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Il faut arrêter de parler de notre utilisation des réseaux sociaux contre l'État islamique

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'État islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation, le 1er septembre 2014 | REUTERS/Youssef Boudlal.

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'État islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation, le 1er septembre 2014 | REUTERS/Youssef Boudlal.

À chaque fois qu’un haut-responsable l’ouvre et évoque ce genre de tactiques utilisées par les États-Unis pour cibler des terroristes, cela rappelle aux organisations terroristes qu’elles devraient mieux se protéger dans le futur.

Effectivement, un mot de trop peut vous coûter un vaisseau. La semaine dernière, le général de l’US Air Force, Hawk Carlisle, a régalé son audience sur la façon dont l’armée américaine a utilisé les comptes de membres de l'État islamique sur les réseaux sociaux pour cibler et détruire un bâtiment de l’organisation terroriste.

Comme il l’a expliqué lors d’une rencontre à Washington, des personnes sous son commandement passent au peigne fin les réseaux sociaux:

«Et ils voient cet abruti à la tête de l’unité. Et sur certains réseaux sociaux et forums ouverts au public, ils le voient en train de se vanter à propos du commandement et des capacités de contrôle de Daech, l’EI. Et ces gars se disent: “On a un point d’entrée.” Ils travaillent dessus et, pour faire court, environ vingt-deux heures plus tard, trois bombes JDAM détruisent le bâtiment.»

Bien joué l’Air Force. Bien joué. Maintenant, s’il vous plaît, fermez-la.

Pourquoi? Eh bien, pour la même raison que ce n’est pas la meilleure idée de rappeler aux voleurs que les alarmes silencieuses existent, de rappeler aux membres de la mafia l’existence des écoutes téléphoniques du FBI, ou de mettre en avant pour les hauts responsables de la Fifa les pays avec lesquels il n’y a pas d’accord d’extradition avec les États-Unis. Vous voulez qu’ils fassent une erreur.

Monde interconnecté

Bien sûr, ils devraient le savoir, mais tout comme nous savons tous qu’il faut différents mots de passe pour un compte email et un compte en banque, les gens sont paresseux et font des erreurs. Nous vivons dans un monde interconnecté où à peu près tout le monde possède un smartphone avec un appareil photo, même les djihadistes en Syrie et en Irak. Comme tout gamin de 20 ans, ces soldats ont envie de poster leurs exploits de gros bras sur les réseaux sociaux. Les Américains qui les prennent pour cible peuvent exploiter ce genre de renseignements, mais seulement si leurs adversaires les leur donnent.

Dur de gérer un califat du XXIe siècle avec des messagers à moto ou des notes copiées à la main

Mais à chaque fois qu’un haut-responsable l’ouvre et évoque ce genre de tactiques, techniques et procédures utilisées par les États-Unis pour cibler des terroristes, cela rappelle aux organisations terroristes qu’elles devraient mieux se protéger dans le futur. Les hommes à la tête des groupes terroriste le savent déjà –c’est pour cela qu’il peut être si compliqué de les cibler, puisqu’ils ont déjà peu de signatures électroniques que les États-Unis peuvent utiliser pour les localiser. Oussama Ben Laden n’avait soi-disant pas parlé dans un téléphone depuis 1998 –après qu’on a essayé de le tuer. Le Mollah Omar a disparu. Le chef de l’État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, ne papote probablement pas au téléphone non plus.

Les types qui ont survécu à plus d’une décennie de conflits brutaux et sectaires sont probablement des gens assez intelligents qui détestent la technologie. Ceux qui l’aiment n’envoient pas de messages ou leurs propres emails. Ils ne sont pas sur Facebook ou Twitter et ne traînent sûrement pas toute la journée sur des forums djihadistes.

Vulnérabilités numériques

Mais il y en a beaucoup d’autres –de jeunes tueurs, des femmes, des petites amies, des wannabe-djihadistes– qui produisent beaucoup de données, métadonnées ou autres tous les jours. C’est dur de gérer un califat du XXIe siècle avec des messagers à moto ou des notes copiées à la main comme lors de la Première Guerre mondiale. Mais ces données vont arrêter de couler des robinets numériques si notre armée et nos commandant civils continuent de rappeler à l’EI ses vulnérabilités numériques.

La lutte américaine contre Daech ne se passe pas très bien. L’armée irakienne est une épave; maintenant c’est l’Iran et ses agents qui s’occupent de tout ça. La Syrie est une cauchemar hobbesien. Les États-Unis ont des moyens limités pour affecter le résultat mais notre capacité à frapper des cibles avec précision et avec une force létale venant des airs est notre gros avantage.

Mais, pour cela, on a besoin de renseignements. Les réseaux sociaux en fournissent beaucoup. Rappeler à nos ennemis que leurs photos prises sur le champ de bataille sont utilisées contre eux est l’équivalent d’une demande d’ajout comme ami.

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