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Le hipster est mort, voici le «Yuccie» (enfin plus ou moins)

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 10.06.2015 à 13 h 25

Repéré sur Mashable

Si l’on cesse de se concentrer sur la consommation et le mode de vie des jeunes snobs urbains occidentaux et que l’on observe leurs choix économiques et professionnels, on voit émerger le Yuccie.

neourban hipster fashion travel | markus spiske via Flickr CC License By

neourban hipster fashion travel | markus spiske via Flickr CC License By

Quand les médias ont annoncé l’avènement du hipster, ils ont décrété par là même son arrêt de mort quelques années plus tard... On se lasse des tendances de société et des sociostyles inventés pour rendre compte de l’existence de nouveaux groupes sociaux, souvent à des fins de ciblage publicitaire.

On savait donc que le hipster, jeune snob urbain occidental, serait chassé par un autre, et ce jour est peut-être arrivé. Le site Mashable tente d’enterrer celui qui a fait les beaux jours des magazines urbains, des planeurs stratégiques, des marques de vêtements et des sites branchés en introduisant le «Yuccie», «Young Urban Creative», censé ringardiser notre bon vieux hipster, dans un article signé par David Infante.

Le Yuccie est un jeune qui a grandi dans un environnement confortable, a mené de longues études et a la conviction qu’il mérite non seulement de poursuivre ses rêves de mener une vie créative mais aussi de gagner de l’argent en suivant cette voie. Ces jeunes ont une relation compliquée à l’argent puisqu’ils ne veulent pas être définis par leur richesse matérielle mais qu'«ils veulent être payés pour leurs propres idées plutôt que pour exécuter celles des autres».

Doctrine économique

Les Yuccies quittent leurs emplois dans la banque, la finance, l’informatique, le conseil juridique pour mener des carrières plus épanouissantes en marge des grandes entreprises. Ce n’est pas tant un énième nouveau sociostyle qu'un changement de focale de la part des observateurs: se concentrer non plus sur les modes de vie et la consommation somptuaire qui définissaient jusqu'alors le hipster mais sur les choix économiques et professionnels des jeunes diplômés urbains. Toute une économie de renouveau de l’artisanat en ville et de la start-up innovante ou de la killer-app a été impulsée par cette génération.

Dépasser les contradictions entre l’aspiration au développement personnel des années 1960 et les années fric

Au risque de passer pour un hipster de la théorie de la fin du hipster, rappelons que nous tentions en début d'année de rendre compte de cette fibre entrepreneuriale, une caractéristique rarement mise en avant à propos de la jeunesse des classes moyennes et supérieures et de ses aspirations. Le site de veille économique PriceOnomics a dégaîné le premier sur ce sujet en publiant à Noël un manuel d'économie hipster, Hipster Business Models.

Ce hipster, Yuccie, nouvel aventurier entrepreneur ou quel que soit le nom qu'on lui donne est un «freelance capitaliste s’inspirant de la contre-culture» comme l'a écrit Elizabeth Nolan Brown, ayant su dépasser les contradictions entre l’aspiration au développement personnel des années 1960 et les années fric de la fin du siècle précédent. Il est aussi l’hybride si bien décrit dans L’idéologie californienne par Richard Barbrook, né de la fusion des idéaux contre-culturels californiens et de l'esprit d'entreprise de la Silicon Valey, à la fois anticonformiste et milliardaire.

En définitive, l'article de Mashable tente de mettre un nom sur un phénomène déjà assez bien cerné; moins qu'une marginalité culturelle, le hipsterisme est une doctrine économique qu'on pourrait résumer par la maxime: vous êtes ce que vous produisez.

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