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Il faut lire en entier l'interview de Poutine au Corriere della Sera

REUTERS/RIA Novosti.

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Face au journal italien, le président russe évoque le général de Gaulle, l'opposition russe et son absence totale de regrets.

Le journal italien Il Corriere della Sera a pu s’entretenir pendant près de deux heures avec le président russe Vladimir Poutine. Les médias français l’ont cité dans les grandes lignes, via notamment une dépêche AFP: crise en Ukraine, relations tendues avec l’Union européenne, forces armées russes… Le président russe voulait «rassurer les Occidentaux»:

«Je voudrais dire qu'il n'y a pas besoin d'avoir peur de la Russie. [...] Le monde a tellement changé que les gens de bon sens ne peuvent pas imaginer un conflit militaire d'ampleur aujourd'hui.»

Mais dans cette interview fleuve, disponible en intégralité en anglais sur le site du Corriere della Sera et du Kremlin, d’autres passages sont tout aussi intéressants et en disent un peu plus sur le personnage, ou confirment ce que l’on savait déjà.

Reprenant la métaphore du journaliste Luciano Fontana autour d’un homme et de sa maîtresse abandonnée pour évoquer la relation entre l’Union européenne et la Russie, Vladimir Poutine explique d’abord que «dans ce genre de relation avec une femme, c’est-à-dire si vous n’avez pas d’engagements, alors vous n’avez pas le droit d’en réclamer auprès de votre partenaire». «Nous n’avons jamais vu l’Europe comme une maîtresse, nuance-t-il alors. Et je suis sérieux maintenant. Nous avons toujours proposé une relation sérieuse.»

Après avoir fait un parallèle entre le général de Gaulle et lui à propos de la nécessité d’un «espace économique allant de Lisbonne à Vladivostok», en référence à la fameuse expression «De l'Atlantique à l'Oural» du président français, il est revenu sur les tensions en Ukraine en justifiant l’usage de la force au nom de la démocratie:

«Toutes nos actions, y compris celles ayant débouché sur le recours à la force, n’avaient pas pour but d’arracher ce territoire à l’Ukraine, mais de donner aux gens vivant là-bas l’opportunité d’exprimer leur opinion sur comment ils veulent vivre leur vie.»

Quand le journaliste italien lui fait remarquer que la présence russe est importante en Europe de l’Est, le président l’invite à «publier une carte du monde dans [son] journal pour marquer toutes les bases militaires américaines». «Vous verrez la différence», ajoute-t-il.

A propos de la rareté des opposants dans les débats publics et dans les médias, Vladimir Poutine balaye la question du journaliste:

«Je pense que si [les membres de l’opposition] avaient quelque chose d’intéressant à dire, ils seraient interviewés plus souvent.»

Refusant de se comparer à d’anciens empereurs russes, par peur des «interprétations», il finit l’interview par ce constat que racontent les journalistes italiens:

«Monsieur le Président, y a-t-il une chose que vous regrettez plus que tout dans votre vie, que vous considérez comme une erreur que vous ne referiez jamais?

 

Le président russe se replace sur sa chaise, ses yeux ont l’air de briller subitement. Il reste silencieux pendant quelques secondes et puis, avec sa voix fine, il dit doucement:
 

– Je vais être assez franc avec vous. Je ne me rappelle pas de quoi que ce soit de la sorte. Grâce à Dieu, je ne regrette rien dans ma vie.»

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