaseattle via Flickr CC License by.

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Le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions, revient sur l'assouplissement controversé de la loi Evin par les députés.

Il faut être Français pour ne pas voir l'alcool comme une drogue, pour vouloir en faire la promotion. Français, victimes que nous sommes de notre culture du vin. Depuis des siècles, nous le cultivons, nous l'apprivoisons, nous le civilisons. Il y a un quart de siècle, la loi Evin nous avait aidé à le pacifier: nous le voulions alors meilleur et moins dangereux. 

Mais quand il faut à nouveau choisir entre viticulture et santé publique, la décision française redevient cornélienne. L'alcool est «notre» drogue et le vin «notre drogue made in France». C’est ainsi que nos députés ont récemment réussi à voter un amendement «contre l'avis du gouvernement» –un amendement qui, via le cheval de Troie de la loi Macron «de simplification» et l’ouverture à la publicité, vient miner la loi Evin. De méchants 10° qui résisteront, ou pas, au 49-3…  

Centaines de milliers de morts prématurées

Les députés ne font ici que suivre les sénateurs. Nos stratèges bicaméraux sont revenus au comptoir pour des raisons «macron-économiques». L'amendement, à bien lire à jeun pour en mesurer la saveur, vient «détricoter» la loi Evin nous dit Marisol Touraine, la ministre de la Santé. Une loi loin d’être parfaite mais que nous considérons tous, médecins professionnels de la lutte contre l’addiction, comme a minima protectrice. Le verbe grand-maternel «détricoter» est ici un doux euphémisme pour ne pas entendre «déboulonner».

Peu importe donc que notre micro-santé vacille en cas d'abus: des centaines de milliers de morts prématurées depuis vingt ans. Une paille... une flûte... Car l'important, aujourd’hui, est de sauver, non pas la santé de nos compatriotes, mais notre œnotourisme!

Buvons donc, et commençons donc notre voyage œnotouristique:

– Paris s'éveille. Le boulanger livre son pain. Du moins, il essaie. Il est compressé et tué par des policiers sacrement éméchés.

– En banlieue parisienne, un ancien rugbyman de feu, héros de finale, se suicide en se lançant d’un quatrième étage.

– Orthez. Une maman accouche. Elle meurt. L'anesthésiste ivre, malade chronique de l'alcool, est incarcérée.

– Sur la carte de l’Hexagone, jetez un oeil sur le cimetière discret des femmes battues à mort par leurs conjoints trop alcoolisés.

– Garonne (Bordeaux) ou Loire (Nantes)? Que choississez-vous pour la plongée œnotouristique ? Pour retrouver  les squelettes des ados tombés un soir de fête et de binge-drinking?

– Nord: Musée des malformations foetales...? À moins que vous ne préfériez visiter le centre de rétention des enfants, vivants mais déficitaires, souffrant de syndrome alcoolo-fœtal?

Urgences, commissariats, palais de justice

Non? Alors un petit tour, vite fait, dans les urgences de tous les hôpitaux, un samedi soir, entre vomissures et relents éthyliques.

Fatigués? Vous préférez un passage par la case commissariat et cellule de dégrisement? Courage! Une visite pour finir: nos Palais de justice, embouteillés par le jugement des violences  et homicides liés à l'alcool.

Chers citoyens, il est temps d'arrêter là notre voyage oenotouristique. Merci d’avance pour le pourboire. Obéissons à nos chers sénateurs et députés: buvons, buvons, buvons!

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