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Israël veut éviter qu'Orange ne crée un précédent

REUTERS/Nir Elias.

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C'est parce qu'il craint une action collective, ciblée et coordonnée internationalement que le gouvernement de Benjamin Netanyahou a réagi aussi fortement aux propos de Stéphane Richard vis-à-vis de sa filiale Partner.

Les Israéliens sont très sensibilisés à la question du boycott par les campagnes répétées envers des entreprises agricoles et industrielles israéliennes, sous l’égide du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions). L'objectif de ce mouvement est de faire pression sur le «gouvernement israélien jusqu'à ce qu'il entre en conformité avec le droit international et qu'il respecte le droit à l'autodétermination du peuple palestinien». Les Israéliens sont surtout susceptibles lorsque la pression s’exerce aussi à l'encontre d'entreprises françaises qui commercent avec le régime israélien. L’incident avec Orange a donc été mal accepté, jusqu’au sommet de l’État, car il risque d’être un précédent pouvant gêner les échanges économiques internationaux.

Le PDG d’Orange, Stéphane Richard, avait fait une déclaration, le 3 juin depuis le Caire, qui avait d’abord étonné, puis irrité les dirigeants israéliens. Il avait exprimé sa volonté, s’il le pouvait dès «demain», de retirer les activités d’Orange en Israël. Il a déclaré que sa société avait l’intention de rompre les liens avec son opérateur israélien Partner, tout en critiquant «ses activités dans les colonies juives du territoire palestinien de Cisjordanie». Il a pris une position politique, jugée déplacée par les Israéliens:

«Je serais prêt à abandonner demain matin, mais le plus important, c’est que je veux limiter le risque juridique encouru par la société. Je ne veux pas exposer Orange à un niveau de risque et de pénalités qui pourrait être tout à fait considérable pour la société.»

Cette déclaration a été interprétée comme un alignement sur les appels au boycott lancés dans différents pays contre l’État hébreu sous prétexte de l’occupation de la Cisjordanie par Israël.

Orange opère via une franchise

Pourtant, Orange n’opère pas en direct en Israël mais via une franchise, la Partner Communications Company, qui la représente depuis dix-sept ans. L'opérateur de téléphonie mobile israélien paie à Orange des royalties de 15 millions de shekels par an (3,5 millions d’euros) pour la simple utilisation de son nom de marque. Une rupture de contrat risquerait d’entraîner une indemnisation importante que devrait payer la société française au moment où la concurrence est sévère. Les employés israéliens ont réagi en couvrant, dans toutes les boutiques Orange, le logo de la société avec un drapeau israélien géant.

Par réaction, les clients israéliens d’Orange ont décidé à leur tour de boycotter l'opérateur sans se rendre compte qu’ils attaquaient en fait une société israélienne: toutes les structures sont effectivement locales. Inquiet du risque de départ de ses clients pouvant porter un coup fatal à cette entreprise israélienne à capitaux israéliens, Partner a été obligé de réagir:

«Partner est avant tout une société israélienne dans tous les sens. Je conjure les clients de Partner de ne pas abandonner l'entreprise en raison de ce que dit le chef de la direction internationale d'Orange.»

Partner a reçu le soutien de la commission des affaires économiques de la Knesset. Son président, le travailliste Eitan Cabel, a précisé:

«Orange est un nom de marque, et rien de plus. Partner est une société israélienne qui emploie des milliers de travailleurs donnant à beaucoup d'Israéliens un service quotidien. Ce sont nos travailleurs, et nous ne laisserons aucune partie étrangère menacer notre outil de travail.»

L'Union européenne, premier client d'Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou s’est enflammé à son tour car il craint la contagion. Il a ordonné à son ambassadeur en France de rompre tout contact avec Stéphane Richard, qui ne s’attendait pas à une telle levée de boucliers. Le PDG d’Orange s’est rétracté auprès du vice-Premier ministre israélien, Silvain Shalom:

«M. Richard a présenté ses excuses concernant les remarques qu’il avait faites lors d’une conférence en Égypte et m’a affirmé être un ami d’Israël. Il a personnellement présenté ses excuses, ainsi qu’au nom de sa société, et a affirmé qu’ils condamnaient toute forme de boycott.»

Benjamin Netanyahou a rejeté les excuses et les explications données par Stéphane Richard, mais il a laissé le dialogue ouvert:

«Vous êtes invités à venir donner votre explication en Israël. Nous exigeons un dialogue direct avec le PDG de la société française Stéphane Richard, qui jusqu'à présent a évité de parler directement avec l'entreprise.»

L’Élysée est intervenu en précisant «qu’il ne soutient pas un boycott d’Israël». En visite à Jérusalem, Nicolas Sarkozy s'est lui aussi prononcé:

«Je ne veux pas rentrer dans la polémique, je sais que Stéphane Richard viendra ici s'expliquer. Le boycott d'Israël est inadmissible. Je ne dis pas qu'il y avait une volonté de boycott de la part d'Orange, mais je dis que ce n'est pas comme ça qu'on fera la paix.»

Israël ne peut pas laisser se développer une telle campagne de boycott car déjà, des groupements poussent l’Union européenne, qui est le premier client de l'Etat hébreu, à prendre des mesures en s’inspirant du boycott des produits fabriqués en Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. C'est parce qu'il craint une action collective, ciblée et coordonnée internationalement que le gouvernement israélien a réagi de manière ferme.

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