Culture

Les Sex Pistols ont toujours été une affaire d'argent

Temps de lecture : 2 min

Virgin a choqué en lançant des cartes bleues à l'image du groupe punk, mais la bande est depuis toujours un produit marketing.

Les Sex Pistols au Paradiso, à Amsterdam en 1977 Archives nationales néerlandaises via Wikimedia CC License by
Les Sex Pistols au Paradiso, à Amsterdam en 1977 Archives nationales néerlandaises via Wikimedia CC License by

Virgin a à peine sorti un jeu de cartes bleues aux couleurs du célèbre groupe punk les Sex Pistols, comme le signale le Guardian, et aussitôt c’est la levée de boucliers. «Le punk est (vraiment) mort», titre France Info; «le blasphème est total», déplore Libération, quand pour Oüi FM «Sid Vicious doit se retourner dans sa tombe».

C’est vrai, les réactions des dirigeants de Virgin Money ont de quoi pousser, au choix, à hurler, rire ou à ruer dans les brancards. Le communiqué de presse de la banque de Richard Branson est serti d’un bijou:

«Il est temps que nos clients mettent un peu de rébellion dans leur poche.»

Michele Greene, directrice des cartes chez Virgin, a aussi beaucoup d’esprit:

«En produisant ces cartes, nous voulions célébrer la différence et l’héritage de Virgin. Les Sex Pistols ont défié les conventions et les manières de penser préétablies. C’est exactement ce que nous faisons aujourd’hui dans notre quête pour bousculer le système bancaire britannique.»

Campagne marketing

Pour être aussi risibles, ces phrases sont-elles aussi vides de sens qu’il y paraît? Au contraire: Virgin a bien le droit de revendiquer les Sex Pistols comme son héritage. Le groupe est son produit depuis l’enregistrement en 1977 du premier et seul album studio de la bande, Nevermind The Bollocks, Here's the Sex Pistols.

Les Sex Pistols ont trouvé le soutien de Virgin après avoir été préalablement congédiés par E.M.I (pour un embarquement en avion chaotique), ce qui vaudra à la société une douce sérénade où le chanteur Johnny Rotten, de son vrai nom John Lydon, précisera tout le bien qu’il pense de son ancien employeur, puis par A&M (qui n’apprécie pas le comportement des musiciens).

Et quel soutien! Virgin verse une avance de 250.000 livres sterling aux Sex Pistols et programme alors la plus grosse campagne marketing de l’histoire du groupe bancaire, comme le révélait un exemplaire du Billboard de l’époque. Des moyens qui permettent notamment de se payer les services du producteur Chris Thomas, qui avait déjà travaillé sur l'album blanc des Beatles, contribué à Dark Side of The Moon, des Pink Floyd, et Siren, de Roxy Music.

De son côté Richard Branson, déjà à la tête de Virgin, se félicitait de l’accord avec le groupe:

«Peu importe les protestations éventuelles des autres compagnies, je pense que quasiment toutes les entreprises britanniques auraient voulu les faire signer.»

Vision financière

On se déteste toujours mais on a trouvé une cause commune, et c’est votre argent

Johnny Rotten

Et Virgin et ses livres sonnantes et trébuchantes n’ont pas eu à pervertir la pureté originelle du groupe: les Sex Pistols ont toujours été liés à la vision financière de l’industrie musicalede leur manager Malcolm McLaren, par ailleurs chef d’entreprise et propriétaire d’un magasin de mode dans le très beau quartier londonien de Chelsea, à l’époque.

En 1996, les Sex Pistols créaient la surprise dix-huit ans après l’explosion du groupe en annonçant leur retour sur scène pour une tournée. Reprenant le surnom que le Daily Express leur avait accolé après une sortie télévisée dans laquelle ils avaient insulté le présentateur, les membres du groupe ont baptisé leur périple le Filthy Lucre Tour («la tournée de l’avidité dégoûtante»). Et Johnny Rotten, leader des Sex Pistols, ne cachait pas du tout les raisons d’un tel retour:

«On se déteste toujours mais on a trouvé une cause commune, et c’est votre argent.»

On aurait tort de s’étonner de trouver une carte Sex Pistols dans son porte-monnaie, le groupe a toujours voulu s’en emparer.

Slate.fr

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