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Affaire du Carlton: Dominique Strauss-Kahn a eu «un comportement de client non répréhensible au regard de la loi pénale»

Dominique Strauss-Kahn à Paris, le 12 juin 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Dominique Strauss-Kahn à Paris, le 12 juin 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Dominique Strauss-Kahn a été relaxé par le tribunal correctionnel de Lille, vendredi 12 juin, dans l'affaire dite du «Carlton de Lille». Il était poursuivi dans ce dossier pour «proxénétisme en bande organisée», délit passible d'au maximum dix ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende. Le président du tribunal, Bernard Lemaire, a jugé qu'il avait eu «un comportement de client non répréhensible au regard de la loi pénale».

Selon l'AFP, l'ancien ministre de l'Economie a accueilli ce verdict de manière «impassible», tandis que l'un de ses avocats, Me Henri Leclerc, a dénoncé le «vide» du dossier et le renvoi de son client devant le tribunal sur des critères «idéologiques».

Un autre de ses avocats, Me Richard Malka, a lui estimé qu'«on a étalé la vie privée d'un homme sans aucun respect de sa personne, sans aucune dignité, sans aucune utilité. [...] Au terme d'un procès exemplaire, [...] le droit a été dit».

Pas une surprise

Plusieurs autres prévenus ont été relaxés, dont Dominique Alderweireld, dit «Dodo la Saumure», tenancier de maisons closes en Belgique, envers qui le parquet avait requis de la prison ferme. René Kojfer, ancien responsable des relations publiques du Carlton, a lui été condamné à un an de prison avec sursis. Trois prévenus, dont les entrepreneurs David Roquet et Fabrice Paszkowski, organisateurs des soirées du Carlton, ont été relaxés dans le volet proxénétisme mais condamnés dans le volet financier de l'affaire.

La relaxe de Dominique Strauss-Kahn n'est pas une surprise, puisqu'elle avait été requise par le parquet en février (parquet qui n'avait déjà pas requis son renvoi en correctionnelle). À la barre, DSK avait nié être l'instigateur des soirées libertines auxquelles il avait participé et avoir eu connaissance que les femmes qui y participaient étaient des prostituées, assumant avoir «une sexualité un peu plus rude que la moyenne des hommes». Sexualité «débridée» qui, selon l'envoyé spécial du Figaro Stéphane Durand-Souffland, «fait figure de bizarrerie physiologique, relevant davantage d'une publication médicale que des ouvrages de la maison Dalloz».

Le dossier avait suivi un cheminement judiciaire complexe, que nous avions retracé dans un article publié en février. L'affaire du Carlton, qui avait éclaté médiatiquement en octobre 2011 en pleine primaire socialiste, s'était donc orientée sur des faits présumés de proxénétisme en bande organisée impliquant, outre DSK, des notables du Nord, mais elle avait aussi, dans un premier temps, conduit à l'ouverture d'une enquête préliminaire pour viol en réunion. Cette dernière a finalement été classée sans suite en septembre 2012 par le parquet de Lille, après que le témoin dont la déposition avait orienté l'enquête dans ce sens a renoncé à porter plainte et est revenu sur ses propos.

Parties fines

Les audiences de février avaient donc été l'occasion de remettre en lumière la question du viol des prostituées, une des participantes aux parties fines, Jade, ayant déclaré à l'audience:

«Il y a eu un moment plus que désagréable quand j'ai tourné le dos à M. Strauss-Kahn. J'ai subi une pénétration qui ne m'a pas été demandée. À laquelle j'aurais dit non parce que je ne veux pas de ça... Aucun autre client n'a jamais osé me faire ça...»

Le procès du Carlton avait aussi relancé le débat sur le pénalisation des clients de prostituées. En France, le fait pour un individu d'avoir recours à la prostitution n'est pas punissable par la loi pour l'instant quand le rapport est «consenti» (notion qui, dans le cas de la prostitution, fait l'objet d'un vif débat). Une proposition de loi prévoyant la pénalisation des clients (à raison, à minima, d'une amende de 1.500 euros) doit être examinée en deuxième lecture par l'Assemblée nationale ce 12 juin.

Ce jugement marque par ailleurs l'épilogue de la longue séquence judiciaire qui s'était ouverte pour Dominique Strauss-Kahn après son interpellation, le 14 mai 2011 à New York, qui avait mis fin à ses rêves élyséens. Dans l'affaire Nafissatou Diallo, qui accusait le directeur général du FMI d'agression sexuelle et de tentative de viol, les poursuites au pénal avaient été abandonnées par la justice américaine en août 2011 et les deux parties étaient parvenues à un accord au civil par lequel la plaignante avait été indemnisée 1,5 million d'euros. La plainte déposée par la romancière Tristane Banon, qui accusait DSK de viol, avait elle été classée sans suite par le parquet en octobre 2011. La justice avait identifié au passage des faits «pouvant être qualifiés d'agression sexuelle» et, à ce titre, prescrits au bout de trois ans.

Nul doute, en tout cas, que cette relaxe va relancer les spéculations autour d'un éventuel retour à la vie publique de DSK, démenti par la plupart de ses proches pour ce qui est de la politique. Si son ancien camarade de gouvernement Jack Lang a estimé que, dans ce cas, il serait «le bienvenu», pas sûr que ce soit l'avis dominant du côté de la majorité, à l'image du député vallsiste Carlos Da Silva, qui a jugé qu'il avait fait «beaucoup de mal à la gauche».

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