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Le sexe chez les tyrannosaures, ça se passait comment?

Les pieds de Monsieur Rex | Sam Howzit via Flickr CC License by

Les pieds de Monsieur Rex | Sam Howzit via Flickr CC License by

La recherche donne des indices sur la possession d’un pénis chez les T-Rex et les positions d’accouplement possibles.

Cher lecteur, chère lectrice, vous et moi avons déjà connu l’extase dans les pages de Slate.com. Nous avons déjà eu l’occasion de parler du sexe oral chez les chauve-souris, de l’ondinisme chez les porcs-épics et même sur la face cachée de la levrette. J’ai donc deux mots à vous dire: Tyrannosaurus Sex.

J’ai récemment eu l’occasion d’assister au travail d’une équipe de paléontologistes et de vétérinaires spécialistes des grands animaux s’attaquer à une reproduction à taille réelle et hyper-réaliste du roi des dinosaures dans le cadre d’une émission baptisée T-Rex Autopsy et diffusée le 14 juin sur la chaîne du National Geographic.

À l’issue de la première journée de tournage, la bête avait été entièrement vidée. Du faux sang et des viscères en silicone envahissaient toute la pièce. Et l’œil du monstre, combinaison de Jurassic Park et de Dents Tranchantes, regardait fixement le plafond.

Oui, mais moi, je n'arrivais pas à regarder autre chose que le cloaque du dinosaure.

Les dents, le crâne, les pieds, la queue: les fossiles peuvent nous dire beaucoup de choses sur l'apparence d'un tyrannosaure. Mais le cloaque, cet organe fourre-tout avec lequel les dinosaures urinaient, déféquaient, avait des rapports sexuels, pondaient des œufs, cet organe magnifique, est le portail de très nombreux mystères.

Pénis replié

Commençons par répondre à la question la plus basique: les T-Rex avaient-ils un pénis?

«Je pense que nous pouvons répondre OUI sans hésiter à la dure et longue question du pénis, dit Brian Switek, écrivain scientifique et auteur de l’excellent My Beloved Brontosaurus. Et désolé pour la mauvaise blague.»

À l'inverse de nombreux mammifères, le tyrannosaure n’a pas d’os dans son pénis. Et comme les tissus ne se fossilisent pas aussi bien que les os, nous sommes donc sans spécimen qui pourrait clore le débat du pénis. Mais nous n’en avons pas vraiment besoin.

La possession d’un pénis, un réglage par défaut

Car en utilisant ce que les scientifiques appellent la phylogénétique, et donc en s’intéressant aux parents proches du T-Rex, on peut déduire que le prédateur avait un pénis replié dans ce cloaque.

«Les crocodiles et assimilés sont pourvus de ce que l’on appelle un organe d’intromission, continue Switek. Et si vous regardez les oiseaux, les espèces les plus anciennes et les plus primitives comme les ratites ou les sauvagines–, tous sont pourvus d’un pénis.»

Il est peu probable que les pénis aient évolué différemment chez les crocos et chez les casoars. La possession d’un pénis apparaît plutôt comme un réglage par défaut chez eux, dont le T-Rex et leur ancêtre commun.

Bascule du cloaque

Pour ce qui concerne l’apparence de ce membre monstrueux, le débat fait encore rage. La taille du pénis est extrêmement variable au sein du règne animal. Les gorilles, qui peuvent peser plus de 200 kilos, ont un pénis de 4 centimètres à peine. (Oui, en érection.) Les canards, quant à eux, ont des organes génitaux plutôt surdéveloppés pour leur taille, sans parler de leurs érections explosives –mais c’est une autre histoire.

Certes, la question de la taille du pénis des T-Rex dépasse de loin l’intérêt purement trivial. Sa taille pourrait nous renseigner sur les types de positions anatomiquement possibles pour ces animaux. S’il s’avérait, par exemple, que le T-Rex avait un pénis long et préhensile, comme les baleines, il serait possible qu’ils se rangent l’un à côté de l’autre et puissent ainsi inséminer à bonne distance. (C’est une hypothèse particulièrement séduisante pour des dinosaures à épines, comme le stégosaure, mais elle est peu probable.) Ou alors les deux cloaques doivent être en contact étroit. Mais, pour cela, il faudrait que les T-Rex soient particulièrement souples.

La taille du pénis pourrait nous renseigner sur les types de positions anatomiquement possibles

John Hutchinson est professeur de biomécanique de l’évolution au Royal Veterinary College de Londres et consultant pour T-Rex Autopsy. (Il est également l’auteur d’un des plus fascinants blogs consacré à la dissection, qui est un art à part entière.)

