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«#JMLP»: quand le rap breton rencontre la musique identitaire pro-FN

Kroc Blanc - «#JMLP». Capture d'écran

Kroc Blanc - «#JMLP». Capture d'écran

Quand Tri Yann et La Tribu de Dana rencontrent la musique identitaire qui rencontre le rap... Un clip du rappeur breton Kroc Blanc, avec en featuring ses deux acolytes MC Amor et Amalek, mis en ligne sur YouTube le 16 mai 2015, «cartonne dans les milieux réactionnaires de France et de Navarre», selon le site Poisson rouge, qui a repéré la vidéo et a consacré un article au phénomène le 28 mai dernier.

Sur fond de sample de biniou, le message et les sympathies politiques et idéologiques du trio sont absolument explicites puisque «le clip #JMLP commence au Crabe-Tambour,  joyeux troquet de l’ouest parisien ouvert par un ancien hooligan du Kop de Boulogne et responsable du Groupe Union Défense (GUD), Logan Duce», écrit encore le site, alors que la chanson est un hommage appuyé à Jean-Marie Le Pen, aka «Le Menhir»:

«Tu le connais bien, il s'appelle Jean-Marie.
Devant tes amis t'aimes le critiquer
Mais quand vient la nuit, tu l'ajoutes en ami.»

Une hymne au Front national vintage donc, tourné pour la majeure partie sur le port de la Trinité-sur-Mer dans le Morbihan (ville de naissance du fondateur du FN) et dans un champ planté de menhirs, avec moult clins d’œil de nature à exciter les sympathisants:

«Je prends place à la droite du Menhir et là j'atomise
Dame Bien-Pensance, cette pucelle m'a été promise
Son hymen, un point de détail que du majeur je vandalise, oh!»

Le passage chanté par le deuxième larron, Amalek, reprend l'image du Menhir et affirme:

«De l'époque des Français street crédibles comme Mesrine
Jean-Marie le Pen, fier, dur comme le menhir
Pas comme ces putes qui nous vénèrent, bien sûr j'vote Marine!»

Certes, la page Youtube qui accueille le clip porte cette mention «Ceci est une chanson, de l'art récréatif à prendre au 3éme degrés» (sic), qu’on imagine pouvoir servir de stratégie de défense, mais la superposition des images et des paroles fait plus que frôler l’incitation à la haine raciale, puisque lors d’une séquence, les trois compères kidnappent une femme portant une burka alors qu’ils déclament:

«A ce qui parait, immigré rime avec prolo.
Crois moi avec ta mère on a tiré le gros lot !
J'l'emmène au zoo pour l'aïd el kebir,
Même si, j'lui ai promis de jamais l'dire,
Ouais !C'est notre p'tit secret :
Ta mère elle kiffe trop mon cassoulet!»

L’un des trois chanteurs, Amalek, se signale par ailleurs sur son compte –public– Facebook en postant sa dernière chanson le 7 juin, intitulée «P.A.J.» et dont le refrain scande «pute à juifs».

Et pour en revenir à «#JMLP», la chanson se conclut ainsi:

«Un p'tit couplet pour Jean-Marie,
J'veux plus voir de socialopes dans les mairies!»

Les rappeurs risquent de voir leurs espoirs déçus, en tout cas sur leurs terres, puisque Jean-Marie Le Pen, bien que Breton, n’a jamais été prophète dans sa région de naissance. Parachuté en 1983 lors d’une législative partielle dans le Morbihan, il obtenait 12% des voix. Le Finistère était un des trois départements dans lequel le FN enregistrait son score le plus faible lors des élections européennes de 2014.

Contextualisant cette migration de la musique identitaire vers les terres nouvelles et a priori peu accueillantes du hip-hop, le site Poisson rouge explique que «depuis quelques années déjà, certains militants nationalistes ont en effet abandonné les concerts de musique Oï !, les pogos et les torses tatoués pour se lancer dans des carrières de “rappeurs”.»

Si, comme le soulignait récemment Nadia Daam sur Slate, «la musique française n’emmerde plus le Front national», se pourrait-il que certains de ses membres rallient les thèses du parti d’extrême droite? Nous en sommes pas encore là et, pour anticiper sur une vision qui verrait dans les musiques celtiques et folkloriques les ferments d’un identitarisme douteux sinon nauséabond, rappelons qu’un Manau, star incontestée de la world music bretonnisante, s’était fendu après les législatives de 1997 d’une chanson anti-FN, «L'avenir est un long passé».

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