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Une histoire illustrée des parcs d'attractions à dinosaures

Tyrannosaure du musée Tyrell de Drumheller (lberta, Canada) | Alex Juorio via Flickr CC License by

Tyrannosaure du musée Tyrell de Drumheller (lberta, Canada) | Alex Juorio via Flickr CC License by

En 1850, naissait le Crystal Palace Dinosaurs de Londres, le parc d'attractions «préhistorique» le plus réputé de l'histoire. Depuis, d’autres ont été créés et chacun reflète la technologie et les connaissances paléontologiques de son époque.

Le Crystal Palace Dinosaurs de Londres est sans nul doute le parc d'attractions «préhistorique» le plus réputé de l'histoire. À l'époque de sa création, il ne comptait pourtant aucun tyrannosaure. Une énorme lacune, me direz-vous –mais une absence bien compréhensible: le parc a ouvert ses portes en 1854, soit plus de cinquante ans avant que le Tyrannosaurus rex ne soit baptisé.

Les parcs d’attractions préhistoriques ont connu bien des formes, depuis les jardins victoriens constellés de sculptures de pierre jusqu’aux parcs d'attractions remplis d'animatroniques inspirés par Jurassic Park. Ces parcs sont à la fois le reflet de la technologie et des connaissances paléontologiques de leur époque. Lorsque de nouveaux fossiles sont découverts (ou que la classification et la représentation des dinosaures sont amendées), ces parcs se transforment en véritables capsules temporelles. Et, avec le recul, les créatures qui les peuplent paraissent donc souvent quelque peu ridicules.

«Terribles lézards»

En 1842, le paléontologue anglais Richard Owen a analysé les fossiles de trois reptiles –Megalosaurus, Iguanodon, Hylaeosaurus– et il a identifié assez de points communs pour établir un nouveau groupe taxonomique. Il le baptisa dinosauria, du grec deinos («terrible») et sauros («lézard»).

C'est Richard Owen qui dirigea le développement de Crystal Palace Dinosaurs, collection de reproductions grandeur nature qui allait constituer le premier parc d'attractions préhistorique accessible à tous. Pour donner vie à ce projet, Owen s'associa au sculpteur (et artiste spécialiste de l'histoire naturelle) Benjamin Waterhouse Hawkins, qui venait de superviser l'Exposition universelle londonienne de 1851.

Le Crystal Palace de l’Exposition universelle déplacé à Sydenham: on aperçoit au premier plan des sculptures de créatures préhistoriques. Reproduction photomécanique des années 1850 | via Wellcome Library, London CC License by

Banquet dans un moule utilisé pour créer l'un des iguanodons du parc

Sous la direction d'Owen, Waterhouse Hawkings consacra trois années à la sculpture de plus de trente dinosaures (entre autres créatures préhistoriques). Une fois les animaux achevés, Waterhouse Hawkins organisa un banquet le dernier jour de l'année 1853. Banquet organisé «dans la carcasse de l'un de ses monstres antédiluvien» –citation du 1854 guide to Crystal Palace d'Edward MacDermott. On fit asseoir les vingt-et-un invités dans un moule utilisé pour créer l'un des iguanodons du parc. (MacDermott nota que; «lorsque les convives achevèrent de déguster les mets les plus substantiels, le professeur Owen proposa à l'assistance de boire un verre silencieusement  “à la mémoire de Mantel, découvreur de l'iguanodon”; c'étaient les entrailles de ce monstre qui avaient abrité leur dîner»).

Le parc a suscité l'enthousiasme du public (les «terribles lézards» étaient des nouveautés aussi excitantes que mystérieuses pour les Britanniques de l'ère victorienne), mais le Crystal Palace a vite connu des difficultés financières. Les sculptures grandeur nature étaient particulièrement onéreuses et les fonds se sont évanouis avant que Waterhouse Hawkins ne puisse créer l'ensemble des animaux prévus.

Puis les découvertes paléontologiques de la fin du XIXe ont fait évoluer la représentation des dinosaures –sous l'influence des théories évolutionnistes développées par Charles Darwin dans De l'origine des espèces (1859). C’est ainsi que les créatures du Crystal Palace sont donc devenues de plus en plus incertaines. À l'aube du XXe siècle, le parc était devenu à la fois délabré et ridicule.

Crystal Palace Dinosaur Park, Iguanodon | Loz Pycock via Flickr CC License by

Dinos obsolètes

Aux États-Unis, les parcs préhistoriques ne sont pas entrés dans la culture populaire avant les années 1930 et la construction de deux attractions construites en bord de route: Dinosaur Gardens (Ossineke, Michigan) et Dinosaur Park (Rapid City, Dakota du Sud). Ces parcs existent encore et présentent tous deux des dinosaures obsolètes. À l’été dernier, un visiteur des Dinosaur Gardens a laissé un commentaire sur la page TripAdvisor du parc: il raconte qu'«une fillette de 5 ans a fait remarquer que l'avant-bras de la sculpture du tyrannosaure devrait comporter deux doigts et non pas trois». (Techniquement, on estime aujourd'hui que le T-Rex possédait un métacarpien vestigial, mais la petite fille avait néanmoins tout bon).

