Partager cet article

«Faites ce que je dis, pas ce que je fais» version numérique

Il arrive que les magnats du numérique disent non à Internet | Marcelo Graciolli via Flickr CC License by

Il arrive que les magnats du numérique disent non à Internet | Marcelo Graciolli via Flickr CC License by

Le monde digital est plein de contradictions. On y crée des applications au fonctionnement libre mais qu’il ne faut pas utiliser librement, on surveille un peu tout le monde mais on ne veut pas être surveillé, on crée des appareils dont on interdit l’utilisation... Petit tour d’horizon.

Drôle d’histoire que cette application made in France nommée Gossip permettant de partager des rumeurs anonymes avec les contacts de son téléphone qui ont aussi des envies de commérage. Les ados se sont très vite emparés de cette appli, pourtant créée à l’origine pour les 25-30 ans, et le cyberharcèlement a fait son chemin. Plus surprenante encore, la réaction de sa créatrice, Cindy Mouly, qui s’est étonnée, le 10 juin au micro d'Europe 1, de la «perversion des utilisateurs» et des dérapages que son application a pu susciter. En somme, n’utilisez pas cette application sur laquelle on peut dire ce que l’on veut de manière anonyme pour dire ce que vous voulez de manière anonyme. 

«J'interdis à mon frère et ma sœur d'être sur l'application, parce qu'il n'ont pas l'âge respecté pour être sur le site. Et je leur ai demandé de dire à leurs amis de ne pas télécharger l’application. Même s'ils sont là, à dire: “C'est ma sœur qui a créé l'application.” Ils sont jeunes encore, je ne veux pas.»

Et le phénomène est récurrent dans le secteur numérique, bons et mauvais exemples confondus. Celui qui a fait le plus parler de lui est certainement Steve Jobs, dont on apprenait dans le New York Times en 2014 qu’il limitait, de son vivant, l'usage de la technologie chez lui. Mieux, ses enfants n’avaient jamais utilisé d’iPad, cet appareil qu’il décrivait pourtant comme «incroyablement génial» et dont Apple avait vanté les mérites auprès des écoles américaines au point de décrocher un contrat de 30 millions de dollars (23 millions d'euros) avec le réseau d'écoles publiques de Los Angeles. 

«Ce que peut faire cet appareil est extraordinaire. Vous pouvez surfer sur Internet mieux que vous ne l’avez jamais fait. C’est phénoménal, vous pouvez visualiser une page internet et vous balader dedans avec votre doigt, c’est incroyablement génial. C’est bien mieux qu’un ordinateur portable ou un smartphone.» 

Le journaliste du New York Times Nick Bilton avait ensuite interrogé bon nombre de cadres du secteur numérique qui avaient confessé, tout comme Steve Jobs, restreindre l’informatique à la maison. A l'instar de l’ancien rédacteur en chef du magazine Wired, Chris Anderson, qui n'hésitait pas à évoquer les dangers des nouvelles technologies.

«On réagit comme ça car on est aux premières loges pour voir les dangers de la technologie. Je l’ai vu moi-même, je ne veux pas que ça arrive à mes enfants.»

Certains cadres de la Silicon Valley vont plus loin que Jobs pour exclure le numérique du cadre familial. Pour ce faire, ils sont nombreux à inscrire leurs enfants dans des écoles où le numérique est banni. Des cadres de Google, Apple, Yahoo et Hewlett-Packard ont ainsi choisi les écoles Waldorf, du nom de ces no man’s land de l’Internet où crayons et livres sont préférés aux écrans et aux tablettes. Une méthode basée sur le développement de la créativité sans appareils numériques et sur l’interaction entre les élèves.

La vision pas très «Google» d’Éric Schmidt 

Quand il s’agit de parler de la vie privée sur Internet, Éric Schmidt, ancien patron de Google, est lui on ne peut plus clair. En 2009, sur la chaîne américaine CNBC, il disait ceci:

«Si vous faites quelque chose que vous ne voulez pas que les autres sachent, alors vous ne devriez peut-être même pas le faire.»

Pourtant, Éric Schmidt fait l’inverse. Comme tout le monde, et c'est bien normal, il a des secrets et ne tient pas tellement à ce qu’ils soient connus de tous. Selon le New York Post, il aurait fait insonoriser son appartement en 2013 et aurait bien précisé ne pas vouloir de concierge afin que personne ne puisse observer les allées et venues. La même année, il supprime son compte Instagram après qu'un journaliste a découvert que beaucoup des personnes auxquelles il s'abonnait étaient des femmes publiant des photos plus ou moins dénudées. Celui qui est parfois décrit comme un womanizer (un coureur de jupons) aurait aussi tenté de faire supprimer une information à son sujet sur Google en 2011, raconte Steven Levy dans un livre consacré à l’entreprise et intitulé In The Plex: How Google Thinks, Works, and Shapes Our Lives. Demande refusée par une cadre de l’entreprise, Sheryl Sandberg, car jugée «inacceptable». 

Mark Zuckerberg achète sa vie privée

User de son statut ou de son argent pour protéger sa vie privée, Mark Zuckerberg en a aussi fait l'expérience. Paradoxal quand on connaît la politique de confidentialité pour le moins floue du réseau social et les possibilités, via les boutons «J’aime», de suivre les utilisateurs un peu partout sur le Web. Dans une interview avec le fondateur de TechCrunch en 2010, le jeune patron, qui s'était un jour fait pirater son propre mur, précisait sa vision de la vie privée:

«Quand j’ai commencé Facebook dans ma chambre à Harvard, les gens se demandaient pourquoi les gens voudraient bien rendre leurs informations publiques sur un site internet. Dans les cinq à six dernières années, les blogs se sont multipliés ainsi que les services permettant de partager des informations et les gens sont devenus à l’aise avec l’idée de partager plus d’informations avec plus de monde. C’est juste une norme sociale qui évolue.»

Pourtant, le jeune trentenaire avait fait parler de lui pour une tout autre raison en 2013. Pour être sûr que les quatre maisons entourant la sienne ne soient pas revendues à des personnes indiscrètes, il les avait toutes rachetées pour une somme d’environ 30 millions de dollars. Une manière d’acheter sa vie privée que Zeynep Tufekci, professeure de sociologie, proposait que l’on applique au réseau social. Après tout, pourquoi pas? 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte