Sports

Au tennis, twitter c'est tricher

Yannick Cochennec, mis à jour le 12.09.2009 à 3 h 31

Peut-on twitter et être joueur de tennis professionnel? Depuis quelques jours, la réponse à cette question est: il ne vaut mieux pas!

C'est le message que les autorités du tennis international ont fait circuler lors de l'US Open où certaines petites affichettes placardées ici ou là dans le stade ne sont pas passées inaperçues. Au-dessus d'un court texte adressé aux compétiteurs à Flushing Meadows, on pouvait lire:

«Important. Player notice. Twitter warning.» Ecrit par un organisme appelé Tennis Integrity Unit, qui travaille avec l'USTA, la fédération américaine, organisatrice de l'US Open, le message était le suivant après traduction :

«Vous êtes nombreux à utiliser votre compte Twitter afin de communiquer avec les fans qui vous suivent et souhaitent en savoir plus sur ce sport, ce qui est formidable. Cependant, il est important pour nous de vous informer de certains dangers que peut causer votre twittering en fonction du règlement anti-corruption qui existe dans le tennis international.»

En résumé, joueurs, faites très attention! Twitter ne doit pas servir à révéler certains éléments qui pourraient aiguillonner les parieurs sur les sites spécialités. Dire «j'ai mal au genou ce matin» ne serait pas, en effet, sans incidences pour ces parieurs. Révéler que «j'ai rompu avec ma fiancée ce matin après une nuit horrible» équivaudrait à affirmer: « cet après-midi, je perds.»

Très surveillés, les paris sportifs en ligne sont devenus le poil à gratter de toutes les disciplines professionnelles qui suscitent des enjeux, parfois colossaux, à l'aube de la libéralisation et la réglementation de ce marché très juteux en 2010. La France s'apprête, on le sait, à débattre de cette ouverture des jeux en ligne sur son territoire. Un texte de loi élaboré par Eric Woerth, le ministre du budget, doit être présenté aux députés au début de l'automne. Le calendrier initial, qui prévoyait une ouverture à la concurrence au 1er janvier 2010, a pris quelque retard. Le gouvernement français évoque désormais le printemps 2010 avec en ligne de mire la Coupe du monde de football, qui risque de faire la fortune de ces sites de paris sportifs en ligne.

Plusieurs polémiques et «scandales» se sont déjà développés en marge de certains tournois de tennis, à commencer par l'affaire de paris prétendument truqués dans laquelle s'était retrouvé plongé le joueur russe Nikolay Davydenko. L'ancien demi-finaliste de Roland-Garros avait été soupçonné, en effet, d'avoir abandonné à dessein, le 2 août 2007, contre l'Argentin Martin Vassallo-Arguello lors du tournoi de Sopot, en Pologne. Ce jour-là, Betfair, l'une des sociétés de paris en ligne, fut alertée par des mises d'un montant inhabituel (sept millions de dollars, dix fois plus que d'ordinaire) sur la victoire de Vassallo-Arguello, loin d'être favori. L'enquête n'a jamais rien démontré, Davydenko a été blanchi, mais la psychose s'est développée. Depuis, sur les circuits professionnels, Big Brother est partout et ne fait pas de «prisonnier».

Paris interdit

Pour des mises ridicules, des joueurs, qui n'avaient même pas parié sur des matches les concernant, ont ainsi écopé de suspensions, à l'image de Mathieu Montcourt. En 2008, ce joueur français, mort d'un infarctus en juillet dernier, fut ainsi condamné à une suspension de huit semaines par l'ATP, l'association qui régit le circuit professionnel, pour avoir parié sur des matches dans des tournois auxquels il n'avait même pas participé. Le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) avait réduit sa peine à six semaines et une amende de 8.850 euros.

Et voilà donc Twitter à son tour dans le collimateur avec cette «interdiction» d'en dire trop sur soi sachant qu'évidemment, il n'est pas question non plus de twitter en plein match. Un «il est plus fort que moi» serait du plus mauvais effet à la fin d'un premier set. Cet avertissement ne vaut pas que pour les joueurs, mais aussi pour leurs entourages et les journalistes qui sont déjà surveillés depuis longtemps, étant «interdits» de paris dans la mesure où ils détiennent, parfois, des tuyaux de première main à cause de leur présence sur les site des tournois. L'ATP leur a notamment fait signer un document où ils s'engagent à ne pas parier sous peine de ne plus être accrédités sur aucun tournoi. Vœu pieux qui vaut ce qu'il vaut.

Deux joueurs ont réagi face à cette attaque contre leur liberté de twitter. Dans un tweet véhément, Andy Roddick s'est carrément énervé: «Je respecte la règle sur l'information à ne pas divulguer ou sur l'interdiction de twitter pendant un match, mais il faudrait être vraiment un crétin pour envoyer de telles infos sur un tweet.» Chris Widmaier, l'un des responsables de la communication de l'US Open, s'est fendu du communiqué suivant: «Nous sommes d'accord avec M. Roddick pour dire qu'il serait "crétin" de fournir ce genre d'information. Cependant, à l'heure des nouveaux médias, il est impératif de nous assurer de la parfaite intégrité du jeu.»

Paranoïa supplémentaire

Serena Williams, dont le nombre de followers avoisine le million, a dit s'accommoder de la règle, mais qu'il n'était pas «toujours évident de penser immédiatement aux conséquences d'un tweet très anodin». Nettement plus utilisé aux Etats-Unis qu'en Europe, Twitter est clairement devenu un casse-tête de ce côté-ci de l'Atlantique. Les équipes de football de la NFL, le championnat professionnel qui débute cette semaine aux Etats-Unis, ont notamment demandé à leurs joueurs de ne pas utiliser Twitter.

Les joueurs de tennis professionnels n'avaient pas besoin, eux, de ce souci supplémentaire à l'heure de la paranoïa du dopage qui semble s'être emparée des circuits ATP et WTA.

Dans les soirées, chacun garde un œil permanent sur son verre afin d'éviter qu'une substance prohibée ne s'y glisse par le biais d'une main maléfique. Et ne parlons pas du désarroi dans lequel se trouve Richard Gasquet après sa récente pseudo affaire de dopage à la cocaïne. A l'heure de l'embrasser, une fille devra désormais lui prouver qu'elle ne s'est pas poudré le nez avant d'éventuelles effusions. Mais pour le moment, Richard ne twitte pas et c'est sans doute plus sage compte tenu de la malchance, son plus fidèle follower...

Yannick Cochennec

Image de une: Andy Roddick à l'US Open 2009. Shaun Best / Reuters

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