Avec sa silhouette arrondie et son sourire niais, le T-Rex de Rapid City est à classer dans la même catégorie que Barney le dinosaure. C'est peut-être même un sous-Barney, puisqu'il n'a pas de dents:

Barney le dinosaure | Carol Highsmith via Library of Congress

Avec sa silhouette arrondie et son sourire niais, le T-Rex de Rapid City est à classer dans la même catégorie que Barney le dinosaure

Comparez cet énergumène soi-disant carnivore à ce tyrannosaure construit pour l'Exposition universelle de 1964:

T-Rex datant de l’exposition universelle de New York de 1964 | Austin Hall via Flickr CC License by

Et à une version créée pour le JuraPark, parc préhistorique polonais ayant ouvert ses portes en 2004:

T-Rex du JuraPark, à Baltow, en Pologne | Pibwl via Wikimedia Commons License by

Anthropomorphisme

Pendant les années 1960, avec Les Pierrafeu pour toile de fond pop-culturelle, de nouvelles découvertes et autres analyses de fossiles ont provoqué un profond bouleversement dans le monde de la paléontologie –une «renaissance du dinosaure», comme l'a appelée le paléontologue Robert T. Bakker dans un article publié en 1975 dans la revue Scientific American. Dans l'article, Bakker avance des éléments prouvant que les dinosaures ne sont pas des «symboles d'obsolescence et d'inefficacité balourde» mais des animaux complexes, plus sophistiqués, et qui ont des descendants encore vivants à ce jour: les oiseaux.

Chez les scientifiques comme dans le reste de la population, cette avalanche d'informations révolutionnaires a bouleversé la perception des dinosaures. Envolés, les «terribles lézards»; ils étaient désormais plus proches des mammifères, et donc plus faciles à anthropomorphiser. Dans la culture populaire, les dinosaures furent de plus en plus représentés comme des animaux câlins, amicaux et sensibles –quiconque a connu les jouets Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles au début des années 1990 peut en attester. Puis vint Jurassic Park: des dinos moins câlins et nettement moins amicaux, mais, là encore, représentés de manière anthropomorphique –qui a oublié les redoutables vélociraptors capables de manipuler les poignées de porte?

Vélociraptors du parc Dinosaurius | HombreDHojalata via Wikimedia Commons License by

Plus de simples collections de statues mais des expériences de haute technologie, interactives et souvent effrayantes

Depuis lors, l'influence de Jurassic Park et le développement des animatroniques ont fait leur œuvre. Les parcs préhistoriques ne sont plus de simples collections de statues: ils proposent des expériences de haute technologie, interactives et souvent effrayantes. Au parc Field Station: Dinosaurs de Seacaucus (New Jersey), des guides à l'accent australien mènent des écoliers d'animation en animation –activités thématiques servies par d’impressionnants effets technologiques. Objectif: leur faire découvrir la paléontologie –et leur filer une frousse bleue.

Cette année, Miles Portek a contrôlé un dinosaure du parc Field Station; une marionnette T-Rex de 4,50 mètres et de 40 kilos équipée d'un micro (pour amplifier ses rugissements) et d'une caméra (pour suivre les réactions des enfants). Et pour lui, c'est un rôle en or:

«Le tyrannosaure reproduit toutes mes expressions, explique-t-il. Tous les bruits qu'il fait sortent de ma bouche. Je rugis, je ronronne; j'incarne un dinosaure réaliste qui terrorise les enfants. C'est un rêve devenu réalité.»

Voilà à quoi il ressemble:

 

Floraison de parcs

Aujourd’hui, un grand nombre de parcs préhistoriques à l'ancienne ont mis la clé sous la porte tandis que certains d'entre eux ont été réaménagés (c'est le cas du musée californien Cabazon dinosaurs, rendu célèbre par Pee-Wee Herman; l'apatosaure géant abrite désormais un musée créationniste). Et pourtant, de nouveaux parcs de dinosaures fleurissent chaque année dans le monde entier. Mais les animatroniques géants ne sont pas donnés, et certaines de ces entreprises peinent à rentabiliser leur investissement.

On peut notamment citer le récent exemple de Palmersaurus. Ce parc préhistorique a ouvert ses portes sur la Sunshine Coast australienne en décembre 2013. Le parc porte le nom de son créateur, Clive Palmer, milliardaire et homme politique égocentrique (il se qualifie de «trésor national» dans sa bio Twitter et compte construire une réplique grandeur nature du Titanic). Présenté comme «le plus grand parc de dinosaures  au monde», Palmersaurus compte 160 dinos robotisés. Il suffit d'appuyer sur un bouton pour les faire rugir. Le problème, c'est qu'on ne se bouscule guère pour les entendre.

Ces dinosaures sont installés au Coolum Resort, ex-lieu de villégiature glamour aujourd'hui passé de mode; son parcours de golf accueillait des championnats de golf (PGA) avant que l'avènement de Palmersaurus ne les fasse fuir. La mascotte de Palmersaurus –«Jeff», un tyrannosaure rugissant de 10 mètres de haut– a été installée à deux pas du green; une décision jugée aussi malavisée qu’embarrassante par beaucoup. Russel Green, ancien conseiller régional de la Sunshine Coast, n'en croit pas ses yeux. «Pour un peu, on se croirait dans une scène du film Happy Gilmore. Imaginez: vous jouez la balle au putter depuis le fairway, elle rebondit sur la jambe gauche du tyrannosaure et elle atterri illico dans le 18e trou... C'est vraiment très bizarre», a-t-il déclaré sur la chaîne australienne ABC News.

En revanche, les visiteurs affluent encore et toujours parmi les sculptures préhistoriques restaurées du Crystal Palace. Elles ne sont certes pas le portrait craché des dinosaures qui arpentaient la terre au Mésozoïque –mais elles demeurent le symbole durable des avancées réalisées dans le domaine de la paléontologie.

Dinosaure se nourrissant de pâquerettes | Gareth Williams via Flickr CC License by

 

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