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Je me suis fait spoiler l’épisode final de «Game of Thrones»

Jon Snow. Image tirée de «Game of Throne». Via Allociné

Jon Snow. Image tirée de «Game of Throne». Via Allociné

Avant même que l'épisode ne sorte. Mais je ne regrette rien.

Ce papier est garanti sans spoiler.

Vendredi matin 12 juin. Contrairement à la clim’, la journée n’est pas encore complètement lancée. En errant sur mon fil Twitter, je tombe sur un tweet d’Alexandre Hervaud, journaliste chez Libération et ancien contributeur chez Slate.

En temps normal, il serait inconcevable qu’un épisode fuite deux jours avant sa diffusion sur HBO. Mais quand on connaît l’attente des fans autour de la série la plus piratée au monde (mais aussi autour des livres), et surtout la fuite massive des quatre premiers épisodes de la saison 5 bien avant leur diffusion, une nouvelle faille chez HBO ne semblait pas impossible.

Mon premier réflexe a donc été de taper des recherches du type «Game of Thrones leaked/leak» sur Twitter pour voir si le sujet était évoqué par d’autres personnes. J’étais conscient des risques: un spoiler dévoilé directement dans un tweet, voire une impression écran d’une potentielle nouvelle victime. Après tout, on parle du dernier épisode de la saison. Mais je l’ai fait quand même. Plus grave encore, j’ai cliqué sur un lien de la manière la plus innocente et naïve qui soit. Et là, c’est le drame.

Pas le temps de lire un mot. Rien. Des images me sautent aux yeux et m’agressent. Je repense à ce personnage qui, lui aussi, a eu mal aux yeux dans la saison 4. Les miens piquent, souffrent. De mauvaise qualité, les images ne laissent pourtant que peu de doute. Je referme la page dans la seconde qui suit, mais trop tard: ma journée, mon week-end, tout est gâché. J'ai cliqué au mauvais endroit, au mauvais moment. Fini cette petite impatience quand le générique débute, ou mes hypothèses sur le prochain résident permanent du cimetière de la série


Jusque-là, j’étais très prudent et je faisais tout pour éviter les spoilers. HBO diffuse Game of Thrones le dimanche soir (il est disponible le lendemain en France sur OCS). Chaque lundi matin devient donc un chemin de croix quand on passe sa journée devant son ordinateur et sur les réseaux sociaux. Il existe même des extensions pour votre navigateur Internet, qui masquent les posts concernant vos séries préférées sur Facebook et Twitter. Car les sites américains n’ont aucune retenue: ils balancent des papiers dont les seuls titres et photos peuvent constituer des spoilers. Tant pis si vous vivez à l’étranger, vous devez être prêt à en parler dans l’heure qui suit la diffusion.

Chaque nouveau tweet, chaque nouveau post Facebook devient dangereux, créant une pression constante. Avec Game of Thrones, Internet a autant de pitié pour nous que George R.R. Martin en a pour les Stark. L'ordinateur et le smartphone deviennent un champ de mines dont on sort rarement indemne. D’autant plus que, pendant longtemps, les fans des livres de George R.R. Martin narguaient les fans de la série en les menaçant dès qu’ils le pouvaient. Malgré tout cela, j’avais réussi à naviguer en eaux troubles jusque-là, détournant le regard ou scrollant un peu plus en approchant de publications à haut risque.

Depuis l’épisode 8, la tension montait, il devenait intolérable de ne pas avoir vu l’épisode mardi matin. Il fallait parler des cliffhangers, des implications pour la suite, surtout après un début de saison assez décevant. L’épisode 9 promettait un dernier épisode de haut vol, un climax sanglant. Et puis j’ai cliqué sur ce lien, perdu au milieu de centaines d’autres.

Désespéré, j’ai donc décidé de jouer le tout pour le tout, de retourner sur cette maudite page internet, de regarder les photos droit dans les yeux et d’assumer ma fin de saison ruinée. Les tweets défilent, beaucoup exprimant leur colère contre le leak, d’autres en profitant pour poster de faux liens vers l’épisode (l’un d’entre eux propose à la place une vidéo de Goebbels). Je craque complètement quand je clique sur un lien de SpoilerTV.com, où je navigue dans les commentaires.

Je découvre alors des personnes passionnées par les spoilers, exigeant des sources à tout prix, des liens vers des streaming de l’épisode ou des fichiers torrent. Sans m’en rendre compte, je sombre tout entier dans les spoilers. Je regarde un autre post, sur Winteriscoming.net (non, pas de lien, vous me remercierez), qui analyse avec précision chaque image leaké, en les comparant avec des photos volées du tournage. C’en est trop, je vais parler à des connaissances ou des amis ayant lu les livres pour leur demander confirmation. Ils me donnent du contexte, où s’arrête le dernier tome, m’expliquent les théories qu’il y a pour la suite, etc. Ces images pourraient donc être vraies.

Très vite, je réalise que je ne regrette pas mon choix, car l’emballement actuel autour du potentiel leak du dernier épisode est bien plus compliqué qu’on ne le pense. Les médias ont largement repris l’information sans que cette fuite soit avérée avec certitude (ici, ici, ou encore ici), évoquant des «sources sur 4Chan» ou même le post de SpoilerTV.

Mais personne n’a pu trouver le fameux torrent. Certains évoquent des fichiers supprimés, mais comment savoir s’il s’agissait vraiment de l’épisode? On a aussi évoqué un script, mais là encore, nulle trace. Tout ce qu’on pu trouver avec certitude, ce sont quatre impressions écrans de Snapchat, apparues sur 4Chan puis Reddit et Imgur, comme bien souvent avec les leaks, avant d’être supprimées. Et, chose étonnante, l’une d’entre elles contient une phrase en français. Cela voudrait-il dire que l’épisode a été vu en France ou dans un pays francophone? Il est fort probable qu’un journaliste, ou un employé de chaîne qui a reçu l’épisode en avance, a envoyé ces Snaps à ses amis ou ses collègues. Quelques screenshots plus tard, ils étaient publiés en ligne. La «machine médiatique» a fait le reste.

Face à ce déferlement, j’ai fini par regretter ces lundis moroses où le retour au travail est parfois compliqué. Sans être un grand fan de la série, et je conçois que ce papier puisse paraître paradoxal, je prends surtout plaisir à la regarder et surtout à en parler avec mon entourage. Mais aujourd'hui je n'ai qu'une hâte, qu’on puisse enfin reprendre une vie normale, que chaque personnage meure ou survive, mais qu'on en finisse. Valar morghulis.

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