Boire & manger / Sciences

En Chine, on pourra bientôt boire de la bière à la corne de rhinocéros synthétique

Temps de lecture : 2 min

En fabriquant de la corne de rhinocéros à partir de kératine et une imprimante 3D, l'objectif est de réduire le braconnage et le commerce illégal.

Rhino | Chris Eason via Flickr CC License by
Rhino | Chris Eason via Flickr CC License by

Les rhinocéros à l’état sauvage sont menacés et pourraient bien disparaître d’ici quelques décennies. Comme l'explique Quartz, la demande de leurs cornes, surtout prisées au Vietnam et en Chine pour leurs prétendues vertus médicinales (voire aphrodisiaques), a conduit les braconniers à tuer 1.215 rhinocéros en 2014. Au Kenya, pour sauver l’espèce, les autorités ont même commencé à découper elles-mêmes des cornes (sans blesser les animaux, donc) pour que les rhinocéros échappent quelques temps aux braconniers.

Pembient, une start-up spécialisée dans les biotechnologies et basée à San Francisco, entend stopper ce très rentable commerce illégal en fabriquant des cornes de rhinocéros synthétiques. En utilisant de la kératine, un peu d’ADN de rhino et un complexe processus génétique dans lequel les levures jouent un rôle important pour fabriquer de la matière, l’entreprise fabrique une poudre. Cette poudre sert ensuite de matériau à une impression 3D, pour obtenir une forme solide ayant les mêmes caractéristique que la vraie corne.

Actuellement, le kilo de corne de rhinocéros tourne autour de 60.000 dollars (soit 53.000 euros, bien plus cher que l’or, l’argent, la cocaïne ou l’héroïne, comme l’explique CNN). Pembient pense pouvoir produire de la corne synthétique pour huit fois moins. La boîte ne veut pas vendre sa corne de labo directement mais fabriquer des lotions, des boissons et des médicaments traditionnels. Le premier produit de la start-up sera donc une bière brassée avec de la corne synthétique, élaborée en collaboration avec une brasserie de Pékin. Le breuvage devrait arriver sur le marché chinois cet automne.

Alternative écologique

Matthew Markus, le patron de l’entreprise, explique à Quartz que Pembient pourrait réduire la demande de cornes sauvages de 10 à 40%. Dans un sondage réalisé au Vietnam, 45% des 480 personnes interrogées se disent prêtes à utiliser l’alternative écologique. Il est persuadé que les gens vont être bien contents d’éviter le marché noir, d’avoir un emballage et la sécurité apportée par une marque... Il affirme aussi qu'il y aura même moins de produits polluants que dans la corne sauvage.

Comme pour la fourrure et la fausse fourrure

Ceci dit, le concept ne ravit pas forcément les défenseurs de l’environnement. Comme le rapportait le Guardian en mai, du côté de la WWF, on déclare que cela flatte le comportement des consommateurs au lieu d’essayer de le changer, et que cela retarde les efforts de sensibilisation. Mais Markus est persuadé que l’approche actuelle de sauvegarde ne fonctionne pas et qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard, comme pour la fourrure et la fausse fourrure:

«Si les gens aiment le produit, ils devraient être capables d’en profiter sans nuire aux animaux. Il y a de la place pour des substituts meilleurs et bio-identiques.»

Selon Quartz, les labos de Pembient pourraient dans le futur se lancer dans la fabrication de matériaux plus complexes, comme des défenses d’éléphant synthétiques, avec les mêmes objectifs de réduction du braconnage.

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