La majorité du travail d’Hutchinson porte sur la reconstruction des muscles, ligaments et os qui constituaient l’arrière-train massif du T-Rex –pas pour répondre à des questions d’ordre sexuel, figurez-vous, mais pour tenter de déterminer à quelle vitesse ces bestiaux pouvaient courir. Mais il a quelques indices à nous fournir.

«À mon avis, c’est au niveau des queues que cela se jouait, dit-il. La queue du T-Rex était flexible, particulièrement à sa base. La femelle pouvait donc basculer son cloaque vers le mâle, le mâle basculer son cloaque vers le sien et un phallus pouvait alors en sortir.»

En terme de position, la chose s’apparente à la méthode utilisée par les crocodiles. Sauf que le cloaque des crocodile ne se trouve pas à 4 mètres au dessus du sol et attaché à un corps pesant le poids d’un éléphant d’Afrique. Si l’on regarde les oiseaux primitifs, comme les autruches, le mâle, pour l’essentiel, grimpe sur la femelle. (Petit aparté: pourquoi les gens choisissent toujours de mettre des musiques atroces pour illustrer des vidéos de copulation d’animaux sur YouTube? Pourquoi?)

Kamasutra du dinosaure

«Ils faisaient ça debout? Accroupis? Ce sont de bonnes questions, mais nous n’en sommes qu’aux spéculations, dit John Long, paléontologue et auteur de The Dawn of the Deed: The Prehistoric Origins of Sex. La biomécanique d’un gros dinosaure comme celui-là ne laisse aucun doute sur le fait qu’ils pouvaient s’accroupir.»

Voilà donc notre femelle T-Rex accroupie, penchée en avant, la queue relevée et de côté. Une dino prête pour la levrette, quoi. OK. Mais que se passe-t-il quand le mâle vient s’y accoler et fait reposer sur les hanches de la femelle tout le poids de sa masse corporelle?

Une dino prête pour la levrette

«Nous sommes réellement aux frontières de la biologie du Tyrannosaure, me dit Hutchison (Si vous posez à des scientifiques une question sur les habitudes d’un animal disparu depuis environ 67 millions d’années, vous aurez rarement réponse à toutes vos interrogations.) On parle d’une bête de sept tonnes environ, reposant sur deux pattes. Nous n’avons rien d’équivalent aujourd’hui. Mais je ne doute guère que, si cet animal avait assez de puissance musculaire pour marcher, il devait en avoir autant pour un rapport sexuel debout.»

Si l’émission T-Rex Anatomy répond à de nombreuses questions sur l’anatomie d’un T-Rex, elle ne donne guère de réponses relatives à ces questionnements sexuels. Pour vous consoler, regardez donc ce clip du paléontologiste Tori Herrindge fouiller le cloaque d’un tyrannosaure. C’est peut-être le truc le plus génial qu’il m’a été donné de voir à la télévision.

 

Vie intime

Comme souvent dans le domaine de la science, il n’existe pas de véritable mot de la fin sur le T-Rex et le sexe. Brian Switek pense qu’un jour on trouvera un fossile qui nous en dira un peu plus sur cette «théorie du big bang» (un des chapitres de son livre ainsi d’ailleurs ainsi titré).

Si cet animal avait assez de puissance musculaire pour marcher, il devait en avoir autant pour un rapport sexuel debout

John Long, paléontologue

À l’heure actuelle, Switek travaille avec Heinrich Mallison, paléontologue au Muséum d’histoire naturelle de Berlin, à la construction de modèles digitaux de différents dinosaures. Avec ces modèles, les deux chercheurs espèrent tester toutes les positions du Kamasutra du dinosaure afin de déterminer ce qui est possible.

«Il est techniquement possible de déterminer quelles positions sexuelles étaient praticables par les dinosaures, dit Switek. On a utilisé la biomécanique pour comprendre la manière dont ils mordaient, s’agrippaient les uns les autres ou courraient, mais personne n’avait pensé à l’utiliser pour ce qui constituait pourtant un des éléments les plus fondamentaux de la vie des dinosaures.»

Avant qu’ils n’aient commencé leurs travaux, les détails de la vie intime des T-Rex vont donc rester mystérieux. Les compétitions entre mâles, les parades amoureuses, la sélection des femelles, la durée du coït, les discussion sur l’oreiller –tout cela risque de demeurer dans le brouillard de la préhistoire. Une seule chose peut être sans nul doute affirmée: la sexualité des T-Rex était sans doute effroyable. Et impressionnante.

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